La sélection galloise sur le chemin de la rédemption ?

Suite au suicide de Gary Speed en novembre dernier, l’équipe nationale galloise a souffert. Souffrance caractérisée par deux revers d’entrée dans le groupe A des éliminatoires de la Coupe du Monde 2014, surnommé (à juste titre) « groupe de la mort ». Sa victoire ce vendredi dans le derby contre l’Ecosse symbolise-t-il son renouveau ?

La sélection galloise sur le chemin de la rédemption ?
Aaron Ramsey a pris un rôle important dans la sélection, si bien qu'il peut être capitaine quand Ashley Williams est absent. A seulement 21 ans. (crédits : jiwaarsenal.com)

Chapeau F. En compagnie de San Marin, de l’Islande, du Liechtenstein et d’autres équipes aussi « huppées ». Mais en-dessous des Iles Féroé, de l’Estonie (chapeau E) ou de l’Irlande du Nord et de l’Ecosse (chapeau D). Pourquoi une telle place pour le Pays de Galles, qui a pourtant terminé quatrième de son groupe des éliminatoires de l’Euro 2012, avec trois victoires (dont une sur la Suisse) ? Le problème est que les équipes ont été rangées selon leur indice UEFA de juillet 2011, un indice antérieur aux trois victoires de l’équipe coachée par Gary Speed, toutes survenues à partir de septembre 2011… D’où cette anomalie de voir les Iles Féroé dans le chapeau E au détriment de la patrie de Ryan Giggs. Alors on peut pester contre cette organisation qui rend les choses un peu faussées du coup, puisque nous avons droit à un groupe A d’éliminatoires de Coupe du Monde 2014 assez hardcore : Croatie, Serbie, Belgique, Ecosse, Macédoine, et donc Pays de Galles. Le groupe de la mort…

Une sélection grandissante, mais sous le choc

Mais bon, Gary Speed et ses hommes ont bien terminé dans leur groupe, et face à des équipes pas non plus imbattables (ils auraient pu avoir l’Allemagne, les Pays-Bas ou l’Espagne, ça aurait été autre chose), il y a moyen de créer la surprise. C’est en tout cas ce que pense le sélectionneur, satisfait de l’ordre des matchs qui pourrait l’avantager. Cette déclaration a été faite trois jours avant son suicide, Speed est retrouvé mort pendu dans son sous-sol le 27 novembre dernier.

Les Pays de Galles sont sous le choc, et le monde du football avec. Si bien d’ailleurs que la thèse du suicide n’est pas encore vérifiée à 100%, et ne le sera sans doute jamais. L’équipe avait beaucoup progressé avec Speed qui l’avait repris en décembre 2010, alors que l’équipe avait très mal débuté en perdant contre les plus faibles du groupe sur le papier, la Bulgarie et le Monténégro (finalement barragiste), en plus d’une claque en Suisse (4-1). L’ancien joueur le plus capé de Premier League a réussi ensuite à donner une âme à son équipe, en ne perdant que contre l’Angleterre en phase de poules et en sauvant l’honneur. Il a aussi contribué à donner un nouvel élan à la jeune génération présente depuis quelques années déjà, articulée autour d’Aaron Ramsey et de Gareth Bale.

Après sa mort, la sélection se retrouve en tout cas décapitée, et un nouveau sélectionneur doit être trouvé. Ce sera Chris Coleman, ancien coach de Fulham (2003-2007), de la Real Sociedad (2007-début 2008) Coventry (2008-2010) et, dernièrement, de Larissa en Grèce. Entraineur assez jeune (42 ans, comme Speed), il a eu peu de réussite jusqu’ici. Lien de cause à effet ou pas, il enchaîne cinq défaites à son arrivée : les amicaux contre le Costa Rica (0-1, 29 février), le Mexique (2-0 aux Etats-Unis, 27 mai) et la Bosnie, à Llanelli (0-2, 15 août), et les premiers matchs de poule, contre la Belgique au Millenium Stadium de Cardiff (0-2, 7 septembre) et la Serbie, le 11 septembre à Novi Sad. Là on ne parle même plus d’une défaite, mais d’une déculottée (6-1).

Qualification pour la Coupe du Monde 2014 : mission impossible

La sélection galloise donne l’impression d’être encore sous le choc. Surtout, elle entame à nouveau une phase de poules dans le mauvais sens, même si contrairement à la campagne précédente elle s’incline contre des équipes ayant plus de notoriété : cela ne choque personne que l’on dise que la jeune génération belge est plus brillante que celle des Galles, ni que la Serbie est plus forte sur le papier. La défense n’a rien d’exceptionnel (Sam Ricketts de Bolton, Ashley Williams, le capitaine, de Swansea…), le milieu a quand même pas de gueule (Joe Allen, Gareth Bale, Aaron Ramsey) mais en l’absence de Craig Bellamy, blessé, l’attaque ne peut pas compter sur des avants-centres de top niveau (Steve Morison, attaquant de Norwich, occupait ce poste vendredi). D’autant plus que, pour rappel, le classement FIFA paraît assez hallucinant quand on le regarde de plus près. Si en juillet les Gallois étaient situés assez bas dans le ranking, ils étaient la 27enation européenne en décembre, et seraient donc dans le chapeau D si le tirage avait été fait à cette époque…

Donc au lieu d’une opération qualification prévue au départ, Chris Coleman s’attaque à une opération rédemption. Après le 6-1 en Serbie, on s’est posé quelques questions du côté de Cardiff. Le match de Novi Sad est vu comme un « cauchemar » par Wales Online, qui a cherché comment Coleman pouvait éviter « que le drame ne se transforme en crise ». La solution la plus simple était de battre l’Ecosse dans un derby 100% Grande-Bretagne.

Une victoire dans le derby qui fait du bien

Et si les choses étaient mal engagées avec un but de l’Ecosse signé James Morrison (avec deux « r », ailier de West Bromwich) dès la demi-heure de jeu. Mais les Ecossais n’ont pas réussi à faire le break, et se contentaient même de ce maigre avantage. Coleman va finalement sauver en partie sa tête  grâce à l’inévitable Gareth Bale, qui a marqué les cinq derniers buts de sa sélection en matchs de qualification pour l’Euro et la Coupe du Monde confondus. Les deux derniers ont été marqués contre les Scots, qui encaissent d’abord un pénalty du joueur de Tottenham (80’), puis un missile en lucarne d’une frappe à 25 mètres (88’). Première victoire pour Chris Coleman à la tête de la sélection, et il était temps. Il peut remercier son génie de Tottenham.

Le rêve pour le Pays de Galles de participer à la Coupe du Monde 2014 au Brésil est permis, mais à condition d’aller battre la Croatie à Osijek, ce qui n’est pas une chose facile. Mais la qualification serait la meilleure manière de rendre hommage à Gary Speed et de concrétiser le travail effectué depuis plusieurs années dans le foot welsh, avec une génération qui pousse et un club qui sert d’emblème, Swansea, que l’on surnommait « petit Barça » avec Brendan Rodgers, coach gallois, aux commandes l’an passé, un surnom qui tient encore avec Michael Laudrup. La sélection, sur un énième exploit de Gareth Bale (même si Coleman souligne qu’il n’est pas tout seul, on ne peut nier sa place prépondérante), peut réaliser l’impossible…