Wigan dompte Arsenal

Pour la 7e saison consécutive, Wigan est sur le point de faire taire les pronostics questionnant chaque année sa présence en Premier League à la fin de l'exercice. Les Latics de Roberto Martinez ont remporté hier soir une victoire sans conteste sur la pelouse d'Arsenal, cinq jours seulement après avoir également battu le Champion en titre Manchester United ! A Arsenal, on est tenté de penser que les Gunners ont encore failli dans l'approche mentale de la rencontre alors qu'on croyait que la claque reçue face au Milan AC mi-février avait servi de déclencheur d'une nouvelle dynamique tout comme d'une (énième) prise de conscience collective du potentiel.

Wigan dompte Arsenal
Roberto Martinez donne ses consignes tandis qu'Arsène Wenger se plaint du "time wasting" de la part des joueurs de Wigan, Ali Al Habsi en particulier.
Arsenal
1
2
Wigan Athletic
Arsenal: Szczesny; Sagna, Djourou, Vermaelen, Santos; Arteta, Song; Walcott, Rosicjy, Benayoun; Van Persie
Wigan Athletic: Al Habsi; Alcaraz, Caldwell, Fugueroa; Boyce, Gomez, McArthur, McCarthy, Moses, Beauséjour; Di Santo
SCORE: 0-1, min. 7, Di Santo. 0-2, min. 8, Gomez. 1-2, min. 21, Vermaelen.
ARBITRE: Andre Marriner Booked: B. Sagna, 34e A. Song, 72e G. Caldwell, 60e A.Al-Habsi, 90e+2 J. McCarthy, 90e+4
ÈVÉNEMENTS: Emirates Stadium (affluence: 60060)

Il ne fallait pas arriver en retard à l'Emirates Stadium ce Lundi soir pour ne pas manquer l'essentiel du spectacle. Arsenal s'imaginait certainement passer une soirée tranquille, à l'image de cette tête de Yossi Benayoun repoussée en corner par Ali Al-Habsi dès la 7e minute. A la suite du renvoi par la défense de Wigan et un contre mené par Victor Moses, c'est Jordi Gomez qui parviendra à trouver un Di Santo idéalement lancé dans l'axe, à peine sous la menace des retours en catastrophe de Johan Djourou et Yossi Benayoun. D'un piqué opportun au dessus du gardien polonais qui fêtera ses 22 ans ce Mercredi, l'ancien attaquant de Chelsea s'ouvrira le but en grand et n'aura plus qu'à rabattre le ballon pour son 5e but de la saison (son 7e seulement en 83 matchs de Premier League !). Moins de 60 secondes plus tard, l'inévitable Moses enfoncera davantage les Gunners en se jouant d'une facilité déconcertante d'un Sagna catastrophique ; son centre sera transformé en deux temps par Jordi Gomez qui profitera du savon appliqué sur les gants de Szczesny pour envoyer le ballon au fond des filets et réduire au silence un Emirates déjà peu bruyant d'accoutumée (0-2, 8e). Afin d'ajouter encore un peu de piquant à la soirée, Arsenal devra rapidement effectuer son premier changement, Ramsey remplaçant Arteta touché à la cheville et dès lors très incertain pour la réception de Chelsea ce week end.

Sans que cela ait réellement de lien avec l'entrée du tant décrié gallois, Arsenal commencera alors à imposer sa patte sur la rencontre mais butera sur une équipe de Wigan parfaitement regroupée. Néanmoins, on sentira très nettement la pression s'accentuer dans la mesure où les dégagements de la défense de Wigan ne furent que répit avant un renvoi immédiat du ballon en zone dangereuse par Arsenal. De façon assez caractéristique lorsque la solution n'apparaît pas d'elle même et que les Gunners font tourner le ballon façon handball devant les 16m adverses, c'est Thomas Vermaelen qui prend ses responsabilités et amène le surnombre par ses montées et frappes de loin. Après des tentatives de Benayoun, Djourou et donc, de Vermaelen de loin, c'est le Belge qui redonnera espoir à son équipe en reprenant victorieusement de la tête un centre de Rosicky et crucifiant le malheureux Al Habsi, pourtant impeccable jusqu'alors (1-2, 21e). Les hommes de Roberto Martinez parviendront à contenir la pression des locaux afin de revenir aux vestiaires forts de leur avantage. Néanmoins, le contenu de la première mi-temps de la part d'Arsenal, stérile et sans prise d'initiative, était loin de constituer matière à imaginer un retour aussi fracassant que lors de la visite d'Aston Villa en 16e de finale de la FA Cup fin Janvier (Arsenal avait remonté un handicap de 2 buts en 6 minutes en seconde période grâce à un doublé de Van Persie et une réalisation de Walcott).

 

La seconde période se révèlera criante de prévisibilité et semblable à l'entame du match. Un Wigan organisé et démentiel en attaques rapides face à des Gunners sans solutions ni mouvement, privés de leur pièce maîtresse Arteta ; contraints dès lors à faire circuler le ballon de façon hasardeuse. Wigan manquera néanmoins plusieurs occasions de marquer un grand coup en crucifiant Arsenal sur ses contres, on pense par exemple aux face à face manqués de Victor Moses ou Jordi Gomez qui auraient pu nettement corser l'addition. Les remplacements de Wenger n'y changeront rien: déjà contraint de procéder à son premier changement avant la 75e minute (!) en tout début de rencontre; les entrées successives de Gervinho et Oxlade Chamberlain n'auront pas d'impact dans le match tandis qu'un Walcott restera de façon incompréhensible sur la pelouse. Wigan achèvera la rencontre plutôt tranquillement, non contents de réduire Arsenal à une impuissance bluffante, les Latics obtiendront également matière à casser davantage le faux rythme de la 2e mi-temps en subissant des fautes répétées sur Moses, Sammon, Figueroa ayant adopté la bonne tactique de conserver le ballon et percuter au ralenti.

