La défense du Bayern passée au crible

Alors que la télévision française a choisi de divertir le grand public en diffusant le spectacle du cirque barcelonais autour du prestdigitateur Messi, la planète football, elle, aura les yeux rivés sur le "clasico européen", dernier d'une lignée historique, qui verra s'affronter le Real Madrid et le Bayern Munich. À en croire bon nombre d'experts auto-proclamés, une des clés de cette confrontation sera la capacité de la défense bancale du Bayern à se surpasser pour contrecarrer les plans de la puissance de feu madrilène. Mais qu'en est il réellement des qualités et des défauts du rempart bavarois? Retour sur le "rideau de verre" façon Heynckes...

La défense du Bayern passée au crible
La défense du Bayern passée au crible

Mario Gomez, Arjen Robben, Thomas Müller ou encore le plus allemand des français Franck Ribéry, une ribambelle de talent se bouscule sur le front de l'attaque du Bayern Munich, de quoi rivaliser avec les "galactiques" espagnols du surmédiatisé Cristiano Ronaldo. Cependant, comme tout le monde le sait, cette force de frappe offensive cache un secteur défensif médiocre, indigne d'une des plus grosses écuries européennes. Ou du moins, c'est ce qu'on essaye de nous faire croire si l'on écoute une majorité des médias et autres pseudo-spécialistes. Le souvenir de l'Inter de José Mourinho s'envolant vers la couronne suprême du football européen en cassant soigneusement les reins des Van Buyten et compagnie au passage est encore bel et bien vif dans les esprits . Mais si la défense du géant bavarois ne rivalise certes pas de renom avec les stars et paillettes qui régalent en attaque, le technicien portugais aurait tort de croire qu'il fera face à la même adversité que le 22 mai 2010 au stade Stantiago Bernabéu.

Analyse tactique et statistique de la défense bavaroise

La première et principale différence avec le Bayern de Louis van Gaal est l'orientation tactique de l'équipe qui a considérablement changé. Car si Jupp Heynckes a repris une bonne partie des bases laissées par son illustre prédécesseur, comme le perfectionnement du jeu de passe ou la domination à travers la possession, il a également pris soin de corriger certains défauts du système de jeu de l'entraîeur batave. En effet, certains aspects primordiaux du comportement défensif de l'équipe avaient été volontairement négligés pendant les entraînements durant l'ère Van Gaal. La préparation estivale du Bayern a donc été axée sur le repli défensif de l'équipe et le perfectionnement de l'alignement afin de pallier au retard accumulé dans le domaine. Une mesure qui s'avère payante puisque c'est dorénavant toute l'équipe qui travaille de concert pour récupérer le ballon au plus vite et compenser les errements défensifs des coéquipiers.

Ces améliorations tactiques portent d'ailleurs leur fruit puisque le Bayern constitue statistiquement la meilleure défense de Bundesliga avec seulement 19 buts encaissés en 29 matchs, soit une moyenne de 0,655 buts par match. Pire que ça, la défense bavaroise fait même partie des leaders à l'échelle européenne dans le domaine. En effet, si l'on s'en tient aux quatre principaux championnats, seule la Juventus de Turin fait mieux avec 17 buts encaissés en 31 rencontres disputées (0,548 buts/match), et les cadors espagnols que sont le Barca (0,742 buts/match) et le Real (0,9 buts/match) n'arrivent pas à rivaliser avec les chiffres avancés par la défense munichoise. Une autre statistique défensive ou le Bayern fait excellente figure est celle des tirs concédés puisque les hommes de Jupp Heynckes ne permettent à l'adversaire de tirer au but que 8,2 fois par match en moyenne. À ce jeu là seul le Barca fait mieux avec 6,9 tirs concédés par match alors que le Real de Mourinho se retrouve à la cinquième place du classement, juste derrière le Borussia Dortmund et la Juventus avec une moyenne de 9,9 tirs concédés par rencontre.

