Udinese Calcio, roi du mercato

Le marché des transferts est ouvert depuis peu. L’occasion de nous centrer sur l’équipe qui réalise des plus-values à chaque intersaison depuis plusieurs années, le club italien d’Udinese. Voyons quelle est sa recette.

Udinese Calcio, roi du mercato
Kwadwo Asamoah, Mauricio Isla et Pablo Armero (de gauche à droite) : trois symboles de la méthode Pozzo. Les deux premiers viennent de signer à la Juventus Turin (AP Photos)

 

Thomas Heurtaux est formé à Caen. Assez jeune (il aura 24 ans début juillet), il est considéré comme un bon défenseur de Ligue 1 qui s’affirme au fil des saisons et qui conserve une belle marge de progression. C’est très logiquement qu’il ne jouera pas en Ligue 2 avec ses coéquipiers l’an prochain. Il a en effet signé à Grenade, avant d’être directement prêté à Udinese. Le montant de la transaction ? Deux millions d’euros. Dès le mois de mai. Pourquoi une telle précipitation ? Parce que l’acheteur s’appelle Giampaolo Pozzo, entrepreneur frioulan, président de Grenade et… d’Udinese ! Il a racheté le club andalou en 2009 pour en faire une zone test pour de jeunes joueurs, avec succès puisque le club est passé de la deuxième division B à la Liga en deux ans, soit deux montées successives… Cependant, fait étonnant, Heurtaux n’est pas prêté à Grenade par Udine, mais l’inverse…

 

Une armée de recruteurs et des joueurs vus et revus

 

Peu de jours après, le club de la ville d’Udine a recruté Willians en provenance de Flamengo. « C'est un milieu central, très agressif, un véritable chien qui met la pression sur ses adversaires » a déclaré le club dans un communiqué. Le montant du transfert n’a pas été divulgué. En parallèle, les médias italiens croient savoir que le milieu de terrain ghanéen Kwadwo Asamoah et Mauricio Isla, défenseur chilien pouvant jouer milieu, sont annoncés du côté de la Juventus Turin. Le lot des deux cracks vaut vingt millions d’euros (la transaction est en fait plus compliquée que ça, les joueurs ne sont cédés qu’en partie et d’autres joueurs font partie du transfert). Alors que le club n’a pas tant dépensé pour eux… Il n’en est pas à son coup d’essai. L’an dernier, les Frioulans ont revendu Alexis Sanchez pour 35 millions d’euros à Barcelone, Gökhan Inler pour 12 millions à Naples, et Christian Zapata pour 9 millions d’euros à Villarreal. Des joueurs achetés parfois dix fois moins cher…

 

Alors comment fait Mr Pozzo pour attirer ces joueurs au nez et à la barbe de grands clubs plus intéressants que le sien ? C’est simple : il s’y prend vite et bien. Il possède une véritable armée de recruteurs déployés en Europe bien sûr, mais surtout en Amérique du Sud et en Afrique. Les scouts frioulans voient plusieurs matchs par semaine, notent tout et repèrent plusieurs joueurs. Ces jeunes sont ensuite vus une quinzaine de fois pour être bien sûr de leur qualité. Les derniers matchs visionnés le sont aussi par des membres du club au sommet de la hiérarchie, et un joueur n’est recruté uniquement si tous les membres du conseil tombent d’accord. Bien sûr, Udinese est sur ces talents avant les autres clubs, ce qui est un gage de confiance pour le futur joueur des Bianconeris. Ensuite, il ne faut surtout pas trainer, la perle (qui peut parfois aussi être un bide) est recrutée avant que le prix n’augmente trop. Chaque saison, plusieurs joueurs sont recrutés et ensuite prêtés à Grenade ou envoyés en équipe de jeunes.

 

Sacré bénéfice net…

 

Quelques-uns donc ne franchissent pas la dernière étape, celle de percer dans le Frioul pour ensuite percer dans un grand club. Siyabonga Nomvethe, Winston Parks ou Hénok Goitom en sont quelques exemples, s’ils sont bien restés professionnels ils n’ont pas atteint les portes des grands clubs. Mais si on additionne les plus-values réalisées sur les transferts de Gökhan Inler (à Naples), Alexis Sanchez (à Barcelone), Cristian Zapata (à Villarreal) en 2011, Aleksandar Lukovic (au Zenit Saint-Pétersbourg), Simone Pepe, Marco Motta (prêtés puis vendus à Turin), Felipe, Gaetano D’Agostino (à la Fiorentina) en 2010, Fabio Quagliarella (à Naples) en 2009, Asamoah Gyan (à Rennes) en 2008, Sulley Muntari (à Portsmouth), Vincenzo Iaquinta (à Turin) en 2007, Marek Jankulovski (au Milan AC), David Pizarro (à l’Inter) et Per Kroldrup (à Everton) en 2005, l’excédent dégagé de ces ventes atteint… 160 millions d’euros ! (source : Johann Crochet sur Eurosport.fr, 29/11/2011). Un tel bénéfice net ferait pâlir d’envie n’importe quel club, dont peut-être les clubs formateurs (Rennes est loin d’atteindre ce chiffre bien qu’ayant formé Gourcuff, Sow, Briand, Didot, Marveaux ou M’Vila. Par contre, la meilleure vente de son histoire est le transfert de Nonda à Monaco pour plus de 20 M€, alors qu’il a été acheté 3,5 M€ en Suisse)…

 

S’il faut recruter tôt, comme écrit plus haut, il faut aussi recruter malin. Par exemple, Almen Abdi, milieu axial suisse d’origine kosovare, a joué six mois en Ligue 1 au Mans. La greffe n’a pas pris, les Sarthois sont descendus en deuxième division mais lui est parti dans le Frioul six mois après son arrivée en France. Résultat : il sort d’une saison correcte avec une équipe qui termine troisième de son championnat. Aucun club français ne s’est intéressé à lui, car au Mans il n’a pas convaincu. Mais Pozzo le suivait déjà quand il jouait au FC Zurich… Autres joueurs ayant posé leurs valises à Udine après avoir joué en France : Jean-Alain Fanchone (formé à Strasbourg, ayant joué une saison en Ligue 1 avec Arles-Avignon, un temps suivi par Lille), qui a quitté l’Hexagone l’an passé, et bien sûr Medhi Benatia, formé à Marseille, joueur important de Clermont qui quitte l’Auvergne en 2010. Le Marocain est aujourd’hui titulaire dans le 3-5-2 de Francesco Guidolin, et vaut près de 20 millions d’euros…

 

Guidolin, à ce propos, est l’homme de la situation car il rapporte d’excellents résultats à l’Udinese depuis son arrivée en 2010. Il s’est parfaitement adapté à la stratégie du club, alors que celle-ci peut en surprendre plus d’un. Aujourd’hui, l’Udinese, c’est 95 joueurs sous contrat, la quinzième masse salariale de Série A, troisième au rang sportif (saison 2011-2012). Parallèlement, c’est un modèle pour le fair-play financier voulu par Michel Platini. Mais un modèle difficilement imitable…