 

Martinez donne la fessée

Si la victoire de Wigan constitue une surprise en soi dans la mesure où il est peu habituel de concéder une défaite sur sa pelouse face au 17e qui de surcroit n'avait gagné que 4 matchs sur les 29 premières rencontres ; la manière est quand à elle très peu sujette à controverse. Loin de tomber dans le cliché si récurent du petit venu garer son bus devant le but local afin d'espérer grappiller un point, ou bien venu hacher le jeu façon Wolverhampton pour empêcher l'adversaire de produire du jeu, la victoire de Wigan prend véritablement des airs de leçon tactique. Fort de sa dynamique sportive (4 victoires, deux nuls et une défaite imméritée face à Chelsea), Martinez était venu à l'Emirates avec son système "old school" qu'il aurait été de convenance de commencer à connaître depuis le temps qu'il pose problème dans ce championnat. Organisé dans un 3-4-2-1 modulable, Wigan alignait une base de trois défenseurs centraux autour du capitaine Gary Caldwell: le Players' Player of the Year 2011 de Wigan Antolin Alcaraz et le relanceur Maynor Figueroa. Flanqués d'Emerson Boyce et Jean Beauséjour dont le compteur kilométrique est le cadet des soucis, ce système permet de bloquer totalement les flancs en phase défensive (Wigan apparaît alors avec une ligne de 5 à l'arrière) et d'exploser rapidement en contre : profitant de la capacité athlétique de ces latéraux-ailiers, la qualité de centre et de percussion des deux joueurs étant un atout indéniable dans les 30 mètres adverses.

Le coup tactique de Martinez aura été de couvrir sa défense par la paire McArthur-McCarthy qui jouera le rôle capital de couper les transmissions entre l'axe et les couloirs tout en enfermant Robin Van Persie dans une véritable cage avec pour gardien Gary Caldwell. La perte rapide de Mikel Arteta et son remplacement par Aaron Ramsey aura entamé la circulation de balle Gunner qui ne pouvait déjà que peu autoriser un jeu précis vers l'avant. La paire à consonance Ecossaise (McCarthy est né en Ecosse de parents Irlandais, son choix de défendre la sélection du trèfle a fait jaser) coupant déjà les angles de passe en bouchant les intervalles, Caldwell ou Figueroa se sont eux chargés de faire le ménage sur la plupart des ballons aériens (de Song ou Rosicky notamment) en direction des attaquants d'Arsenal.

Lorsqu'on connait l'apport des latéraux d'Arsenal dans le développement habituel de son jeu fait (et souvent de façon exagérée) de latéralité; les barricades ainsi que le positionnement très haut d'un Victor Moses (toujours en quête d'une meilleure gestion de ses courses et donc de sa lucidité) perturbant Sagna aura grandement mis en difficulté le côté droit catastrophique d'Arsenal, complété par un Walcott lunatique. A gauche, Jordi Gomez n'aura pas à se creuser la tête plus que nécessaire afin de contrer André Santos qui s'est lui même livré la tête dans le guidon dans l'étau Latic avec ses plongées dans l'axe stéréotypées. Ayant correctement tenu son rôle de fixation et empêchant Arsenal de lancer complètement ses défenseurs dans la bataille, l'entrée de Connor Sammon afin de presser encore plus fort au cours de la deuxième mi-temps apparait également comme un choix pertinent de la part du manager Espagnol.

 

Que retenir de ce match ?

Peu de satisfactions résident dans ce match pour Arsenal, si il semble fou de se dire que le joueur le plus performant sur la pelouse fut un joueur prêté par Chelsea (qui compte désormais 6 points de retard avec un match en moins avant la confrontation de ce week-end), le reste des prestations individuelles pose nettement question notamment sur l'investissement des joueurs, surtout dans l'optique d'un match capital contre Chelsea. On passera sur le manque de classe de Wenger et Van Persie en fin de match, refusant de serrer la main de Martinez et Caldwell respectivement. Pour le Hollandais et en se rappelant de son altercation avec son compatriote Krul il y a quelques semaines, on ne fera que rappeler le proverbe de la roue qui tourne.

Martinez voit quant à lui son objectif de maintien se rapprocher à grand pas à 4 journées de la fin: Wigan totalise 34 points soit 3 de plus que les Queens Park Rangers, actuels 17e. Si Blackburn et Wolverhampton que Wigan doit encore jouer semblent déjà condamnés (5 défaites de rang pour Blackburn et 2 nuls, 8 défaites en 10 match pour Wolverhampton), Wigan prouve par sa forme actuelle et le contenu de ses matchs depuis une dizaine de rencontres qu'il mérite son statut d'équipe de Premier League.

Ancien joueur de Wigan qu'il a aidé à monter les divisions (188 matchs, 17 buts entre 1995 et 2001), Roberto Martinez est en fin de contrat cet été et son avenir est toujours incertain. Après avoir failli rejoindre Aston Villa l'été dernier, on savait déjà que la liste de candidats serait longue avec un tel bilan sportif sur ses 3 saisons en tant que manager de Wigan (en plus de son rôle prépondérant dans la mise en place du jeu pratiqué par Swansea actuellement). Les récents résultats et les victoires face à Liverpool, Manchester United et Arsenal ne font que confirmer les bonnes impressions laissées par le manager de 38 ans tout en mettant enfin en lumière la qualité de son travail.