Tour de France : alors c’est qui le roi du sprint ?

Terminé depuis dimanche, le Tour de France reste toujours le grand rendez-vous à ne pas manquer pour les sprinteurs. Et même s’il a moins gagné que l’an dernier, Mark Cavendish garde sa position hégémonique.

Tour de France : alors c’est qui le roi du sprint ?
Mark Cavendish bat Peter Sagan (à droite) et Matthew Goss (à gauche) sur les Champs dimanche dernier. En arrière plan, on distingue entre autres André Greipel et Tyler Farrar, ainsi qu'Edvald Boasson Hagen (Getty Images)

 

Avec neuf étapes de plaine, les sprinteurs avaient l’occasion de se montrer cette année sur le Tour. Les prétendants au maillot vert n’étaient cependant pas tous présents : les sprinteurs de la FDJ-Big Mat Arnaud Démare et Nacer Bouhanni n’ont pas été aligné par Marc Madiot, trop jeunes. Thor Hushovd et Tom Boonen ont également décidé de ne pas prendre le départ. Parmi les prétendants à au moins une victoire d’étape on avait donc cette année le tenant du Maillot Vert Mark Cavendish (Sky), également les Allemands André Greipel (Lotto-Belisol), Marcel Kittel (Argos-Shimano), les Australiens Mark Renshaw (Rabobank) et Matthew Goss (Orica-Green Edge), le Slovaque Peter Sagan (Liquigas-Cannondale), l’Américain Tyler Farrar (Garmin-Sharp), l’Espagnol José Joaquin Rojas (Movistar), l’Argentin Juan Jose Haedo (Saxo Bank – Tinkoff Bank) ou l’Italien Alessandro Petacchi (Lampre-ISD).

Mark Cavendish, simply the best

Au tableau d’honneur, seulement trois de tous ces sprinteurs : Greipel, Sagan et Cavendish ont tous remporté trois étapes. Mais le Cav’ a fait la meilleure impression. L’an dernier, il avait gagné cinq étapes, idem en 2010, six en 2009, et quatre en 2008. Si c’est son moins bon score depuis le début de sa carrière sur le Tour, c’est surtout parce qu’il n’avait pas le train à l’emmener comme les années passées avec HTC-High Road. Son équipe était bâtie pour Bradley Wiggins, en témoignent les présences de Richie Porte, Christopher Froome ou Michael Rogers. En fait, Cavendish ne pouvait compter que sur Bernhard Eisel. S’il s’impose à Tournai de justesse face à Greipel en se calant dans sa roue avant le début du sprint (2e étape), il largue ses poursuivants à Brive (18e étape) avec une poussée phénoménale. Son troisième succès sur les Champs-Elysées demeure une habitude, c’est le quatrième de rang. Sur ses deux dernières victoires, le Maillot Jaune étant acquis pour Sky, c’est Wiggins lui-même qui lançait le train, accompagné par Eisel. Bref, le Manx Express est toujours aussi phénoménale !

Peter Sagan, 22 ans et déjà grand

Deuxième plus jeune à se présenter au départ de la Grande Boucle derrière Thibaut Pinot – lui aussi très doué – Peter Sagan gagne déjà son premier Maillot Vert. Contrairement à la plupart de ses adversaires, le Slovaque se débrouille bien en contre-la-montre et dans les étapes pour puncheurs. Evidemment puisqu’il est aussi puncheur que sprinteur… Et il est donc plus à même de remporter les points des sprints intermédiaires de montagne, la spécialité de Thor Hushovd. Vainqueur de la première étape à Seraing où il combine ses deux qualités : il s’impose au sprint devant Fabian Cancellara et Edvald Boasson Hagen, groupe parti à deux kilomètres de l’arrivée. Dans la troisième étape terminant à Boulogne-sur-Mer, il gagne aussi en costaud devant Boasson Hagen et Peter Velits. La sixième étape, avec un finish à Metz, lui permet de se montrer parmi les sprinteurs : il bat Greipel et Goss à l’issue d’une étape émaillée par les chutes (dont celle de Cavendish). Deuxième au Cap d’Agde (13e étape), à Foix (14e étape), et aux Champs (20e étape), il est logiquement le Maillot Vert de cette édition 2012. Et est déjà favori pour 2013.

