Rinus Michels, totalement football

L'entraîneur batave révolutionna l'approche du football dès la seconde partie des années soixante

Rinus Michels, totalement football
Rinus Michels, totalement football

Né en 1928, Rinus Michels a d’abord été joueur à l’Ajax (261 matchs, 2 titres nationaux et 5 sélections nationales) mais n’a guère été reconnu avant de devenir entraîneur de ce même club en 1965.

Parcours

Le club vient d’éviter la relégation et la mission de Rinus Michels s’annonce difficile. Pourtant, de 1965 à 1971, il va transformer ce club en difficulté en un cador européen. Vainqueur du titre national en 1966, 1967, 1968 et 1970, vainqueur de la coupe en 1967, 1970 et 1971, l’Ajax émerge aussi au niveau européen avec une finale de la Ligue des Champions en 1969 (battu par le Milan AC) et surtout une victoire dans cette même coupe d’Europe en 1971 (2-0 face au Panathinaikos entraîné par le non moins célèbre Puskas).

Après ces années à l’Ajax, Michels émigre au FC Barcelone en 1971. Il y reste jusqu’en 1975. Son influence sur le club catalan est manifeste avec la mise en place de la Dutch Connection qui perdurera longtemps même si les résultats ne sont pas forcément à la hauteur (un seul titre de Champion en 1974).

Il revient ensuite à l’Ajax en tant que Directeur Technique mais n’y reste qu’une saison, repartant l’année suivante à Barcelone. Il y reste jusqu’en 1978, remportant la Coupe d’Espagne la même année. Il rejoint ensuite les Los Angeles Aztecs (1978-1980), puis le FC Cologne (1980-1983) où il remporte la Coupe d’Allemagne et enfin le Bayer Leverkusen (1988-1989).

Si son parcours d’entraineur de club est déjà notable, c’est avec la sélection nationale des Pays-Bas qu’il construit sa légende. Il prend en main cette sélection pour la Coupe du Monde 1974. Il a sous ses ordres une génération magnifique. Le personnage le plus emblématique du « Football Total » est bien sûr Johan Cruyff, dont le talent matérialisait sur le terrain les conceptions de son entraîneur
On n'attendait guère l'équipe néerlandaise en 1974 et Michels n'avait pu disputer que trois matchs préparatoires avant la phase finale. Mais, cette équipe, composée principalement de joueurs de l'Ajax et de Feyenoord (outre Cruyff, on peut citer Rep, Neeskens et Rensenbrink), remporta facilement sa poule en battant l'Uruguay 2-0, en faisant nul 0-0 avec la Suède puis en dominant la Bulgarie 4-1.

Ensuite, l'équipe néerlandaise surclassa l'Argentine (4-0), la RDA (2-0) et même le mythique Brésil, tenant du titre, écarté 2-0. L'équipe s'inclina finalement 2-1 face à l'Allemagne en finale, mais les Pays-Bas de Rinus Michels restent sans aucun doute une des plus belles équipes à n'avoir jamais remporté la Coupe du Monde.

Michels reprend l’équipe batave en 1986 avec l’Euro 88 pour objectif.  Michels y prend sa revanche sur l'Allemagne en éliminant le pays organisateur 2-1 en demi-finale. En finale, l'Union Soviétique ne peut résister à cette équipe où évoluent des talents considérables comme Marco van Basten, Ruud Gullit, Ronald Koeman ou Frank Rijkaard.

Michels revient à la tête de la sélection en 1990 et emmène son équipe jusqu'en demi-finale du Championnat d'Europe 1992, où elle chute face au Danemark, à l'issue de l'épreuve des tirs au but. Lors de ces années passées à la tête de l'équipe nationale, il remporte 30 victoires et fait 14 matchs nuls en 54 rencontres.

L’Euro 92 constitue la dernière expérience de Rinus Michels, qui prend ensuite sa retraite. Il décède le 3 mars 2005 à Alost (Belgique).
 

   Pays bas 1974   

Tactique

Michels est bien entendu connu pour le « Football Total », qui est une façon de jouer plus qu'une stratégie tactique. Le principe est de permettre aux joueurs d'ajuster placements et déplacements de façon à exploiter l'espace libre laissé par l’adversaire. Sur le terrain, la disposition est un classique 4-3-3 mais le rôle des joueurs est nettement modifié.

Les défenseurs centraux sont les premiers attaquants et doivent soigner la relance, voire même lancer eux-mêmes la contre-attaque. La paire Rijkaard/Koeman excellait dans cet exercice. Les défenseurs latéraux se comportent comme des ailiers supplémentaires (Suurbier et Krol en 1974) pour aider les attaquants (Rep et Rensenbrink en 1974) qui eux, en échange, font le piston pour se replier. Seul Cruyff a un rôle totalement libre, destiné à trouver des solutions pour battre les verrous défensifs adverses.

Toute l’équipe constitue peu ou prou un seul et même bloc, montant et descendant d’un seul tenant. Un tel fonctionnement repose sur des mouvements intelligents et coordonnées des joueurs, rendus possibles grâce à de bons automatismes et une condition physique inébranlable. Il en résultait des changements incessants de position des joueurs, une rotation permanente de la défense et surtout, le contrôle permanent du ballon.

Le football total ne peut s’exprimer sans avoir cette capacité à confisquer le ballon.  Celui que l’on a aussi surnommé « Rinus de Fer », associait ainsi une discipline drastique, une mobilité intelligente et imaginative de chaque joueur, celui-ci devant avoir un bon bagage technique.

Le football total ne survécu guère à son créateur ni ne trouva durablement de continuation. Les années 90 verront le retour d’un football plus tactique. Mais c’est une autre histoire…