Brandao, héros malgré lui

Brandao, héros malgré lui

Raillé pour sa technique, blâmé pour ses démêlés avec la justice, charrié pour son style, Brandao n'est pas le prototype de l'attaquant moderne. Malgré tout, il est revenu déterminé et s'est imposé comme l'un des hommes de cet OM cuvée 2011/2012. Entre hauts et très bas, retour sur le parcours d'un brésilien pas comme les autres.

Ces dernières années, la Cannebière a vu débouler moultes attaquants de pointe. Certains ont laissé de bons souvenirs aux supporters, qu'ils soient restés plusieurs années (Niang), ou simplement un an (Didier Drogba, la la la la la), d'autres ont laissé des souvenirs plus ternes à l'instar de la paire Gimenez-Mendoza. Mais il y a bien un joueur qui ne rentre dans aucune catégorie, dans aucun moule, Evaeverson Lemos da Silva dit Brandao, un nom qui sent bon les strings ficelles et les plages de Cobacabana. Arrivé à l'hiver 2009, en provenance du Shaktar (où il faisait partie de la vague auriverde recrutée par Rinat Akhmetov), le brésilien débarque sur le Vieux Port avec des stats plutôt pas deguelasse, 90 buts en un peu plus de 200 matches.

Flash-back : janvier 2009. L'OM vit une saison où le club peine à confirmer un départ tout feu tout flamme. Le secteur offensif est relativement fourni mais hormis Niang, personne ne s'impose réellement dans la tête d'Eric Gerets. Privé du sénégalais puis de Koné, l'OM fait donc appel à deux recrues offensives, Wiltord et Brandao. C'est donc dans ce contexte pas vraiment simple qu'arrive le brésilien, lui qui n'a pas joué depuis une paire de mois. Malgré des débuts compliqués, il débloquera son compteur un mois et demi après son arrivée au club, contre Caen. Puis, il sera un des meilleurs éléments contre Paris lors d'une fabuleuse victoire 1-3 au Parc. Il enchainera alors durant toute la fin de saison et portera son total à 7 buts.

La saison suivante sera celle des premières critiques. L'arrivée de Deschamps et de Morientes marque un coup d'arrêt dans l'ascension du brésilien qui ne tardera pas malgré tout à reléguer l'escroquerie ibérique sur le banc. Mais un fait de jeu va jouer en sa défaveur et marquer un premier tournant dans son histoire d'amour avec le Vélodrome. Personne ne l'a oublié dans le 13 et pour cause, cette frappe sur la barre contre le Milan AC aurait pu être synonyme de qualification pour les 1/8èmes de finale de la Champion's. Exploit d'autant plus fort quand on sait que le groupe olympien était composé entre autre du Milan et du Real. Au lieu de ça, l'OM trainera sa peine dans la toute nouvelle Ligue Europa, et Brandao commencera à être réellement décrié pour sa technique bas de gamme. Pourtant dans cette saison qui verra l'OM triompher en Ligue 1, c'est une autre compétition que Brandao va griffer de sa patte, la Coupe de la Ligue. Il s'inscrit comme le grand artisan du premier trophée olympien depuis belle lurette grâce à 4 buts et une paire de passe déc'. Malgré ses 13 buts toutes compétitions confondues, il n'arrive pas à prouver à Deschamps qu'il peut être l'attaquant de pointe de l'Olympique de Marseille et la saison 2010-2011 sera celle de la descente aux enfers pour l'homme de Sao Paulo.

Fin août 2010, Brandao voit ses compères d'attaque, Ben Arfa et Niang, partir vers d'autres cieux, remplacés illico par Gignac et Rémy, achetés à prix d'or. Il voit aussi propulser sur le devant de la scène les Ayew's, autant de potentiels concurrents directs aux postes de scorers. De plus, Brandinho tardera à ouvrir son compteur but, et ne retrouvera pas l'efficacité qu'il avait à ses débuts sous le maillot olympien, malgré un but pour une victoire champêtre contre Chelsea. L'année 2011 commence bien pour le brésilien qui score successivement en coupe de la Ligue, et en championnat. Mais quelques semaines plus tard, LE tournant de l'épopée olympienne de Brandao va avoir lieu. Peu avant une série de matches capitaux pour l'OM (Lille, Rennes, Paris), le brésilien s'autorise une petite virée en boite de nuit. Il rencontre une jeune femme, la drague puis arrive à ses fins. C'est là que l'histoire prend une tournure délicate. La jeune femme porte plainte pour viol alors que le brésilien crie son innoncence, prétextant que la jeune femme, bien connue des joueurs de l'OM, était parfaitement consentate. La médiatisation de l'histoire est impressionnante, l'image du joueur mais aussi du club s'en trouve écornée, Jean Claude Dassier l'envoie illico presto faire une pige au Brésil, assurant que le brésilien ne porterait plus le maillot ciel et blanc. Pendant un peu moins de deux ans, le brésilien écumera donc deux clubs de son pays, sans vraiment s'y imposer.

Nouveau flash back : janvier 2012. L'OM est à la peine en championnat, malgré une belle remontée sur la fin de l'année civile. Gignac souvent blessé, Rémy esseulé, Jordan Ayew et son frère André partis à la CAN, l'OM manque de poids offensivement. Mais c'est la dèche dans les comptes, et Margarita ne compte guère injecter de l'argent. Solution express, faire revenir Brandao, persona non grata depuis des mois. Après l'épisode Gignac à Fulham fin août, plus rien n'étonne en matière de retournement de situation au sein du staff olympien. Passons, Brandao revient donc début janvier, sans rancune. Il effectue son retour contre Lille en championnat et est accueilli comme une re-sta par le public olympien. Mieux, il enchaine les pions dans toutes les compétitions qu'il joue. Championnat, Coupe de France et bien sur Coupe de la Ligue tout y passe. Mais Deschamps, satisfait du retour du "présumé violeur" ne sait pas que le plus fort reste à venir.

Contextualisation : l'OM joue son huitième retour de Ligue des Champions. Après une victoire 1-0 au Vél', l'OM se retrouve mené 1-0 contre l'Inter à Meazza. Entré depuis 5 minutes, le brésilien égalise deux minutes avant les prolong' d'un enchainement contrôle du dos/frappe du gauche invraisemblable. Mine de rien, il vient de faire gagner un paquet d'argent à un club flingué économiquement parlant. Mais ce n'est pas tout. Samedi dernier, le brésilien a offert au club sa troisième coupe de la Ligue consécutive en trouant le capitaine de l'Equipe de France, Hugo Lloris seulement 7 minutes après être entré en jeu. Gling gling, encore une belle rentrée d'argent en dehors de toute bouffée d'air sportive.

Alors comment qualifier ce joueur ? Que retenir de son passage à l'OM, lui qui ne verra sans doute pas son contrat renouvelé à la fin de la saison ? Malgré certaines lacunes techniques, on ne pourra jamais reprocher au brésilien son implication, sa capacité à mouiller le maillot, là où beaucoup ont déja la tête ailleurs. Au final, il aura contribué à la plupart des trophées olympiens de ces dernières années. Il aura même tenu un rôle important durant les campagnes européennes des hommes de Deschamps. A défaut de savoir exécuter de magnifiques roulettes et d'avoir un sniper dans son pied droit, Brandao restera gravé dans la mémoire des supporters olympiens. Il ne sera pas rangé dans la case des Niang et des Drogba, pas dans celle des Waddle et des Papin, mais pas non plus avec les Gimenez et les Mendoza. Il aura sa propre case, et Dieu sait que la chose est rare sur la Cannebière.