Exclu ! L'interview de Toni Nadal

Exclu ! L'interview de Toni Nadal

“J’ai appris à Rafael comment ne pas reproduire mes erreurs”

Au lendemain de la victoire de Rafael Nadal à Paris, au terme d’une finale tendue et à rallonge, Vavel a rencontré Toni Nadal, son oncle, entraîneur et mentor. La relation entre Rafa et Toni est fondamentale pour le succès du joueur Majorquin : son oncle l’entraîne depuis toujours, formant avec lui une des paires les plus prolifiques de l’histoire du tennis moderne. On ne peut parler de Nadal sans parler de Toni : la modestie et l’humilité, des clefs pour ses triomphes, sont des particularités propres à toute l’équipe du tennisman, mais Toni est reconnu sur l’ensemble du circuit comme étant l’homme le plus proche etle plus influant du tout récent septuple champion de Roland Garros.

VAVEL : Quel type de travail faites-vous avec Rafa dans des périodes comme celle-là où les tournois s’enchaînent ?

TONI : En fait, on s’entraîne un peu : dans des moments comme ceux-là, les entraînements sont plus légers, avec plus de récupération. Mais oui nous travaillons sur le terrain.

V : Pourquoi cette année Rafael fera le tournoi de Halle plutôt que celui du Queen’s ? (L’Open de Halle est un autre tournoi sur gazon, suivant Roland Garros et se déroulant en même temps que celui du Queen’s. Il constitue pour les joueurs une préparation au tournoi de Wimbledon, ndlr).

T : La vérité est que je n’en sais rien, parce que nous n’en avons pas parlé ensemble.

V : Vous irez avec lui à ce tournoi ?

T : Non, mon neveu y sera mais pas moi, je resterai à Majorque jusqu’à ce que commence Wimbledon.

"Quand Rafael était petit, j’ai essayé de lui apprendre le revers à une main, mais il se sentait  mieux avec les deux mains alors nous l’avons laissé ainsi".

V : Comment se pose la question de la Coupe Davis cette année ?

T : Et bien il n’y a pas encore eu de décision à ce sujet : le calendrier est ce qu’il est. Rafa cherche les compromis pour les Masters 1000 et cette année il y a aussi les Jeux Olympiques. Ce que l’on va faire c’est voir comment vont les choses à Londres et après les JO nous prendrons une décision sur la manière d’aborder la fin de saison.

V : Dans la biographie de Rafa écrite par John Carlin, il y a un passage dans lequel vous dites : “J’ai essayé de faire faire à Nadal le contraire de ce que je faisais étant joueur”. Que vouliez-vous dire par là ?

T : Pour vous dire la vérité, je n’ai pas lu sa biographie parce que je n’y trouvais pas de réel intérêt. Ce que je voulais dire avec cette phrase, c’est que j’ai essayé d’être un bon joueur et je n’y suis pas arrivé, alors j’ai appris de mes erreurs et je lui ai enseigné comment les éviter...

V : Roger Federer est le seul joueur du Top 10 à jouer son revers à une main : est-ce un geste en voie d’extinction ?

T : Eh bien, aujourd’hui la majorité des enfants commencent à jouer tôt et quand ils sont petits, c’est plus évident de frapper à deux mains. Quand Rafael était petit, j’ai essayé de lui apprendre à jouer le revers à une main, mais il se sentait plus à l’aise avec deux, alors on a continué comme ça. Les deux options ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients.

V : Rafa joue avec une prise un peu particulière en coup droit…

T : Rafa a commencé avec une prise très académique et avec le temps il est passé à une prise plus ouverte. Il y a eu une période pendant laquelle j’ai commencé à lui faire donner beaucoup d’effet à la balle et ça a changé sa façon de frapper. La prise de Rafael a été une évolution. Maintenant il lifte énormément, mais ce n’est pas la seule raison; il y a d’autres joueurs qui frappent comme lui, Kohlschreiber par exemple. Le plus compliqué est de conjuguer  lift et puissance, et çà, peu de joueurs le font.

"Ça me plairait de travailler pour une Fédération, parce que j’aime travailler avec les enfants. Si la Fédération Italienne me le proposait, oui ça me plairait".

V : Vous préférez le tennis d’aujourd’hui ou celui de votre époque ?

T : Personnellement, j’ai toujours préféré voir un tennis travaillé, plus lent, qui me permet de voir le jeu et la tactique qu’un joueur est capable de produire sur le terrain; le tennis très rapide de Boris Becker ne me plaisait pas par exemple. J’aimais beaucoup Ilie Nastase, mais aussi le grand génie de John McEnroe.

V : Dans le tennis masculin il y a trois phénomènes en ce moment qui sont très au-dessus des autres. Qui voyez-vous composer le Top 5 du futur ?

T : J’y verrais bien Del Potro, pour commencer. Il y a aussi Tomic, Harrison, Dimitrov, mais l’Argentin est à mon avis le meilleur. Après, je vois assez Raonic, qui peut bien arriver au sommet.

V : Quelle académie conseilleriez-vous à un gamin de 12-13 ans qui cherche un lieu pour se former et devenir professionnel ?

T : Le plus important est qu’il trouve une académie où il y a un suivi personnel, où les entraîneurs prennent leur travail au sérieux, sans penser seulement à l’argent. Il s’agît de se sentir à son aise. Si j’avais à lui donner un conseil, je lui dirais de venir à l’académie que nous allons ouvrir l’année prochaine. Nous allons monter une école  de tennis à Majorque, où s’investira dans la mesure du possible toute l’équipe qui travaille avec Rafael. Nous commencerons dès l’été 2013, il manque seulement quelques détails pour que le projet aboutisse.

V : Est-il vrai qu’il vous plairait de travailler pour la Fédération Italienne de Tennis ?

T : Personnellement, ça me plairait de travailler pour une Fédération, parce que j’aime travailler avec les enfants. Si la Fédération Italienne me le proposait, oui ça me plairait, parce que je crois qu’entre Espagnols et Italiens nous avons les mêmes caractères et d’ailleurs j’aime ce pays et la ville de Rome tout particulièrement.

"Nous allons monter une école de tennis à Majorque".

Mais plus que tout, c’est bien le travail avec tous les gamins qui m’illusionne. Je ne sais pas pourquoi le tennis masculin italien ne produit pas d’excellent joueur depuis longtemps. Pour autant, je ne connais pas assez la situation pour donner mon opinion à ce sujet.

Interview réalisée par Matteo Gallo, pour les sections Espagne et Italie de Vavel. Traduction de Thibault Canceill pour la section France.