La refonte du secteur défensif

Ceci-dit, bien qu'elles soient hautement intéressantes, les statistiques à elles seules ne suffisent pas pour se faire une opinion précise du secteur défensif bavarois en tant que tel. En effet, aussi bien le Barca que le Bayern profitent grandement de leur philosophie de jeu axée sur la circulation du ballon et la possession pour tenir leurs adversaires loin des cages, ce qui contribue de manière non négligeable à la constitution de statistiques aussi flatteuses. Or la défense du Bayern ne bénéficie pas de la réputation qui devrait logiquement lui être accordée si on se limitait aux chiffres purs pour en évaluer les performances et en jauger la qualité. Ce manque de reconnaissance à l'échelle européenne (partiellement justifié), s'explique par divers facteurs que nous allons essayer de mettre en évidence grâce à une analyse détaillée des qualités et faiblesses de ces joueurs plutôt (voire très) méconnus qui sévissent au sein de la défense autour du capitaine Philipp Lahm.

Depuis cette cuisante défaite en finale de ligue des champions il y a deux ans de celà, plus de la moitié du personnel défensif alors aligné a été remplacé. En effet, les seuls rescapés de cette épopée europénne sont l'inépuisable Philipp Lahm, presque aussi à l'aise d'un côté de la défense que de l'autre, et Holger Badstuber, arrière gauche de fortune de l'époque, qui a depuis repris une position beaucoup plus adaptée à ses qualités dans l'axe gauche de la défense. Le géant belge Daniel van Buyten fait certes toujours partie de l'effectif munichois, mais se trouve en convalescence suite à une fracture du pied et devrait donc être indisponible lors des demi-finales, pour le plus grand malheur des supporters madrilènes. Le gardien d'antan Hans-Jörg Butt prépare quant à lui une retraite bien méritée en tant que remplaçant de Manuel Neuer, alors que Martin Demichelis goûte de son côté aux joies de la Liga et des pétrodollars qataris sur les plages de la costa del sol.

Détail des qualités et points faibles du personnel de la défense

Comme énoncé plus haut, le nouveau portier du Bayern n'est autre que Manuel Neuer, le gardien titulaire de la sélection allemande et ancien capitaine de Schalke 04. À 26 ans seulement, il est mondialement reconnu comme une des références actuelles à son poste et s'impose comme le digne successeur du "titan" Oliver Kahn. Malgré des débuts houleux et l'hostilité manifeste d'une minorité d'ultras bavarois à son égard, Neuer constitue une des garanties de cette défense bavaroise. Doté d'excellents réflexes, impérial dans ses sorties et ses face à face, le portier bavarois peut se targuer également d'une qualité de relance nettement au-dessus de la moyenne pour un gardien de but et dispose de l'expérience nécessaire pour briller lors des grands rendez vous de la plus prestigieuse des compétitions europénnes.

La deuxième garantie au sein de cette défense du Bayern est évidemment Philipp Lahm, capitaine du club mais également de la "Nationalmannschaft". Habitué au haut niveau depuis 2004, Lahm est sans aucun doute un des meilleurs latéraux du monde, que ce soit à gauche ou à droite. Et s'il a évolué la majeure partie de la saison sur le côté gauche, c'est sur l'autre côté que l'on devrait le retrouver contre le Real Madrid, comme c'est le cas depuis plusieurs matchs déjà. Son adversaire du jour devrait donc être la vedette portugaise du Real Cristiano Ronaldo, et il devrait être intéressant d'observer si Lahm sera en mesure de faire jouer ses qualités et son expérience pour museler l'un des touts meilleurs joueurs mondiaux à l'heure actuelle.

Dans l'axe droit de la défense bavaroise, on retrouve Jérôme Boateng, transféré cet été au Bayern en provenance de City pour la modique somme de 13,5 millions d'euros. L'ancien pensionnaire du Hertha et de Hambourg souffrait de se retrouver sans cesse cantonné sur le côté droit de la défense de Roberto Mancini et espérait retrouver du temps de jeu à son poste de prédilection sous les ordres de Jupp Heynckes. C'était sans compter sur le technicien allemand qui profita de la polyvalence de Boateng pour l'aligner alternativement en arrière droit ou en défense centrale et ce n'est que suite à la blessure de Van Buyten qu'il se vit accorder définitivement la confiance de l'entraîneur dans l'axe de la défense. Boateng avait déjà démontré ses prédispositions à ce poste lors de l'EURO espoir 2009 ou il n'avait perdu qu'un seul duel de toute la compétition avant la finale et confirme ces qualités depuis qu'il engrange les automatismes nécessaires avec son partenaire Badstuber. Dur sur l'homme et dôté de qualités athlétiques impressionantes, le demi-frère du Prince milanais n'est cependant pas le meilleur relanceur et commet encore trop souvent des erreurs d'inatention et de placement, pouvant couter très cher contre un adversaire du calibre du Real.

