Rétro clásico : Raúl fait taire le Camp Nou

Retour sur le match aller de la saison 1999/2000. Les catalans, premier au classement, accueillent des madrilènes fébriles en soif de victoire. L'entraîneur du Real décide de jouer le tout pour le tout, le match prend alors une tournure surprenante.

Rétro clásico : Raúl fait taire le Camp Nou
Rétro clásico : Raúl fait taire le Camp Nou

Il y a des matchs qui ne s’oublient pas, il y a des matchs où le talent et le génie éblouissent des spectateurs hargneux, des matchs qui deviennent légendaires, polémiques, mais surtout historiques. Un clásico est un clásico, on se bouscule, on se fauche violemment dans la surface, on transpire, on se retrouve haletant, perdu sur un terrain trop grand, trop beau… Les minutes sont longues et à la fois vives, et à chaque coup de sifflet final personne n’échappe à la règle : les supporters ont quelque chose à dire. On discute, on polémique, on chipote, on provoque même parfois. Le clásico est un match spécial, et celui de la saison 1999-2000 n’échappe pas à la règle, bien au contraire, puisqu’aujourd’hui, quinze ans après, on l’évoque encore comme l’un des matchs les plus aboutis entre les deux ogres espagnols.

La saison du Real avait plutôt mal commencé, les madrilènes venaient d’enchaîner quatre matchs sans victoire, et restaient sur une défaite à domicile face à Valence. Le Barça, lui, n’avait essuyé qu’une seule défaite contre un plein de victoires. Les hommes de Van Gaal étaient au mieux, ils produisaient un football de qualité et avaient déjà 6 points d’avance sur leur ennemi madrilène, ce qui provoquait la crise dans la capitale. Toshack commençait à être questionné,  et l’absence de plusieurs joueurs pour ce match ne laissait prévoir rien de bon. Pourtant, quelques heures avant le match, l’entraîneur madrilène avait décidé d’affronter ce match avec toutes ses armes : il confia à la presse que le Real n’allait pas jouer pour défendre face aux catalans. Le club allait donc être fidèle à sa philosophie, et tenter le tout pour le tout en avançant ses lignes dans un 4-2-3-1 avec Raúl, Morientes, Anelka et Savio comme attaquants. Quatre joueurs qui allaient pivoter sans cesse pour bloquer le départ du ballon du Barça, et être dangereux constamment au niveau offensif. La tactique ne tarde pas à porter ses fruits : on joue la demi-heure de jeu et suite à un bon travail de Savio, Raúl décroche une tête superbe pour ouvrir le score. Le Real Madrid se prend à rêver, le club prend l’avantage en terre catalane. La joie ne durera finalement pas longtemps, puisqu’à peine deux minutes plus tard, Rivaldo égalise pour le Barça. Le match est spectaculaire, le jeu proposé est séduisant, on passe d’un but à l’autre. Van Gaal demande à ses joueurs d’être plus rapides, plus vifs, mais les blaugranas ne sont toujours pas à l’abri. Anelka, auteur d’un grand match, frappe pour redonner l’avantage aux siens mais le défenseur Sergi bloque le ballon de la main, penalty et expulsion… qu’oublie l’arbitre !

Le match prend une tournure folle, les joueurs jouent de plus en plus violemment, la polémique est là, et lorsque Figo donne l’avantage au Barça d’un superbe but, le Camp Nou explose. On joue la deuxième mi-temps et le public jubile mais un événement va encore tout changer. Suite à la pression du match, Kluivert perd le contrôle à la 53éme minute et proteste fortement, l’arbitre décide de l’expulser. C’est sévère, et le Barça va devoir jouer avec un joueur en moins pendant presque toute la seconde période. Là encore, la polémique ressurgit, les catalans demanderont même un penalty sur une poussette de Redondo sur Luis Enrique, mais l’arbitre Diaz Vega laisse jouer. Le Real joue de plus en plus vers l’avant, mais l’irrégularité des deux équipes hachent le jeu, la pression est à son comble, les minutes passent… Mais le Barça tient, il reste cinq minutes à jouer, le public chante, chambre, c’est de bonne guerre, les catalans sont à ce moment du match à 9 points des madrilènes. Mais ils oublient un petit détail, il ne faut jamais donner un match gagnant lorsque Raúl est encore sur le terrain. En effet, le grand capitaine du Real génère cette attraction du ballon vers ces pieds, un ballon qui  le trouve sans cesse dans l’espace comme sur cette passe de Savio. Le madrilène est toujours prêt, vif, pour marquer un but fatal à l’ennemi. Et ce soir là, Raúl fut présent, une fois de plus, il récupéra cette balle qu’il aime tant, et frappa en finesse pour battre Hesp. L’espagnol embrassa son alliance, puis demanda au Camp Nou de se taire en portant son doigt à sa bouche. Durant dix longues secondes, le Camp Nou s’éteint face au génie madrilène, dix longues secondes de douleur, mais aussi de respect pour finalement laisser une image pour l’histoire.