Un Athletic follement Bielsa

L’Athletic Bilbao a tenté le pari de faire venir "el loco" Bielsa sur son banc. Après des débuts difficiles, Bielsa a réussi à marquer cette équipe de sa griffe, le pari semble déjà gagné pour le club basque.

Un Athletic follement Bielsa
Un Athletic follement Bielsa

L’Athletic Bilbao entraîné par Joaquín Caparrós terminait la saison 2010/2011 avec une qualification européenne, une bonne saison donc qui n’était pas spécialement propice aux changements. Mais processus démocratique oblige, les élections amenaient un nouveau président à la tête du club, Josu Urrutia, qui amenaient dans les bagages de sa candidature l’entraîneur Marcelo Bielsa, surnommé le fou.

Un pari osé

Ce choix était osé. En effet, si Bielsa est reconnu comme étant un des plus grands techniciens au monde, notamment depuis le triomphe du FC Barcelone de Pep Guardiola qui voit dans l’Argentin un modèle d’inspiration tactique, il n’avait jusque-là jamais rien fait en Europe hormis un passage éclair à l’Espanyol qu’il délaisse au bout de quelques semaines pour prendre en main la sélection argentine.

Si Bielsa est donc un entraîneur reconnu, notamment pour ses concepts de jeu innovants, il n’a pas forcément une grande réussite, le grand public gardant principalement en tête l’échec cuisant de sa sélection argentine au mondial 2002.

Autant dire que son arrivée à l’Athletic Bilbao en laissa plus d’un perplexe, surtout qu’historiquement, en forçant le trait, le club basque a une identité de jeu contraire aux concepts de Bielsa. L’Argentin est connu pour préconiser une patiente construction du jeu avec une multiplication de passes et de mouvements amenant forcément à une forte possession de balle, tandis que l’Athletic est plutôt réputé pour pratiquer un jeu beaucoup plus direct,  une sorte adaptation ibérique un brin plus technique du « kick & rush » britannique.

Une révolution longue à accoucher

Bielsa arrive à Bilbao avec dans ses valises son schéma habituel, qu’il a remis au goût du jour avec la sélection chilienne, le 3-4-3. Ce changement de schéma, mais surtout de style de jeu, apparaît rapidement comme un échec tant il semble mal sied à ses joueurs, ce pose alors la question de savoir si les cadres de l’équipe, les champions du monde Javi Martinez et Fernando Llorente, ne sont pas en désaccords avec leur entraîneur.

Pourtant, malgré des résultats qui ne pouvaient pas être pire, les joueurs semblent adhérer au discours de leur entraîneur. Javi Martinez accepte notamment d’être repositionné en défense centrale. Ce qui va apparaître pour beaucoup comme une expérience farfelue va s’avérer une être une réussite, au point que face au vieillissement de Puyol, la remise en question de Piqué dans son club et la disparition d’Albiol au Real Madrid, Javi Martinez est désormais vu comme une réelle option au poste de défense centrale en sélection nationale.

   

Javi Martinez a encore pris une dimension supplémentaire en étant repositionné en défense centrale par Marcelo Bielsa

Le repositionnement de Javi Martinez, loin d’être anecdotique est symbolique de la conception du football de Bielsa. L’Athletic de Bielsa construit le jeu à partir de sa ligne défensive, ce n’est pas un hasard si deux de ses trois défenseurs sont des milieux de formation, avec Javi Martinez il amène donc un apport technique et une vision du jeu indispensable pour lancer le jeu.

Finalement, la greffe prend, le jeu de l’Athletic s’améliore au fur et à mesure de ses sorties, Llorente arrive à trouver sa place et retrouve le chemin des filets, au point de devenir le meilleur buteur espagnol du championnat, et le club passe des profondeurs du championnat à la lutte pour l’Europe.

Du jeu mais aussi des résultats

L’Athletic Bilbao monte en puissance sur la fin d’année 2011, se transfigure, et devient rapidement une, voire la, référence en terme de jeu pratiqué, mais obtient surtout des résultats. Au point qu’actuellement le club est en lice sur tous les tableaux. Toujours en course en Europa League, en finale de la Copa del Rey contre le FC Barcelone où l’on sait déjà que le vainqueur devrait être le football, l’Athletic Bilbao est aussi en course pour une qualification en Ligue des Champions.

Inespéré au vu de début de saison, le club mené par Bielsa peut désormais se mettre à rêver d’un premier titre depuis le doublé coupe/championnat lors de la saison 1983/1984.

              

Le match entre l'Athletic de Bielsa et le Barça de Guardiola avait tenu toutes ses promesses, nul doute que la finale de la Copa del Rey devrait être une promotion pour le football.

La méthode Bielsa permet aussi au club de connaître sa période la plus « internationale », lors de la dernière fenêtre de matchs internationaux 8 des 11 titulaires habituels jouaient avec une sélection. En plus des joueurs déjà confirmés, Bielsa a notamment permis à quelqu'un comme Oscar de Marcos d'exploser tant sa polyvalence est adaptée au jeu tout en mouvement prôné par l'Argentin.

Bielsa, une mode européenne

Vu ce que représentait le « pari-Bielsa », le club avait toutefois protégé ses arrières en ne proposant qu’une année de contrat à l’Argentin. Mais vu le succès d’ «el loco », le voici déjà courtisé par les plus grands clubs d’Europe.

Pour commencer il est déjà vu en Catalogne comme le potentiel successeur d’un Pep Guardiola qui n’a pas l’air décidé à continuer sur le banc du FC Barcelone après cette saison. Le maître remplacerait donc l’élève, ce ne serait pas pour déplaire à son compatriote Messi, originaire lui aussi de Rosario, qui a déclaré lors de la conférence de presse avec sa sélection en Suisse qu’il espérait un jour pouvoir avoir Bielsa comme entraîneur.

Tous les grands clubs connaissant des mauvaises périodes songent aussi à mettre Bielsa sur leur banc : Chelsea, l’Inter de Milan…Mais difficile d'imaginer Bielsa quitter l'Athletic, tant l'homme paraît attaché à certaines valeurs humaines et aime travailler et construire sur le long terme.

L’Athletic de Bielsa doit maintenir son rythme en cette fin de saison, ce week-end ils ont l’occasion de faire un pas de plus vers la qualification européenne en gagnant un des matchs les plus importants de la saison, derby contre la Real Sociedad.