Sotchi 2014 : La vague bleue

Pendant 15 jours, les athlètes de la délégation tricolore ont fait vibré les coeurs de millions de français, entre titres olympiques, podiums mais aussi déceptions. Retour sur une quinzaine qui a ensoleillé le drapeau bleu-blanc-rouge.

Sotchi 2014 : La vague bleue
Le triplé français en skicross a contribué à la réussite tricolore

Il ne faut pas se mentir, ce sont sans doute les plus beaux J.O d'hiver de l'histoire du sport français. La délégation tricolore avait vu juste en visant au minimum 15 médailles, elle repart de Sotchi avec le nombre exact. Un nombre ô combien symbolique, puisque la France qui jusque là n'avait obtenu qu'au maximum 11 breloques sur une même édition, c'était à Vancouver, il y a de cela quatre ans. Un bilan donc exceptionnel, pour un pays, pour des stations, qui pendant deux semaines, avaient les yeux rivés sur la Russie et les exploits de leurs athlètes. 

"Les trois mousquetaires"

D'Artagnan, Athos et Porthos, pourrait-on les surnommer. Le livre d'Alexandre Dumas porte bien son nom pour le skicross tricolore. Et en plus de ça, ils permettent à la France de rentrer dans la légende de l'Olympisme, car auparavant, le coq n'avait jamais trusté les trois premières places d'une épreuve aux J.O d'hiver. Ces valeureux mousquetaires ont un nom : Jean-Frédéric Chapuis, Arnaud Bovolenta et Jonathan Midol. Au football, on appelle ça un coup du chapeau, ils ne sont pas un, ni deux, mais bien trois sur le podium. Pendant une journée, la France entière n'avait d'yeux que pour le skicross. Discipline méconnue et pourtant si spectaculaire, où la moindre chute peut emmener un favori au tapis et lui faire perdre ses espoirs de médailles. Ce scénario ne s'est jamais produit pour les trois français. Au terme d'une matinée sans aucun accroc, Chapuis, Bovolotenta et Midol se retrouvent en finale, en compagnie du Canadien Brady Leman. On aurait même pu avoir une finale bleu-blanc-rouge, puisque le quatrième larron, à savoir Jonas Devouassoux a été éliminé en quart de finale, terminant 3ème derrière deux français.

Lors de la finale, le trio opposé à Brady Leman n'a pas fait de détail. Chapuis et Bovolenta survolant les débats, Midol quant à lui, a dû finalement attendre la chute du Canadien pour voir enfin la médaille de bronze, en chutant même à l'arrivée. Une consécration donc pour trois athlètes, et un staff technique qui rêvait d'un possible triplé, ce rêve est donc devenu réalité un 20 février 2014, sous le soleil de Sotchi. 

"Appelez-le Fourcade, Martin Fourcade."

Il était attendu, et il n'a pas déçu. Quintuple champion du monde, double vainqueur en titre de la Coupe du Monde de Biathlon, Martin Fourcade annoncé comme le grand artisan de la moisson de médailles française a répondu aux attentes. Pourtant l'épreuve du sprint allait faire revenir les doutes, l'enfant de Font-Romeu ne terminant que 6ème d'une épreuve dominée par un monument de son sport, Ole Einar Bjoerndalen (40 ans), qui lui rentrait dans la légende en égalant le record de son compatriote Bjorn Daehlie, athlète le plus médaille aux J.O avec 13 médailles. 

Cependant, le français a du caractère et va le démontrer très rapidement. Il n'est pas le maître incontesté de la discipline depuis deux ans pour rien. Deux jours après une contre-performance que ne démentira pas l'intéressé, Martin Fourcade s'impose lors de la poursuite, remportant ainsi son premier titre Olympique à 25 ans, devançant le Tchèque Moravec et un autre représentant tricolore, Jean-Guillaume Béatrix. Malgré un 19/20 au tir, sa vitesse sur les skis a parlé et lui a permis de décrocher l'or. Bis répétita sur le 20 km individuel, un 19/20 au tir mais un second titre olympique, avec encore une fois le meilleur temps sur les skis. Eric Lesser son dauphin finissant à 12 secondes. Cette deuxième breloque en or, permettant à Fourcade de rentrer dans la légende du sport français, comme son illustre aîné Jean-Claude Killy en 1968, qui lui aussi avait décroché deux titres à Grenoble. 

