Marconnet, l'adieu d'un pilier du rugby

Ce 19 mai 2012, quelques visages emblématiques du championnat de rugby français ont rendu leurs armes. Parmi eux, Milloud, Audebert, Roncero, Tincu ou encore Freshwater. Mais l’adieu le plus prenant a sans doute été celui d’un Monsieur de la première ligne, le dénommé Sylvain Marconnet. Vavel va vous conter l’histoire d’un type hors norme. A tous les niveaux…

Marconnet, l'adieu d'un pilier du rugby
Marconnet, l'adieu d'un pilier du rugby

 

Un 8 avril 1976, est né à Givors dans le Rhône, un certain Sylvain Marconnet. Un beau bébé déjà…Et en général dans cette région, lorsque l’homme est aussi fort que le bœuf, il se met au rugby. C’est donc sur les terrains de Givors qu’il va user ses premiers shorts. Dès ces 18 ans, il signe à Grenoble et commence à côtoyer le sport de haut niveau. Après un titre de champion de France Crabos en 1995 puis durant trois saisons, il restera dans le club grenoblois. Ensuite, en 1997, arrive alors un appel du Stade Français. Ni une, ni deux, il se dirige vers la capitale. Et c’est à partir de là que commence véritablement la grande histoire de ce Monsieur. Combien de titre de champion de France ? 5 sous le maillot parisien…1998, 2000, 2003, 2004, 2007. Rien que ça ! Il échouera en finale en 2005 aussi. Son seul loupé ? Aucun titre en coupe d’Europe et deux finales perdues, en 2001 et 2005. On a connu plus dégueulasse comme palmarès…N’est ce pas Monsieur Blanco ? Tiens, d’ailleurs, c’est dans le club du « Pelé du rugby » qu’il finira sa carrière. De 2010 à 2012, deux saisons chez les biarrots et une standing ovation à Aguiléra pour la dernière ce week-end face…au Stade Français! La boucle est bouclée comme on dit. Après plus de 250 matchs professionnels et 68 en coupe d’Europe, ainsi qu’une vingtaine d’essais à son actif, ce fort moment d’émotion était amplement mérité.

En équipe de France ? Je t’aime moi non plus !

Avec un tel palmarès et tant de titres glanés, SM a évidemment joué en Equipe de France. Mais sous le maillot tricolore, que son histoire fût compliquée… Sa première sélection, il la connaîtra un 14 novembre 1998 face à l’Argentine. Il effectuera des débuts remarqués et participera à son premier tournoi en 1999. On se dit alors qu’il va participer à la coupe du monde au Royaume-Uni, mais non ! Jean-Claude Skrela lui préfère Cédric Soulette. Dur ! Et Sylvain aura du mal à relever la tête après cet échec. Il faudra donc attendre les tests de novembre 2000 pour qu’il fasse son retour. Après des tests matchs concluant, il est alors pris pour le tournoi suivant mais il ne s’y montrera pas à son avantage, et ne participera pas à la tournée d’été ! Compliqué vous a-t-on dit. Mais en 2002, il participe au grand chelem en tant que remplaçant de Jean-Baptiste Poux (déjà là lui aussi). Balloté un coup à gauche, un coup à droite, il sera tout de même emmené pour disputer la coupe du monde 2003 (merci à son pote De Villiers pour la blessure) en tant que titulaire, enfin ! En quart, il réalise même l’un de ces meilleurs matchs face aux irlandais. La suite vous la connaissez, on ne vous parle pas des anglais. Durant plusieurs saisons, Marconnet sera un remplaçant de luxe en équipe de France, mais aussi au Stade Français à cause de l’inévitable Roncero (en retraite le même jour que lui, la boucle est bouclée vous a-t-on dit !). Mais Sylvain bosse dur pour une chose, la coupe du monde de 2007en France. En mars, quelque mois avant la compétition, il se fracture le tibia gauche au ski, en voulant rattraper sa fille…Sylvain ne lâche rien, se bat, croit même qu’il va pouvoir rejouer à temps, mais non ! Nicolas Mas le remplacera, la France est triste, SM aussi. C’était la compétition de sa vie. Après cela, il n’y aura plus de grands moments en équipe de France pour ce polyvalent pilier, qui a laissé passer sa chance. 84 matchs, trois essais, pilier français le plus capé de l’histoire, neuf tournois des six nations disputés pour deux grands chelems (2002, 2004) et deux victoires (2006, 2007)…Heureusement que ce fût compliqué, sinon…

Sylvain, qui es tu vraiment ?

 « Marcochon » est le pilier le plus capé de l’histoire du rugby français. 1mètre83 pour un bon 117 kilos. Loin d’être le plus svelte de la fratrie des « pilacios », celui-ci en restera néanmoins des plus atypiques. Adepte de la force physique mais aussi des joutes verbales, il ne manquera pas de signaler à son vis-à-vis qu’il a « oublié de laisser les rollers aux vestiaires » lors d’une franche reculade en mêlée.  Joueur très solide, technique et plutôt mobile, il pouvait aussi bien jouer à gauche qu’à droite. En 2010, il figure dans la dream team européenne de l’ERC, soit la meilleure équipe-type des clubs européens au cours des 15 dernières années. Et ça, ce n’est pas rien ! Pour faire clair, ce bonhomme fort sympathique va manquer sur les terrains de rugby. Mais nous savons tous qu’il ne pourra s’éloigner du pré aussi facilement. Alors, il n’est pas impossible de le croiser autour d’une bonne table, avec de bons petits plats et de bonnes bouteilles de vin, en train de regarder quelques matchs de rugby. Car pour Marconnet, le rugby c’est la vie, et Sylvain ne pouvait jouer à rien d’autre qu’à ce sport. Le rugby va donc lui manquer, mais Sylvain va aussi nous manquer. La boucle est bouclée…