Djellabi : "La Ligue 1, mon objectif"

Considéré par son entraineur Stéphane Moulin comme le meilleur latéral gauche de Ligue 2, Karim Djellabi quitte son club formateur, le SCO d’Angers, après plusieurs années de bons et loyaux services. Celui en qui Jean Louis Garcia voyait toutes les qualités du latéral moderne se confie dans un entretien fleuve. Entre ses années scoistes, la saison écoulée , le futur du Sporting Club de l'Ouest, et surtout ses envies de rejoindre un club plus huppé pour un nouveau challenge, Karim se dévoile.

Djellabi : "La Ligue 1, mon objectif"
Djellabi : "La Ligue 1, mon objectif"
Karim, dans la mesure où vous allez quitter Angers-SCO prochainement, avez-vous pour le moment des pistes, des contacts, pour signer un contrat dans un nouveau club ?
 
J’ai été approché par plusieurs clubs. Pour l’instant, avec mon agent, on est en train de réfléchir sur quelles seraient les meilleures pistes. Je pense que je signerai d’ici une semaine ou deux.
 
Les équipes de Ligue 2 ont déjà repris leurs stages, ont commencé leurs préparations… On imagine que vous ne souhaitez pas prendre trop de retard par rapport à cette préparation collective ?
 
Exactement.
 
Quelles sont les raisons de votre départ, après plus d'une décennie sous les couleurs angevines ? Fin de cycle ? Envie de découvrir un autre club et un nouvel environnement ? Découvrir la Ligue 1 ou l'étranger ?
 
Ce n’est pas nouveau, j'ai déjà eu des envies de départ. Ça fait trois ans que j'essaie de partir. Mais étant donné que j'étais sous contrat, les choses étaient plus compliquées puisque le club s'y opposait. Cette année, comme j'étais libre, j'ai eu envie de saisir ma chance, pour découvrir autre chose, tenter de nouvelles expériences.
 
Découvrir la Ligue 1, est-ce quelque chose qui vous titille depuis un certain temps ? Ou un autre club de Ligue 2 peut-il vous satisfaire également ?
 
Il est certain que la Ligue 1 est mon objectif. Maintenant, si ça ne se fait pas, je ne vais pas cracher sur la Ligue 2, un championnat dans lequel j'ai longtemps évolué. Tout dépendra des opportunités.
 
Avez-vous été contacté par des clubs étrangers ?
 
Aussi.
 
Sans être indiscret, de quels pays ?
 
(Rires) Des clubs allemands et anglais.
 
Avez-vous été éventuellement contacté par Jean-Louis Garcia pour rejoindre le RC Lens ?
 
Je n'ai pas de rapport particulier avec lui depuis son départ du club. Je ne l'ai pas eu au téléphone. La seule fois où j'ai discuté avec lui fut lors du match de championnat cette saison à Jean-Bouin.
 
Est-ce que la période d'instabilité qu'a traversé le club cette saison a pu influencer votre décision de quitter le club ?
 
Non. C'est surtout l'envie d'un nouveau challenge. Durant ma période au club, j'ai connu beaucoup de remous au sein de l'équipe dirigeante, bien que ce ne fût pas le cas lors des cinq dernières saisons. Mais c'est quelque chose auquel j'ai tout de même été habitué, donc cela ne m'a pas particulièrement influencé, et ce n'est pas la raison de mon départ.
 
 
Nous allons faire un bref retour sur vos années scoistes, si cela ne vous dérange pas. Nous aurions aimé savoir, par exemple, quel a été le joueur que vous avez affronté, qui vous a le plus impressionné ?
 
Je réfléchis… Vous me posez une colle un peu, là ! (Il hésite)
 
On se souvient d’un match contre James Fanchone, qui vous avait posé quelques problèmes, à l’époque où Noël Tosi était encore l’entraîneur…
 
Ça remonte loin tout ça… James Fanchone est un bon joueur. Après, ce n’est pas celui qui m’a le plus impressionné.
 
Et Fortès, le milieu offensif de Reims ?
 
C’est un peu le même type de joueur, ça va vite. Après, ce ne sont pas des mecs qui, dans les un contre un, sont très forts.
 
Donc aucun joueur n’a véritablement retenu votre attention ?
 
Non, pas plus que ça.
 
Le meilleur joueur avec lequel vous avez joué jusqu’à présent au SCO, qui vous a réellement marqué ?
 
Dans la mesure où c’est assez récent, je dirais plutôt Philippe Brunel.
 
Vous entreteniez une relation particulière avec lui, sur le terrain ?
 
Sur le terrain, c’était génial.
 
Vous jouiez presque les yeux fermés…
 
…Quand tu joues latéral gauche derrière un mec qui, tactiquement et techniquement est très bon, tu te régales !
 
