L’Espagne serait-elle imbattable?

L’Espagne serait-elle imbattable?

Le succès de la Roja la semaine dernière contre l’Italie fait entrer la génération Casillas – Ramos – Xavi – Iniesta dans l’histoire : le triplé (Euro – Coupe du Monde – Euro) était jusqu’alors inédit. Alors, est-ce possible de battre dans la durée cette équipe ?

4-0 en finale contre une équipe très séduisante depuis le début de l’Euro ? On peut dire que ce score était plutôt inattendu ! Certes, il y a eu les blessures de Chiellini et de Thiago Motta, Balotelli n’était pas dans un grand jour, etc. Mais 4-0 ! La sélection espagnole depuis 5 ans doit-elle rougir face aux autres plus grandes sélections de l’Histoire, comme celle du Brésil de 1970, l’Allemagne des 70s, la Hongrie de Puskas, les Pays-Bas de Cruijff, la France de Platini ? Aucunement. Car la Roja gagne et ne s’arrête plus de gagner, en plus de produire un jeu alléchant. Comment cette équipe est-elle devenue ce qu’elle est aujourd’hui ?

Xabi Alonso – Busquets : les milieux défensifs parfaits

La clé de la réussite réside surtout dans le secteur clé du jeu : le milieu de terrain. Concentrons-nous d’abord sur les deux milieux défensifs de la Roja : Sergio Busquets et Xabi Alonso. Le Madrilène est exactement le milieu défensif que demandent les formateurs aux jeunes qui souhaitent occuper ce poste. Il défend bien, et assume donc pleinement son rôle de départ. Il a une bonne frappe, ce qui offre à ses coéquipiers une autre solution si la défense en face est verrouillée comme sait le faire Chelsea. Et bien sûr, il s’inscrit dans le style de jeu de la Selección en étant très efficace au pressing. Ses montées aux avant-postes s’avèrent parfois judicieuses, en témoigne l’ouverture du score contre l’Equipe de France.

Passons aux Barcelonais. Busquets est le moins considéré, alors qu’il est l’un des plus indispensables. Relais entre la défense centrale et le milieu de terrain, il arrive toujours à faire le geste qu’il faut pour être libre et faire la passe qu’il veut. Ses passes sont millimétrées (il n’est pas formé au Barça pour rien) et intelligentes, ses pertes de balles sont très rares, il apporte parfois le surnombre devant mais sans pour autant tenter la frappe de loin. Parce qu’il ne prend quasiment aucun risque, tout semble calculé… En plus d’être grand (1m89) et d’avoir un bon jeu de tête. Il est la valeur sûre, et il n’a que 23 ans…

Depuis que Busquets a fait son apparition dans le onze de départ espagnol, Vicente Del Bosque a remodelé le schéma de jeu de la Roja pour que l’équipe soit plus sûre. Avant, Marcos Senna était milieu défensif, David Silva, Xavi, Andrés Iniesta et Cesc Fabregas jouaient au milieu de terrain et David Villa ou Fernando Torres. Aujourd’hui, Busquets et Alonso occupent tous les deux les postes de milieux défensifs, laissant ainsi plus d’opportunités aux latéraux pour monter (ils bouchent les couloirs quand Alba ou Arbeloa vont aux avant-postes). Del Bosque est donc passé en 4-2-3-1 (le trio Iniesta – Silva – Xavi devant eux, Fabregas pouvant jouer en 9 théorique).

Xavi – Iniesta : on construit une équipe géniale autour de deux génies

Xavi est positionné dans l’axe du milieu de terrain. A 32 ans et à près de 50 matchs par saison lors des cinq dernières années, il doit être un peu émoussé et court moins qu’avant. C’est là que Busquets l’aide : le grand Sergio donne à Xavi les ballons que ce dernier va ensuite distiller. Et quand je dis distiller, je ne mâche pas mes mots. L’exemple parfait est le but de Jordi Alba. Xavi a le ballon, voit l’appel de son latéral gauche. Quand on voit au ralenti, on remarque que le ballon part au moment où Alba passe dans le dos de son défenseur. Deux dixièmes de secondes plus tôt, ça aurait peut-être été trop juste. Un dixième plus tard, le joueur de Valence se serait retrouvé en position de hors-jeu. Et si vous croyez que c’est un coup de chance, je vous invite à revoir les services du catalan pour Messi en club, ou bien le premier et le troisième but de la finale, où Xavi est au départ des l’actions. Certes, il presse moins qu’avant (mais il presse quand même), mais sa justesse de passe et sa vision du jeu ne s’altèrent pas !