André Greipel a défié son meilleur ennemi

On est passé près de la grosse surprise : André Greipel, LE grand rival de Mark Cavendish, menait 3 étapes à 1 à trois jours de l’arrivée face à l’Anglais. Finalement, ce dernier a fini par égaliser, mais l’Allemand aura enfin fait respecter son statut sur la Grande Boucle. En 2010, il n’a pas pu venir puisqu’il courait chez High Road, l’équipe de Cavendish. En 2011, année de l’émancipation pour lui et de son arrivée à Omega-Pharma Lotto, il n’a battu le Man of Man qu’une fois, lors de la dixième étape à Carmaux. Cette année, il gagne la troisième, la cinquième et la treizième étape du Tour ! Malheureusement pour lui, il n’a pas pu narguer (le mot est fort, ils ne s’entendent pas si mal) le sprinteur de Sky de trop près : pris dans une chute lors de la troisième, visiblement diminué dans la cinquième et largué dans l’étape du Cap d’Agde… Bon, le coureur formé dans l’école de Jan Ullrich à Rostock aura quand même pu savourer ses victoires, mais sans la cerise sur le gâteau…

Matthew Goss et Tyler Farrar, grands perdants du Tour

Trois coureurs qui se partagent neuf étapes, ça en fait quelques uns qui rentrent bredouilles de ces trois semaines passées dans l’Hexagone. Pour certains, c’est la faute à pas de chance : Marcel Kittel, le sprinteur d’Argos, est arrivé malade et a dû abandonner dès la 5e étape à cause de douleurs à l’estomac mais aussi aux genoux. Son équipe était bâtie autour de lui, elle n’a pas pu se montrer du Tour. Jose Joaquin Rojas de Movistar, deuxième du classement à points 2011, a chuté et abandonné lors de la troisième étape. Mark Renshaw est lui aussi beaucoup tombé, et l’ex-poisson pilote de Cavendish a abandonné dans le col de la Madeleine (11e étape) sans avoir pu participer pleinement à un sprint. Alessandro Petacchi a pu défendre ses chances lors des premières étapes, mais ses 38 ans commencent à se faire sentir ; il n’a pas pu rivaliser avec Greipel (deuxième à Rouen lors de la 4e étape quand même) et a abandonné lors de la 11e étape.

Juan José Haedo, de son côté, n’aura pas fait forte impression pour son premier Tour de France. Troisième à Saint-Quentin (5e étape) et quatrième à Paris. A part ça, quelques top 10 mais rien de très important. Tyler Farrar venait lui avec un statut plus important : on voit l’Américain gagner plus souvent que le sprinteur de Saxo Bank. Sauf qu’il a traversé ce Tour tel un fantôme : presque une chute par jour lors de la première semaine, dont celle lors du déballage final à Saint-Quentin où il a été pris en sandwich (ce qui a valu à Tom Veelers, l’autre sprinteur d’Argos, de sérieuses remontrances). Moral en berne, physique diminué, il est sixième à Brive (18e étape) et onzième lors du sprint sur les Champs…

Lui n’est pas tombé, et tout un train roulait pour lui. Alors le fait que Matthew Goss rentre bredouille de la Grande Boucle peut énerver. Beaucoup de places d’honneurs à son actif (par exemple, troisième à Tournai, deuxième à Brive et troisième à Paris) mais au final, sa troisième place au classement du Maillot Vert déçoit car il manque l’ivresse de la victoire. Et, pour son équipe Orica-Green Edge, la sensation d’avoir parfois roulé pour rien. Surtout quand Cavendish en gagne trois avec peu d’équipiers…