Socrates, mort d'un géant
L'ancien international brésilien est décédé ce jour, à 57 ans, des suites d'une infection intestinale. Il était non seulement l'un des plus doués de sa génération, mais aussi un personnage charismatique en dehors des terrains.
L'un des plus grands footballeurs que le Brésil et le monde aient connus a disparu. Capitaine du Brésil lors des coupes du monde 82 et 86, Socrates Brasileiro Sampaio de Souza Vieira de Oliveira, plus connu simplement comme Socrates, est décédé la nuit dernière à l’hôpital Albert Einstein de Sao Paulo des suites d’une infection intestinale. Agé de 57 ans, celui qui est aussi le grand frère de Raï, avait déjà été hospitalisé à deux reprises cet été. Il avait alors avoué ses problèmes d’alcoolisme.
Socrates restera ce grand et barbu milieu de terrain, toujours élégant dans ses déplacements balle au pied, qui fit la gloire des Corinthians de Sao Paulo (1978-1984) et qui mena l’une des plus belles sélections du Brésil de tous les temps lors des Coupes du Monde 1982 et 1986. Partisan, comme le sélectionneur Tele Santana, du beau jeu, Socrates fit partie d'une génération sublime, celle des Junior, Serginho, Zico, Eder, Falcao, Cerezo.
Ce Brésil, qui pratiquait l'un des plus beaux jeux de l'histoire de la sélection auriverde, échoua pourtant à chaque fois dans sa quête du titre mondial. Eliminé par l’Italie en 1982 grâce à un triplé de Paolo Rossi, le Brésil fut défait par la France en quarts de finale de l’édition 1986, Socrates manquant même un tir au but devant Joël Bats. Deux matchs qui figurent pourtant parmi les plus beaux de l'histoire de la Coupe du Monde. Même la Copa America se refusa aux brillants brésiliens (seconds en 83, troisièmes en 79). Gagner n'est pourtant pas le but de Socrates. Il avait déclaré : «Il ne faut pas jouer pour gagner mais pour que l’on ne t’oublie pas». Mission réussie pour celui qui n'était pas qu'un footballeur génial.
Il avait réussi à mener de front ses études de médecine avec sa carrière de footballeur. Une performance peu banale qui illustre parfaitement l'ampleur du personnage. Mais la médecine et le footballeur ne pouvaient combler Socrates, qui était un véritable idéaliste. Celui qui rêvait d'un socialisme parfait, sans pouvoir, ne s'inséra jamais dans la vie politique réaliste. Mais il est aussi connu pour avoir instauré, avec ses coéquipiers, la "Démocratie corinthiane", où chaque décision du club était soumise au vote. Une expérience de socialisme pure et dure en pleine dictature militaire.
Ce n'est donc pas seulement un grand footballeur que nous perdons aujourd'hui, mais un Grand Monsieur, dénomination, souvent galvaudée, qui lui sied si bien.





