RCD Espanyol, « l’autre » formation à la Catalane

Alors que toute l'Europe a les yeux braqués vers la Masia, "l'autre" club de Barcelone et son entraîneur Mauricio Pochettino jouent à fond la carte jeune.

RCD Espanyol, « l’autre »  formation à la Catalane
RCD Espanyol, « l’autre » formation à la Catalane

Le 2 octobre lors de la réception du Real Madrid, Pochettino lançait Christian Alfonso dans le grand bain de la première division. Un joueur de plus issu du centre de formation réalisait son rêve, et c’était loin d’être le premier depuis l’arrivée de Pochettino. En effet,  depuis sa prise de fonction en janvier 2009, l'Argentin a fait débuter en équipe première pas moins de 17 jeunes joueurs issus de l'Espanyol B.

 

 

 

Face au Real Madrid  la moyenne d'âge de l'équipe était de 23 ans

Une jeunesse talentueuse

Mieux qu'une statistique, ces joueurs sont désormais des titulaires du RCD Espanyol. Dans l'effectif actuel du club les Javi Marquez, Jordi Amat, Didac et Alvaro Vazquez sont des purs produits de la formation pericaet, malgré leur jeune âge,  ne sont plus l'avenir mais déjà le présent de l'équipe. Le premier est le chef d'orchestre du milieu de terrain, le second déjà titulaire en défense centrale du haut de ses 20 ans, le troisième semble avoir un brillant avenir devant lui (il est déjà sous contrat avec le Milan AC) tandis que le dernier qui s'est illustré lors de la coupe du monde des moins de 20 ans avec ses buts pourrait bien exploser cette saison en championnat.

Que dire des Baena, Javi Lopez, Thievy voire Rui Fonte? Ils ne peuvent être considérés comme des joueurs formés au club, mais ces joueurs ont en général rejoint l’Espanyol alors qu'ils avaient entre 17 et 19 ans, et c'est ici et nulle part ailleurs qu'ils ont eu la chance de débuter une carrière professionnelle. Tous ces paramètres font de l'Espanyol une équipe très jeune. Petite anecdote, prenons par exemple la rencontre face au Real Madrid (du 02/10/11) la moyenne d'âge de l'équipe était de 23 ans avec un "doyen" à 28 ans.... Roulez jeunesse!

 

Alvaro Vazquez et Jordi Amat avec l'Espagne moins de 20 ans, signe d'une formation de qualité

 

Une ressource économique

Faut-il garder ou vendre ses prodiges du ballon rond ? La réponse paraît simple, sauf que le club est obligé de prendre en compte le contexte économique général et surtout ses propres problèmes budgétaires. Dans tous les cas, cette jeunesse talentueuse est bel et bien une ressource économique.

Tout d’abord, compter sur la formation évite d'acheter des joueurs, en même temps l'objectif en misant sur le développement d’un centre de formation de qualité est bien d'amener des jeunes joueurs jusqu'en équipe première. Mais surtout, ces jeunes lancés tôt dans le grand bain peuvent rapidement se faire une réputation de joueurs prometteurs à l’échelle nationale voire internationale, alors quand vous êtes un club endetté.... vendre est très tentant. On peut se demander si la vente de joueurs de 20 ans n’est pas une vision à court terme, vu que logiquement la côte de ces joueurs devrait augmenter avec le temps. De plus ces ventes peuvent saboter le projet sportif comme ce fut le cas l'hiver dernier avec la vente de la moitié de la défense titulaire vers la Serie A (Victor Ruiz à Naples, Didac au Milan AC) alors que le club luttait âprement pour l'Europe. Ces départs coulèrent l'équipe de la course à l’Europe vers le ventre bien mou du championnat.

 

La cantera : une ancienne tradition, qui devrait durer

Si Pochettino est certainement l’un des entraîneurs ayant le plus fait confiance aux jeunes dans l’histoire du club, l'Espanyol a tout de même une ancienne tradition de club formateur. Ces 10 dernières années, alors que le club vivait l’une des meilleures périodes de son histoire (2 coupes du roi, une finale de la coupe UEFA), l’équipe comptait dans ses rangs des canteranos  comme le déjà mythique Raul Tamudo, l'éternel Dani Jarque ainsi que les Lopo, Sergio Gonzalez, David Garcia, Moises Hurtado, Javi Chica... et bien d’autres. Bonne nouvelle pour les amoureux de cette philosophie du football, cela devrait durer. Certaines figures du centre de formation incarnent déjà l'avenir du club, que ce soit le talentueux Christian Alfonso cité en début d'article, le gardien de but Edgar Badia (championnat d’Europe – de 19 ans avec un autre jeune perico Albert Blazquez) ou le jeune milieu ghanéen de 16 ans Paul Quaye qui a résisté aux sirènes du Barça.

 

L'Espanyol a vécu ses plus belles années avec une équipe s'appuyant sur son centre de formation: ici Marc Torrrejon, Moises Hurtado, RaulTamudo et Dani Jarque tous formés au club.

 

 Quand la vente de deux internationaux en puissance comme Victor Ruiz et Didac ne rapporte que 10M€, ça ressemble plus à une braderie qu'autre chose...

 

Une bonne politique ?

Economiquement, cette politique est bonne, l’Espanyol est enfin relativement proche de l'équilibre financier et est propriétaire de son superbe stade flambant neuf. Sportivement par contre cela peut en laisser plus d'un perplexe. Les jeunes joueurs sont souvent lancés pour couvrir la vente de joueurs plus expérimentés voire de meilleur niveau, comme par exemple celle d’Osvaldo lors du dernier marché des transferts estival. Sans ce type de joueurs, l’Espanyol aura toujours du mal à franchir un palier, celui qui doit faire des Catalans des européens réguliers, voire pourquoi pas une participation à  la ligue des champions. Donner trop de responsabilités à un jeune joueur peut aussi être le meilleur moyen de le faire échouer. Pochettino est conscient de ce risque, on remarque qu’il ne fait pas d’Alvaro son attaquant titulaire avec l’intention de le préserver. La plupart des éclosions de la cantera concerne en effet des postes défensifs, les joueurs offensifs sont plus exposés, il suffit de souvenir de Jonathan Soriano ou Coro qui sont passés de grandes promesses à joueurs de seconde division.  Le « modèle Pochettino » semble être tout de même positif, donnant au club la possibilité de survivre économiquement, ainsi qu’une identité avec des joueurs provenant en grande partie de son centre de formation. Quitte à vendre ses jeunes les dirigeants du club pourraient essayer de ne pas le faire lorsque ceux-ci sont encore verts, une récolte mûre se vendant toujours mieux. Quand la vente de deux internationaux en puissance comme Victor Ruiz et Didac ne rapporte que 10M€, ça ressemble plus à une braderie qu'autre chose...