Dans la mesure où il ne prenait pas trop le couloir, puisque ses qualités de vitesses avaient un peu diminué avec l’âge, vous pouviez vous lâcher plus facilement ?
 
C’est tout à fait ça. Je prenais appui sur lui.
 
Vous preniez un certain plaisir à dédoubler dans le couloir gauche ?
 
Exactement.
 
Quel entraîneur, au SCO, vous a le plus fait progresser au quotidien ?
 
La progression a été constante. Celui qui m’a le plus marqué, c’est tout de même celui que j’ai eu au tout début, Eric Guérit…
 
Eric Guérit l'entraineur qui vous a promu en équipe première ?
 
Pas tout à fait puisque j'avais joué avec les pros sous les ordres de Stéphane Mottin durant la saison 2001-2002 (NDLR: son premier officiel fut en fait Angers - Rouen lors de la saison 2002-2003).
 
La montée en deuxième division à la fin de la saison 2002-2003 a du particulièrement vous marquer ?
 
Oui, car c'est cette année-là que j'ai vraiment commencé à côtoyer le groupe professionnel.
 
A l'époque, comment aviez-vous vécu son éviction à quelques jours de l'ouverture du championnat alors que le club était promu ?
 
J'avais 19-20 ans et je n'avais pas tout compris. J'ai été déçu, dans la mesure où j'espérais poursuivre ma progression avec lui. Cependant, dans la foulée, Jacky Bonnevay est arrivé et m'a fait confiance. C'est un coach que j'ai également apprécié.
 
Comment avez-vous vécu votre repositionnement du poste de milieu à celui de latéral gauche ?
 
A la base, c'est vrai que je ne suis pas un défenseur mais un milieu relayeur, presque un attaquant(NDLR: durant la saison 2002-2003 il a fait quelques apparitions au poste de milieu axial aux cotés de José Saez et d'Olivier Guégan) . En fait c'est un coup du destin : il y a eu des absences à ce poste. J'ai donc assuré le remplacement, cela s'est bien passé et je m'y suis installé.
 
Quels aspects de votre jeu pensez-vous pouvoir encore améliorer ?
 
Principalement l'aspect défensif, étant donné que je ne suis pas défenseur de formation. Je considère que j'ai toujours des choses à apprendre.
 
Vous avez évolué dans plusieurs systèmes avec beaucoup d'entraîneurs différents. Avez-vous le sentiment que cela vous a rapidement fait acquérir une grande maturité tactique ?
 
C'est vrai que ça m'a beaucoup aidé. Cela a clairement été un atout pour moi. Tactiquement, j'ai énormément progressé avec Jean-Louis Garcia, qui était assez pointilleux dans ce domaine. Il fallait rapidement assimiler ce qu'il souhaitait.
 
Comment expliquez-vous que vous soyez aussi performant lors des grands rendez-vous, alors que semblez parfois l'être un peu moins lors de matchs plus anodins ?
 
Ce sont des matchs qui me plaisent particulièrement, donc j’y mets peut-être un peu plus de choses, un peu plus de concentration sans doute.
 
Revenons sur la saison qui vient de s'écouler. Comment avez-vous vécu l'intersaison mouvementée qu'a connu le club, avec notamment l'interdiction de recrutement et les démêlés judiciaires du président Willy Bernard ?
 
Je l'ai assez bien vécu puisque je suis au club depuis plusieurs années et ce n'est pas la première fois. C'est de l'extra-sportif mais le souci c'est que ça peut avoir des répercussions négatives sur l'équipe.
 
Et sur le plan sportif, que pensez-vous de l’exercice qui vient de finir ?
 
Nous l’avons bien débuté. Malheureusement, nous avons connu un passage à vide que nous n'avons pas su expliquer. Puis, ensuite, nous nous sommes repris pour finir à une honorable onzième place.
 
Est-ce que l'arrivée au mercato hivernal du défenseur central Marc-André Zoro a été déterminante dans la lutte pour le maintien ?
 
Il est vrai qu’il est arrivé dans une période où Jérémy Hénin était sur le flanc. Donc son arrivée a été numériquement importante. Le mercato a également permis au club de recruter Richard Soumah qui nous a fait lui aussi fait énormément de bien.
 
A-t-il été compliqué de s’adapter encore à un nouveau coéquipier dans le secteur défensif  ?
 
Il s'est très vite adapté. Vous savez, quand un club engage des joueurs au mercato hivernal, c'est à eux de faire le nécessaire, de comprendre le système dans lequel évolue l'équipe et de se fondre rapidement dans le moule.
 
Quelles différences notables avez-vous pu entrevoir entre les entraîneurs Stéphane Moulin et Jean-Louis Garcia ?
 