Pas encore assez rassassié, il se met en quête d'une troisième couronne olympique lors de l'épreuve de la mass-start. Mais sur sa route, il trouvera les 3 cm qui le sépare finalement de son rival, le Norvégien Emil Svendsen, médaillé d'or. Martin Fourcade se contentant de l'argent. 

"Un duo épatant"

Huit années, une olympiade sans la moindre médaille. Tel était le bilan du ski alpin tricolore depuis maintenant huit ans. L'épisode Vancouver n'est désormais plus dans les mémoires. Le slalom géant masculin de Sotchi l'ayant effacé du livre des pleurs. Steve Missilier, Alexis Pinturault ont redonné de l'air à une discipline meurtrie par les contre-performances canadiennes d'il y a quatre ans. On attendait Pinturault, mais un invité surprise s'est mêlé à la fête. Auteur d'une seconde manche de folie, Missilier 10ème à l'issue du premier acte a rêvé d'un titre olympique jusqu'au dernier instant, finalement l'Américain Ted Ligety a enterré les derniers infimes espoirs d'une médaille d'or presque utopique, tellement le natif de Park City, roi du Géant depuis des années avait survolé la première manche. Les Bleus terminant sur le podium, un vent de fraîcheur pour le ski français qui cherchait à enlever la poussière depuis 2006 et les J.O de Turin, où Antoine Deneriaz et Joël Chenal avaient ramené l'or et l'argent en descente et en Géant. 

Un dépoussiérage attendu, notamment grâce à la montée en puissance d'Alexis Pinturault (22 ans seulement) et qui était attendu. Mais personne ne pensait qu'un deuxième coq allait venir bousculer une hiérarchie établie et composée du trio Ligety-Hirscher-Pinturault. Comme quoi, il n'y a que les J.O qui sont capables de faire basculer les leaders incontestés, l'Autrichien l'a appris à ses dépends, avec une 4ème place. 

"Jusqu'au bout de mes rêves."

La chanson de Jean-Jacques Goldman colle à la peau des fondeurs français depuis des années. Eux qui ne connaissaient que le chocolat, ils goûteront désormais au bronze. Terminé les larmes de Turin et de Vancouver, Maurice Manificat, Jean-Marc Gaillard, Robin Duvillard et Ivan Perillat Boiteux, quatre noms inscrits à jamais dans l'histoire du fond tricolore. Auteurs d'un relais "d'équipe", le quatuor a longtemps accompagné la Suède, finalement vainqueur de la course et la Finlande, qui craquera lors des deux derniers relayeurs. Mais jamais ils n'auront lâché leur rêve, celui d'une médaille. Ni la Norvège, ni l'Italie ne reviendront aux basques de la France, seul la Russie passera devant, logique. Logique oui, car les Bleus étaient outsiders, la Suède et la Russie des candidats déclarés à l'or. Des Bleus qui ont répondu présents, chacun leur tour, s'arrachant sur les skis, comme si rien comptait à part la médaille. Une lecon d'esprit d'équipe, de courage et d'abnégation. Un beau moment pour le sport français, qui ne demandait que ça. 

