Drogba, roi enfin couronné

Plusieurs saisons durant, le parcours au haut niveau de Didier Drogba a eu l’allure d’un chemin de croix. L’avant-centre Ivoirien a connu de multiples échecs en finale de compétitions majeures, avant de connaître la consécration quasi suprême samedi soir en s’octroyant le plus prestigieux trophée européen de clubs. Une juste récompense pour cet attaquant hors du commun, dont la carrière aurait laissé un goût d'inachevé si aucun titre de stature planétaire n'avait pris place dans son armoire à trophées.

Drogba, roi enfin couronné
Drogba, roi enfin couronné

Drogba fait partie de ses joueurs au service du collectif. Abnégation, altruisme, don de soi, tels sont les principales qualités qui animent l’ancien Guingampais lorsqu’il est présent sur les terrains. Samedi soir, sur les terres d’un Bayern donné ultra-favori par les observateurs et les bookmakers, il a été essentiel pour son équipe dans son travail de sape et sa participation aux tâches défensives. Peut-être un ton en-dessous de sa performance livrée lors de la double-confrontation face au FC Barcelone, il n’en a pas moins été décisif, remettant les siens sur les bons rails en égalisant de la tête, quelques minutes seulement après que la défense londonienne ait cédé devant un autre coup de casque, celui de Thomas Müller.

Décisif, il a failli également l’être au détriment des Blues en commettant le quasi irréparable : une faute sur Franck Ribéry dans la surface de vérité. Heureusement, l’erreur de l’Eléphant a été corrigée par un autre gigantesque artisan du succès de Chelsea en C1, Petr Cech, qui s’est permis de dégoûter Arjen Robben en stoppant son penalty. Le score de parité a dirigé les deux formations vers une séance de tirs au but au suspense insoutenable, qui a finalement vu le numéro 11 inscrire la frappe victorieuse et offrir un triomphe historique pour un club de la ville de Londres. Une consécration peu glorieuse, disent les détracteurs d’un football prônant solidarité et dépassement de fonctions. Mais des critiques que Didier Drogba n’a pas peine à écarter du revers de la main, lui qui semblait frappé de malédiction lors des grands rendez-vous auxquels il a pris part au court de sa carrière professionnelle.

Que de désillusions!

Le premier revers d’envergure a lieu le 19 mai 2004 sur le pré scandinave de l’Ullevi Stadion de Göteborg, où l’Olympique de Marseille ne parvient pas à ponctuer son héroïque aventure continentale en Coupe UEFA, s’inclinant à dix contre onze devant le FC Valence (2-0). Il n’y aura donc pas de cerise sur le gâteau pour les Phocéens, et Drogba quittera à contrecœur le navire olympien, pour rallier les bords de la Tamise en échange d’une indemnité de transfert de près de quarante millions d’euros. Le 10 février 2006, la sélection ivoirienne perd la finale de la CAN au Stade National du Caire devant l’Egypte, lors d’une séance de tirs au but. Premier affront d’une longue série de défaites dans des finales aux circonstances identiques, comme l'échec à Moscou contre Manchester United en Ligue des Champions 2008.

Et puis le plus gros camouflet, celui de la Coupe d’Afrique des Nations 2012 et un nouveau revers aux tirs au but devant l’inattendue Zambie, donne encore plus de consistance à la théorie d’un Drogba condamné à l’échec. Mais il était écrit qu’il n’allait pas arrêter de jouer au football sans inscrire son nom au palmarès d’une compétition majeure, et le natif d’Abidjan a donc ajusté la mire en remportant l’édition 2011-2012 de la C1. C’est donc au firmament du ballon rond mondial qu’il se retire des rangs de Chelsea, avant d’aller s’offrir une pré-retraite dorée en Chine, où le Shanghai Shenshua s’apprête à finaliser sa venue. Un salaire mirobolant de quelque vingt-trois millions d’euros annuels l’attend sur la côte est du pays le plus peuplé du monde. A moins que le vieux serpent de mer – un retour à l’OM – ne refasse son apparition. Mais faut-il y croire ?