Andrés Iniesta aussi joue beaucoup de matchs chaque saison. Mais il n’a que 28 ans (et oui, ça fait pourtant longtemps qu’il est au haut niveau…) et atteint donc l’âge de la maturité. Son influence dans le jeu est tout simplement magistrale, lui aussi distribue des passes chirurgicales, mais est plus offensif que son coéquipier Xavi. Bon dribbleur, il a surtout la qualité de ne pas en abuser et privilégie la passe parfaite plutôt que l’élimination du défenseur en un contre un. Elu meilleur joueur de la compétition et de la finale de l’Euro 2012, la grande surprise fut qu’il n’ait pas obtenu le Ballon d’Or en 2010 (même si Messi n’est pas n’importe qui, mais Iniesta gagne la Coupe du Monde avec un but en finale, lui…). Ce n’est que partie remise.

David Silva, Cesc Fabregas, Juan Mata, Santi Cazorla, Jesús Navas, Pedro… L’embarras du choix pour l’autre poste de milieu

Le joueur de Manchester City, tout juste champion d’Angleterre, a débuté toutes les rencontres de la Roja pendant la compétition, mais n’en a fini aucune ! Son talent est impressionnant (qualité de dribble, qualité de passe, qualité de déplacement…) et sa saison exceptionnelle en Angleterre n’a fait que confirmer le talent du joueur. Mais là où d’autres sélectionneurs n’ont que peu de solutions de rechanges du même niveau que le titulaire, Vicente Del Bosque peut choisir qui il veut sans forcément se faire critiquer : Juan Mata, lui aussi auteur d’une belle saison et champion d’Europe, sur le banc. Cesc Fabregas, titulaire au Barça, a souvent joué avant-centre avec réussite. Jesús Navas, Pedro, Santi Cazorla étaient également dans la liste… Tout en laissant Iker Muniain, Thiago Alcantara et d’autres joueurs à la maison, tout en n’appelant pas Diego Capel alors qu’il serait titulaire dans beaucoup d’autres équipes présentes à l’Euro… Vous avez dit le luxe ?

Une défense de fer

Sans Carles Puyol, Del Bosque a décidé de placer Sergio Ramos en défense centrale, et ainsi de titulariser Alvaro Arbeloa en latéral droit. La formule est plutôt convaincante. La charnière centrale Gerard Piqué – Sergio Ramos était la plus impressionnante de cet Euro, et de loin puisque la charnière allemande (Badstuber – Hummels) a un peu déçu et l’italienne (Bonucci – Barzagli) a encaissé trois buts avant la finale, contre un au passif des Ibères. Cependant, détacher l’axe défensif de l’activité des milieux de terrain serait erroné. L’Espagne défend en équipe en pressant très haut, Ramos et Piqué intervenant en avant-dernier recours (Casillas étant le dernier).

Jordi Alba, le latéral gauche, est quant à lui la révélation de la compétition. Très bon défensivement et apportant un soutien de qualité offensivement, il a fait un très grand Euro, son but contre l’Italie parachevant la prestation de haute volée en Pologne et en Ukraine. Il va remplacer Eric Abidal à Barcelone, les Blaugranas seront encore plus impressionnants… Par contre, Alvaro Arbeloa a montré des suffisances sur son couloir droit. Pas toujours impeccable, il est, comparé aux autres titulaires évidemment, celui qui paraît le moins bon. Mais tout est relatif, ses coéquipiers étant au top niveau mondial, il est peut-être un cran en-dessous mais beaucoup de sélections aimeraient avoir un joueur de son niveau.

Et que dire d’Iker Casillas… Le portier madrilène a tout simplement été parfait, n’ayant encaissé qu’un but dans la compétition. Il a également stoppé le tir au but de Moutinho en demi-finale. Le capitaine a très bien tenu son rôle aussi. Bref, Casillas est devenu un des favoris pour le Ballon d’Or car il est – avec Ramos, Alonso et Arbeloa – un des Madrilènes qui a fait tomber le Barça cette année et qui a gagné l’Euro. Mais des quatre, il est celui qui est le plus déterminant.

Et tout ça sans David Villa…

N’oublions pas que Vicente Del Bosque était privé de David Villa pour cette compétition. Le meilleur buteur de l’histoire de la Selección, pas suffisamment remis de sa fracture du tibia de décembre dernier. Le poste d’avant-centre était occupé la plupart du temps par Fabregas, mais il y avait aussi Fernando Torres (deux fois titulaire, auteur tout de même de trois buts, meilleur buteur de l’Euro), Alvaro Negredo (décevant la seule fois qu’il a joué, contre le Portugal) et Fernando Lorente dans la liste ! Sans oublier que Roberto Soldado n’était pas dans la liste…

C’est le collectif qui est la grande force de l’équipe d’Espagne. Les joueurs ont créé beaucoup d’automatismes (notamment entre Busquets, Xavi, Iniesta et Fabregas) et la division Blaugranas – Merengues n’apparaît pas en sélection. Le tout sous l’égide d’un des meilleurs entraineurs du monde, Vicente Del Bosque, qui n’est certes pas très charismatique mais qui est devenu le premier à faire le triplé Coupe du Monde – Euro – Ligue des Champions. L’Espagne favorite au Mondial 2014 ? Oui, car même si Xavi prend sa retraite internationale d’ici là, les autres seront toujours membres de la Roja…