"Vaultier, l'or au bout du genou"

L'or du courage, une leçon de vie. Très peu de qualificatifs pour décrire l'exploit de Pierre Vaultier, médaillé d'or en snowboarcross. Le snowboardeur de Serre-Chevalier a tenté un incroyable pari, qu'il a finalement remporté. Le 21 décembre 2013, à Lake Louise, lors d'une Coupe du Monde il est victime d'une déchirure du ligament croisé du genou droit. Une opération lui est conseillé, mais finalement il ne part qu'en réeducation, pour tenter de participer aux J.O de Sotchi. Finalement, malgré une atelle, il prend part à l'épreuve de snowboardcross le 18 février, des qualifications jusqu'à la finale, Pierre Vaultier survole les débats, des courses maîtrisées à la perfection. Et en finale, les scénarios des runs précédents se reproduisent, permettant au tricolore de décrocher l'or. Un exploit indescriptible, pour un athlète qui deux mois auparavant avait un genou en vrac. Quatrième de la finale, l'autre français Paul-Henri De le Rue ira même jusqu'à dire : "on s'en fout à la limite, Pierre est en or. La quatrième place c'est celle du con, mais un bon con."

Un miraculé, qui remporte l'or, seulement deux mois après une grave blessure et qui est français, confirme le fameux dicton : "impossible n'est pas français." 

"Ils ont plané !"

Ca plane pour moi, ça plane pour moi moi. Ah le half-pipe, une discipline très spectaculaire et toute nouvelle aux J.O. Sans doute une des plus belles techniquement, le but étant de réaliser des figures dans les airs. A ce petit jeu, nos tricolores ne sont pas les derniers, et ils l'ont démontré une nouvelle fois cette année. Que ça soit chez les hommes, comme chez les filles. Kevin Rolland, Marie Martinod, des noms inconnus, sauf pour les spécialistes de ski half-pipe, qui savent le talent du natif et de la native de Bourg-Saint-Maurice. Des trajectoires similaires au niveau des résultats, et surtout l'envie de réussir. La française qui pourtant, pendant 7 ans arrêtera sa discipline, donnant naissance notamment pendant cette période à sa petite fille. Elle ne reprendra sa carrière qu'en 2013, pour finalement être vice-championne olympique aujourd'hui derrière l'Américaine Maddie Bowman et devant la Japonaise Ayana Onozuka. Pour Kevin Rolland, il a été devancé par les deux derniers champions du monde, l'Américain David Wise et le Canadien Mike Riddle. Le tricolore lui-même champion du monde en 2009 de half-pipe. Ils étaient tous les deux des candidats au podium, ils ont été présents au rendez-vous. 

 

"L'insouciance de la jeunesse"

Elles n'ont que 18 ans et 19 ans, elles reviennent bronzées de Russie. Coline Mattel (saut à ski) et Chloé Trespeuch ne sont encore que des enfants, mais déjà médaillées olympiques. La première citée, qui à seulement 13 ans en 2009 avait décrochée la 5ème place aux mondiaux de Liberec, et surtout une médaille de bronze aux mondiaux d'Oslo en 2011. Précoce et surdouée de sa discipline, la jeune française démontre que le talent n'a pas d'âge et qu'elle en a aussi dans le cerveau, puisque qu'elle a obtenue son baccaulauréat scientifique avec une mention très bien en juin dernier. 

La seconde qui a été championne d'Europe en 2011 et qui "n'a peur de rien". Elle l'a montrée à Sotchi le 16 février dernier, insouciante et profitant d'une chute lors de la finale, Chloé Trespeuch s'est offert le luxe d'accrocher une médaille de bronze méritée au vue de sa journée. 

"Ils repartent déçus"

Il y a eu des émotions, mais aussi des déceptions. Tout d'abord le Combiné Nordique, avec le porte-drapeau en chef de file, à savoir Jason Lamy-Chappuis. Le champion olympique de Vancouver n'a pas réedité les mêmes exploits en Russie. 35ème au petit tremplin, 7ème au grand tremplin. "Jez" n'avait pas les jambes pour rivaliser avec le podium, les Bleus qui auront également des regrets pour le relais par équipes. Ils finissent une nouvelle au pied du podium, la pire des places. En retard à l'issue du saut, la France n'a jamais revenu le trio de tête qui s'est joué finalement la victoire, un écart trop conséquent à combler. Une olympiade qui ne restera pas dans les annales pour le Combiné Nordique français, qui aura trois titres à défendre l'an prochain aux mondiaux. Trois pour Lamy-Chappuis (individuel, petit tremplin et le team sprint), et un collectif (relais par équipes). 

