De nombreuses équipes ont dominé le football de leur époque en introduisant un schéma de jeu innovant qui leur conférait un avantage tactique sur leurs adversaires. On pense bien évidemment à la Hongrie, au catenaccio italien ou au football total néerlandais. Cet article tentera de décrire l'évolution des systèmes de jeu.
Pour cette première partie, nous regarderons plus particulièrement la période depuis les origines du football jusqu'à la Coupe du Monde de 1966 en Angleterre.
Si une organisation tactique apparaît indispensable aujourd'hui, il n'en est absolument rien au tout début du football. Le jeu est alors chaotique, sans réelle structure, tous les joueurs jouant attaquant et tentant de prendre possession de la balle pour marquer le maximum de but. On retrouve cette fraicheur dans le jeu des débutants ou dans les matchs improvisés dans la rue.
En 1863, l'Association Anglaise de Football créa la règle du hors-jeu, stipulant que tout joueur situé à l'avant du joueur possédant le ballon se retrouvait hors-jeu et donc interdit de jouer le ballon. Cette première version du hors-jeu apparaît alors même que le jeu évoluait de lui-même avec l'apparition d'un vrai défenseur en sus du gardien, puis du recul d'un attaquant pour aider le défenseur. Le milieu était né lui-aussi. Le jeu se complexifiait, donnant une part plus importante au dribble et compliquant la tâche des buteurs.
Système en 1-1-8 utilisé vers 1860-1870 notamment par l'Angleterre et l'Ecosse

En 1868, la règle du hors-jeu est modifiée pour que l'attaquant soit obligé d'avoir trois joueurs entre lui et la ligne de but, lors d'une action initiée par un coéquipier. Cela a permis de mieux définir les rôles et les responsabilités des joueurs. Evidemment, le système de jeu évolua pour s'adapter à cette nouvelle règle et le 1-1-8 initial, se transforma peu à peu vers un système 1-2-7 puis 2-2-6, utilisé par les Queens Park Rangers durant les années 1870.
Système en 2-2-6 utilisé après 1870
Au fil du temps, le système évolua vers un 2-3-5 pyramidal, encore utilisé en 1930 par l'Uruguay pour gagner la première coupe du monde. Bien que restant très offensif, l'obligation faite à l'attaquant d'avoir trois adversaires devant lui, lui rendait la tâche difficile et nécessitait de solides capacités de dribble.
La règle du hors-jeu évolua donc une nouvelle fois en 1925. Seuls deux joueurs devaient se trouver entre l'attaquant et la ligne de but, au lieu de trois. Cela facilita les actions offensives et le nombre de but augmenta. Herbert Chapman, manager de Portsmouth puis d'Arsenal, popularisa alors l'un des plus célèbres dispositifs, le WM, inventé par l'écossais Johnny Hunter. Ce dispositif marque l'arrivée de deux milieux défensifs qui aident trois défenseurs, alors que deux milieux offensifs sont en soutien des trois attaquants. Cette tactique permettait une très bonne couverture du terrain alors que la proximité des lignes facilitait la transmission de ballon et les reconversions entre les phases offensives et défensives. Par contre, on constata rapidement que deux systèmes WM opposés se neutralisaient beaucoup plus souvent que les systèmes antérieurs. Cependant, ses avantages l'emportaient largement sur ses défauts, ce qui en fit le système le plus répandu.
Seules les équipes suisses et autrichiennes utilisaient un schéma différent, appelé le cadenas suisse ou verrou, mis au point par Karl Rappan. En phase offensive, l'équipe évolue en 3-3-4, mais en phase défensive, un quatrième défenseur vient se positionner derrière la défense, en position de libéro, pour verrouiller celle-ci.
Le système WM
Le système WM domina le football jusqu'au début des années 1950 avec l'arrivée de la fabuleuse équipe de Hongrie. Beaucoup avait tenté de trouver une tactique pour battre le WM, mais personne n'avait trouvé. Les hongrois utilisèrent à la fois leurs qualités techniques en proposant un jeu de passes et de contrôles rapides allié à un constant changement de position des joueurs, de façon à devancer les replacements offensifs et défensifs du rigoureux WM. En position défensive, un milieu se positionnait en défense pour former un 4-2-4, pour revenir en 3-3-4, ce qui restait le dispositif de base.
Le Brésil en 1958, adoptera un système inspiré de celui des hongrois, mais en faisant du 4-2-4 son système de base et en développant le rôle offensif des deux arrières latéraux. Le 4-2-4 permet d'avoir une supériorité offensive et défensive, mais abandonne le milieu de terrain si les joueurs défensifs ne sont pas capables d'apporter leur contribution aux attaques et si, au contraire, les attaquants ne participent pas assez au repli défensif.
Le 4-2-4 utilisé par le Brésil en Coupe du Monde 1958
Parallèlement aux systèmes hongrois et brésilien résolument offensifs, se met en place le catenaccio italien, créé par Helenio Herrera. Celui-ci combine les dispositifs du WM et du verrou suisse sur la base d'une défense à 5 avec libéro, de 3 milieux de terrains et de seulement deux attaquants. Résolument défensive, cette tactique, qui fera les succès de l'Inter de Milan des années 1960, réduit le jeu offensif à un jeu de contre-attaque. Il nécessite une grande rigueur dans son application tant défensive qu'offensive, et demande aux attaquants à la fois une grande vélocité, une bonne endurance pour multiplier les longues courses, et surtout une grande efficacité, le nombre d'occasions étant réduit.
Le catenaccio ou verrou italien
La Coupe du Monde de 1966 vit l'apparition d'un 4-3-3, successeur du 4-2-4 mais renforcé pour résister au catenaccio. C'est ainsi qu'un milieu supplémentaire est placé devant la défense tandis que l'avant-centre est placé en retrait des deux ailiers. Tentant de combiner stabilité défensive et jeu offensif, ce système nécessitait pour être efficace un important effort physique aux joueurs. C'est le système utilisé par l'Angleterre pour remporter, chez elle, cette coupe du monde.
Le 4-3-3 anglais de 1966
Dans la seconde partie, nous verrons le développement du 4-3-3 dans les années 1970, puis l'apparition du 4-4-2 et des autres tactiques.