Je dirais que c'est dans le jeu. Nous avons plus de liberté avec Moulin mais il est certain que tactiquement nous avons sans doute été moins forts que les années précédentes. Au final, cependant, nous avons quand même trouvé un équilibre puisque nous avons sensiblement récolté le même nombre de points qu'avec Jean-Louis Garcia. (NDLR : En fait pas tout à fait. Angers avait terminé la saison dernière 6e avec 57 points, contre 51 cette année)
 
Mais vous terminez seulement onzièmes, alors que les trois années précédentes, vous finissiez dans le premier tiers. Etait-ce une saison de transition ?
 
Non, je ne pense pas. Cependant, il a fallu assimiler le changement de coach. Et puis il y a aussi le fait que le championnat était d'un niveau très relevé cette saison, très homogène. Sans doute aurions-nous terminé plus haut si le championnat avait été plus hétérogène.
 
Confirmez-vous également que le mercato hivernal vous a fait beaucoup de bien puisque le club n'avait pas eu la possibilité de recruter à l'intersaison ? Cela a-t-il donné un second souffle à l'équipe ?
 
Oui, en effet. On avait un groupe de joueurs réduit. Les mêmes éléments disputaient souvent tous les matchs, avec peu de rotation. Au bout d'un moment, les organismes ont souffert. Par ailleurs, le groupe était également composé de beaucoup de jeunes.
 
D'ailleurs, parmi ces jeunes joueurs dont vous parlez, pensez-vous que certains vont véritablement éclater et avoir de belles carrières ?
 
C'est toujours compliqué d'émettre un jugement concernant de jeunes joueurs. On ne sait pas vraiment comment ils vont évoluer dans le futur. Il est certain que Ryan Frikeche a su tirer son épingle du jeu en jouant beaucoup de matchs. Il a encore une grosse marge de progression. C'est un joueur intelligent qui est vraiment à l'écoute. Chez les jeunes joueurs, c'est une vertu assez rare.
 
Et que pensez-vous du petit Maxime Rousseau ?
 
C'est un bon petit joueur. Malheureusement il n'a pas eu de chance. Il a connu beaucoup de blessures cette saison, ce qui l'a empêché de participer à plus de rencontres. Je pense qu'il aurait davantage joué sans ces pépins physiques. Il va falloir qu'il se prépare correctement pour pouvoir continuer sa progression car sinon ce sera compliqué pour lui.
 
Etant donné son gabarit, le jeu de la Ligue 2, avec beaucoup d'impact physique, peut-il lui être préjudiciable ?
 
Non. Simplement, le souci avec les jeunes joueurs, c'est que la charge de travail est importante quand on arrive au niveau professionnel. Il est nécessaire que le corps s'habitue. Un laps de temps est nécessaire. Une fois ce stade passé, ça va tout seul.
 
Que pensez-vous du nouveau président Said Chabane ?
 
Je pense que c'est quelqu'un qui va apporter un plus au club. Il est bosseur, et n'a pas peur d'entreprendre. C’est quelqu'un de discret, et dans le monde du foot c'est une grosse qualité. Il fait ce qu'il à faire sans faire de vague. Comme c'est quelqu'un qui n'est pas issu de ce milieu il a eu l'intelligence de ne pas se prendre pour un autre. Comme il le dit lui-même, il est en période d'apprentissage.
 
Donc c’est un président différent de certains de ses prédécesseurs , on pense à Patrick Norbert ?
 
En effet... (Rires)
 
Pouvez-vous nous toucher deux mots à propos des jeunes Arnold Bouka-Moutou et Stevie Riga, qui seront en concurrence la saison prochaine pour occuper votre poste ?
 
Stevie je le connais très bien depuis quelques années maintenant. C'est un très bon défenseur, jeune, mais qui a malheureusement connu des pépins physiques cette saison, avec notamment une grosse blessure (NDLR : une double fracture tibia-péroné). Il a sensiblement le même style qu’Arnold : tous les deux sont de très bons contre-attaquants.
 
Quels aspects doivent-ils encore travailler ?
 
Comme moi au même âge, ils doivent prendre des repères et encore progresser tactiquement.
 
Sur l'avenir du club, croyez-vous possible que Said Chabane parvienne à pérenniser le club en Ligue 1 à moyen terme ?
 
Le club semble s'orienter faire une politique faisant la part belle à la formation, de jeunes joueurs du cru associés à quelques anciens. C'est une politique louable, mais qui prendra certainement un peu de temps avant de porter ses fruits. Je pense néanmoins qu'ils pourront prétendre sérieusement à la Ligue 1 d'ici deux à trois ans.
 
Propos recueillis par Abdalaye Niakaté