Ils quittent Sotchi avec de l'amertume, Nathalie Pechalat et Fabien Bourzat ont terminé au pied du podium, une désillusion qui sonnent la fin de leurs carrières. Le couple français déçu fort logiquement de cette 4ème place lors du programme libre et qui remettent en cause le milieu du patinage qui "n'a jamais voulu reconnaître leur originalité."

Autre déception, celle d'Ophélie David, également 4ème. La française, grande chance de médaille n'a guère été chanceuse. Chutant en finale alors qu'elle occupait la troisième place provisoire. Un scénario similaire à celui de 2010, où la championne du monde 2007 avait chuté alors qu'elle était la favorite de la compétition. Vingt-huit victoires en Coupe du Monde, dix globes de cristal, quadruple vainqueur de l'épreuve aux X Game. Un palmarès long comme le bras, mais qui ne connaîtra jamais de médaille olympique, deux échecs en deux participations. Tel est la loi des J.O d'hiver. 

Ewen Fernandez n'était pas venu pour une médaille, cependant le spécialiste du patinage de vitesse originaire de Bouaye en Loire-Atlantique se souviendra longtemps de ses J.O. Remplaçant d'un autre français, Alexis Contin victime d'une maladie détectée juste avant la compétition, Fernandez a connu quelques mésaventures. Le tricolore n'a pas pu participer au 10 000 mètres, faute d'avoir été inscrit par sa fédération à la course, sans pour autant l'informer . Depuis cette histoire, le Boscéen n'est pas tendre avec ses dirigeants, les deux camps se renvoyant les piques par presse interposée. L'athlète qui a pu recevoir le soutien d'Alexis Contin et Benjamin Macé, ses deux compères du patinage de vitesse ulcérés par l'attitude de la fédération et du DTN. Le trio ne lançant guère des fleurs à une fédération qui pour eux "ne les aide pas."

Les belles histoires tricolores 

Elle a beau n'avoir que 15 ans, elle a l'avenir devant elle. Perrine Laffont est une des belles histoires tricolores de cette quinzaine, la jeune française spécialiste du ski bosse a éclaboussé la compétition de son pétillant sourire mais aussi de ses belles larmes de déception à l'issue de la finale, ne terminant que 14ème de la première mance (seul les douze premières étaient qualifiées pour la seconde manche). Nul doute qu'elle reviendra avec des ambitions de podium dans 4 ans en Corée. 

Voici la vidéo de sa qualification pour la finale des J.O 

http://www.youtube.com/watch?v=V2TWcg2syS8

« Mon objectif est de surtout continuer sur ce que j'ai réalisé depuis le début de saison et de repousser mes limites sur 50 km. Je ne lâcherais pas jusqu'à la fin de la course. Après si je n'arrive pas à l'accrocher, tant pis. Mais je préfère perdre sur le dernier km, qu'avant. »

Il y a quelques semaines, Robin Duvillard (ski de fond) nous donnait une interview où il parlait de son début de saison, et aussi de ses ambitions à Sotchi. Le tricolore qui voulait absolument effacer la déconvenue de Vancouver, l'a désormais fait. Car en prenant la médaille de bronze en relais avec l'équipe de France et en terminant 6ème du 50 km hommes, son véritable objectif, le natif de Saint-Martin d'Hères n'a pas déçu, objectif rempli. En laissant partir le podium lors du dernier km sur le 50, Robin a voulu ce qu'il voulait, perdre "sur le dernier km"

Il n'y a eu certes pas de podium en individuelle, mais le Français vient conclure une excellente saison. Même si, elle n'est pas terminée.