RDR : Une course par élimination

"Avant de gagner, il faut pouvoir finir". Cette sentence qu’aiment à répéter les marins prend aujourd’hui tout son sens. La Route du Rhum-Destination Guadeloupe est une épreuve par élimination. Après 24 heures de course, 29 concurrents sont ou ont été en escale technique, ou ont dû se résoudre à l’abandon.

RDR : Une course par élimination
Route du Rhum terminée pour Thomas Coville et Sodebo. © Alexis Courcoux

Certains ont connu de sérieux soucis : la collision avec un cargo de Sodebo Ultim’ ; le flotteur arraché de Maître Jacques ; les pertes de quille  de Team Sabrosa SR 40MK2 (dont le skipper a été hélitreuillé) et de Sensation Class40 ; le démâtage d’Alain Delhumeau. A côté, ce sont des dizaines de pépins en tous genres (gréement, voiles, pilotes) qui ont contraint les marins à mettre leur course entre parenthèses. Quelques-uns ont déjà repris leur route vers la Guadeloupe.

C’est particulièrement cruel lorsqu’on sait que certains ont préparé ce rendez-vous pendant des années. Or, la Route du Rhum est rare. Comme les Jeux Olympiques ou le Vendée Globe, elle n’a lieu que tous les quatre ans et c’est ce qui en fait son caractère exceptionnel. 

Encore de la brise la nuit prochaine

Les conditions de navigation rencontrées cette nuit au passage du front (30 nœuds moyens, 45 nœuds dans les plus fortes rafales et une mer qui s’est creusée à mesure que la flotte sortait de la Manche), ont fait des dégâts dans toutes les classes. Cette première nuit restera comme un moment clé de cette dixième édition.  Les marins sont rincés, fatigués et peu ont réussi à fermer l’œil depuis le départ. Malheureusement, ils ne sont pas encore au bout de leur peine. Le régime de traîne active qui sévit derrière le front prodigue des vents d’ouest très irréguliers avec de fortes rafales sous grain. Surtout, la mer est forte au large du golfe de Gascogne avec quatre mètres de creux qui arrivent par le trois quart avant…

Mais d’ores et déjà, la météo est très différente entre une queue de flotte qui n’a pas encore enroulé la pointe Bretagne et les Ultimes qui chevauchent l’onde à 70 milles de l’Espagne. 250 milles séparent le Maxi Solo Banque Populaire VII du dernier concurrent de la classe Rhum. Les routages sont sans appel concernant le creusement des écarts : mardi soir, lorsque les Ultimes seront à Madère, les Imoca seront au large des côtes portugaises et les Class40 au cap Finisterre !

Ultimes : Plus que 7 en course, Peyron impérial

Les sept Ultimes encore en course vont doubler le cap Finisterre vers 20 heures ce lundi. Tous naviguent vent de travers, une allure inconfortable et risquée en multicoque. Mais bientôt, au large de la péninsule ibérique, ils pourront se laisser glisser sur le grand toboggan Atlantique, porté par un très solide vent de nord-ouest. 

Le bateau vainqueur de la dernière Route du Rhum,  a fait le break cette nuit grâce à une excellente gestion de course et de trajectoire : Loïck Peyron caracole avec presque 40 milles d’avance sur ses plus proches adversaires dont Edmond de Rothschild, le 70 pieds mené tambour battant par Sébastien Josse. Dans un vent de plus en plus favorable et fraichissant, le géant Spindrift 2 est en train de passer la surmultipliée. Au pointage de 17h48, Yann Guichard faisait marcher son tri de 40 mètres à plus de 35 nœuds ! 

Multi 50 : Cinq avaries sérieuses et duel au sommet

La flotte des Multi50 a quelque peu été décimée. Le premier à avoir souffert est Loïc Féquet sur Maître Jacques qui a vu se disloquer son flotteur tribord. Début d’une longue liste d’avaries et d’abandons. Dans l’ordre : Gilles Buekenhout (Nootka pour Architectes de l'urgence), safran cassé ; Hervé de Carlan (Delirium), privé d’une de ses dérives ;  Erik Nigon (Vers un monde sans Sida), grand-voile explosée et Alain Delhumeau (Royan) sur démâtage. Ils ne sont donc plus que six à poursuivre leur route vers la Guadeloupe. En course, deux hommes se livrent un duel sans merci dans la baston. Yves Le Blevec (Actual) et Erwan Le Roux (FenêtréA Cardinal) ne se lâchent pas d'une semelle depuis le départ de Saint-Malo. Quelques centaines de mètres les séparent alors qu'ils cravachent dans le golfe de Gascogne.