Si la relance n'est pas l'atout majeur de Boateng, c'est sans nul doute celui de son compère en défense centrale Holger Badstuber. Le frêle international allemand (1m89 pour 78 kg) a en effet une remarquable patte gauche et jouit d'un jeu de passe digne du Kaiser lui même. Près de 93% de ses passes atteignent leur destinataire sachant que Badstuber touche en moyenne 80 ballons et délivre environ 60 passes par match. De plus, en tant que premier relanceur de son équipe, Badstuber ne se contente pas de simples passes courtes sur son latéral ou le deuxième défenseur central, mais joue une quantité remarquable d'ouvertures sur les milieux offensifs et de longues transversales sur l'ailier droit, ce qui rend son pourcentage de réussite d'autant plus impressionant. Mais ses points forts ne se limitent pas qu'à sa qualité technique. Sans être le nouveau Jaap Stam il a également fait des progrès notables au niveau du comportement et de l'agressivité dans les duels et ne se permet plus que très peu de lapsus comme ce fut le cas lors du petit pont concédé contre Benoît Cheyrou en quart de finale retour face à Marseille. Deux ans après le début de sa fulgurante ascension, Badstuber en est arrivé à un point où il peut se considérer comme le patron de la défense bavaroise et un des meilleurs défenseurs du championnat, un statut nouvellement acquis qu'il aura coeur à confirmer  sur la plus haute scène du football européen.

Enfin le petit dernier de cette jeune défense munichoise est le nouveau latéral gauche autrichien d'origine nigéro-philipeine David Alaba. Formé au poste de milieu axial, le joueur de 19 ans avait été lancé dans le grand bain international par Louis van Gaal en tant qu'arrière gauche lors des huitièmes de finale contre la Fiorentina à 17 ans à peine. Le technicien néerlandais disait alors de lui: "c'est un latéral gauche, même s'il ne le pense pas lui même." Deux ans plus tard, la prophétie du père Louis semble se réaliser. Après un prêt réussi à Hoffenheim ou il sut convaincre à son poste de formation et un retour au bercail où il se démarqua comme alternative séduisante à plusieurs postes, David Alaba semble avoir trouvé sa place dans le onze titulaire du Bayern au poste d'arrière gauche. Très à l'aise techniquement et très rapide, il combine à merveille avec Franck Ribéry, faisant presque oublier l'entente qui régnait entre le français et Philipp Lahm. L'international autrichien convainc également dans les duels où il profite de sa vitesse sur les premiers mètres pour tenir en échec ses adversaires. Mais malgré toutes ces promesses et ces qualités entrevues lors de ses derniers matchs, il ne faut pas oublier que David est un jeune joueurs avec très peu de repères à son nouveau poste et qui commet donc encore beaucoup d'erreurs de placement. À celà s'ajoute une faiblesse dans le jeu de tête et surtout un manque cruel d'expérience au plus haut niveau qui risquent fortement de lui jouer des tours lorsqu'il s'agira de maîtriser des joueurs de la trempe de Mesut Özil, Angel Di Maria ou Karim Benzema.

En conclusion nous pouvons dire que cette défense du Bayern est loin d'être aussi mauvaise qu'on essaye de nous le vendre. Les résultats et les statistiques sont même très encourageants et la jeunesse et le talent certain des joueurs promettent de bonnes choses pour l'avenir. Ceci-dit, la défense bavaroise manque d'expérience au plus haut niveau, surtout lorsqu'on vient à la comparer à celles des autres demi-finalistes. Les erreurs d'inatention ou de placement qui se glissent, certes de plus en plus rarement, mais toujours de façon régulière chez les Alaba, Boateng et compagnie ne pardonneront dans la phase finale de cette saison où trois titres sont encore à portée du club. Toute l'équipe du Bayern, mais avant tout son secteur défensif, devra élever son niveau de jeu s'ils espèrent réaliser ce triplé dont rêve secrètement toute la ville de Munich.