Imoca : Un abandon, deux avaries et Macif toujours leader

François Gabart affiche depuis le départ un leadership incontesté. Son avance sur son plus sérieux rival PRB s’est encore accrue dans l’après midi avec l’avarie survenue sur le bateau de Vincent Riou (cloison de barre d’écoute arrachée).  Deux autres problèmes à déplorer : Initiatives Cœur (safran bâbord endommagé) et Votre Nom Autour du Monde (blessure au coude pour Bertrand de Broc) dont le skipper a annoncé son abandon. Le reste de la flotte entame la descente du golfe de Gascogne avec un écart latéral important (60 milles) entre le trio Gabart/Guillemot/Beyou à l’ouest et Burton/Di Benedetto à l’Est.

Class40 : Une classe malmenée

Les hommes et les bateaux de la Class40 ont été particulièrement touchés. Parmi les victimes, un des favoris a été contraint de jeter l’éponge sur blessure (entorse de la cheville) : Nicolas Troussel (Crédit Mutuel de Bretagne). Autre blessé dans les rangs, le skipper méditerranéen Thierry Bouchard (au poignet) à bord de Walfo.com, lui aussi déclaré abandon. Un constat : ce sont les binômes skipper/bateau les plus expérimentés qui passent le mieux cette épreuve du large. C’est le cas de Sébastien Rogues (GDF SUEZ) aux commandes depuis le coup de canon. Mais aussi du Catalan Alex Pella (TALES 2 Santander 2014) et de Kito de Pavant (Otio-Bastide Medical), respectivement 2e et 3e. 
La moitié de la flotte évolue dans le golfe de Gascogne ce lundi soir. De nombreux solitaires en escale technique sont déjà en train de reprendre le fil de la course.

Classe Rhum : Les écarts se creusent

La plupart des monocoques et des petits multicoques de la Classe Rhum ont eu des difficultés à déborder Ouessant : seuls six solitaires sont entrés en Atlantique ce soir. Le tenant du titre, l’Italien Andrea Mura (Vento di Sardegna) pointe toujours en tête mais avec 40 milles de décalage latéral sur le trimaran d’Anne Caseneuve (Aneo) plus au sud. Charlie Capelle (Acapella), après un arrêt judicieux cette nuit à Saint Quay Portrieux a repris la mer ce lundi matin.  En escale : Bob Escoffier (Groupe Guisnel), Nils Boyer (Let’s Go et Benjamin Hardouin (Krit’R V) ont décidé de repartir mardi à 6h00, tandis que Patrick Morvan (ORTIS) fait un pit stop à Camaret (bout dehors cassé).

La liste des 11 abandons

Thomas Coville (Ultime - Sodebo Ultim’) : collision avec un cargo

Bertrand de Broc (IMOCA - Votre Nom autour du Monde) : raison médicale et problème de pilote

Alain Delhumeau (Multi50 - Royan) : démâtage

Loïc Fequet (Multi50 - Maître Jacques) : flotteur arraché

Erik Nigon (Multi50 - Un monde sans sida) : grand-voile déchirée

Gilles Buekenhout (Multi50 - Nootka Architectes de l’urgence) : safran cassé

François Angoulvant (Class40 - Team Sabrosa SR 40MK2) : perte de la quille

Marc Lepesqueux (Class40 - Sensation Class40) : perte de la quille

Nicolas Troussel (Class40 - Crédit Mutuel de Bretagne) : raison médicale

Thierry Bouchard (Class40 - Wallfo.com) : raison médicale

Arnaud Boissières (Class40 – Du Rhum au Globe) : problèmes techniques

Les leaders à 20h

Ultime : Loick Peyron (Banque Populaire VII)

IMOCA : François Gabart (Macif)

Multi 50 : Yves Le Blévec (ACTUAL)

Class 40 : Sébastien Rogues (GDF Suez)

Rhum : Andrea Mura (Vento Di Sardegna)