« El Manu », l’art et la manière des Spurs

Game 6 des Finals NBA de 2013 et match pivot de la série qui oppose les Spurs au Heat. Après avoir concédé le dernier match à Miami, San Antonio jouait son dernier match à domicile avant de décoller pour les plages de South Beach. Une victoire était la condition "sine qua none" pour croire encore à la victoire finale.

« El Manu », l’art et la manière des Spurs
San Antonio Spurs (3)
114 104
Miami Heat (2)

Emmanuel Ginobili : l’art du timing

Tout le monde connaît le dicton de l’opportunisme « être au bon moment, au bon endroit ». Loin de nous l’idée de considérer Ginobili de la sorte, mais le fait est que l’on se pose tout de même la question : Popovich avait-il senti le coup venir ?
On avait zappé « El Manu » des tablettes, considérant qu’il produisait des stats qui le sortaient automatiquement du potentiel Big Three, made in Texas. On lui préférait un Leonard, fer de lance de la défense Spur qui limitait chaque soir (si ce n’est le Game 4) l’apport de LeBron James, ou encore un Green qui impressionne par le niveau de jeu développé lors de cette finale avec, notamment, la prise d’un record sur un adversaire du soir (on y reviendra plus tard). Et ce matin, on a la fâcheuse (mais pour le coup appréciable) sensation de s’être fait avoir dans les grandes lignes : l’argentin n’est pas mort, loin de là. Titularisé pour la première fois depuis les finales de conférence de 2012 contre OKC (et ouais, ça remonte à un an..), l’ex-All Star a rappelé à tout le monde quel formidable joueur il fut/est. Driveur provocateur et passeur altruiste, Gino nous dévoile toute sa palette avec 24 pts et 10 pds, et le tout à 8/14 aux tirs. Comme on vous le disait, El Manu avait été oublié par chaque joueur, chaque journaliste, chaque consultant, mais ce dernier frappe fort et au meilleur moment : à celui de prendre le match qui sépare les Spurs d’un seul succès du Graal ultime. Gino, un opportuniste ? Un petit peu, mais c’est tout ce qui fait le charme du joueur.

 

Les failles du quator floridien

Le quator du Heat, composé de James, Wade, Bosh et Allen, est certes impressionnant mais derrière eux, c’est le « no man’s land » côté Miami. On vantait leur superbe rencontre du Game 4 et ces derniers réussissent presque mieux que le précédent affrontement avec 87 pts en combiné. On dit « presque » parce que le Heat voit son leader, LeBron James, peinait encore. Malgré ses 25 pts, 8 rbds, 6 pds, les MVP 2013 shoote à 8/22 aux tirs, indigne de son statut et encore plus à ce moment-là de la saison. Mais au lieu de pointer la maladresse du n°6 floridien, peut-être que la vérité de ce match est ailleurs. Ne serait-elle pas dans les plans de Popovich de forcer James à manquer son match en lui imposant une pression plus démente que pour tout le reste de l’effectif de Miami ? Honnêtement, on se pose la question. La quator Heat est plus ou moins adroit, à l’inverse de LeBron qui est gêné physiquement sur chaque pénétration, mais plus libéré sur des tirs extérieurs. Et pour ça, San Antonio peut dire merci à Leonard et Green. Les deux ailiers ont tout simplement su limiter de la plus belle des manières le MVP en titre que l’on considère inarrêtable.   Dans le cas présent, on dénote bien les limites de Wade ou Bosh de permettre à leur équipe d’élever le niveau de jeu de leur franchise. LeBron James est la pierre angulaire du succès floridien et les Finals face aux Spurs ont permis d’éclairer un peu plus ces limites, mais aussi, et surtout, voir à quel point Gregg Popovich est un formidable tacticien.

 

Le Big Three + le duo de jeunes = un quintet incroyable

Le Heat est réellement tombé sur plus fort que lui, cette nuit. Après le coup de poker menteur « Ginobili », Popovich a réussi à aligner un cinq de départ productif à tous les postes. Préférant utiliser le « small ball » (fait de jouer avec 4 joueurs de petite taille et un grand pivot), soit Parker-Green-Ginobili-Leonard et Duncan, le coach des Spurs a su insuffler un jeu rapide auquel Miami ne s’attendait pas faire face. Outre la belle performance d’El Manu, chaque joueur titulaire finit à 16 pts ou plus. Meilleur marqueur ? Parker, 26 pts. Meilleur passeur ? Ginobili, 10 pds. Meilleur rebondeur ? Duncan, 12 rbds. Et on a osé dire que ce Big Three était peut-être mort, on a honte maintenant. Mais si encore, il n’y avait « QUE » eux trois, tout irait pour Miami, mais non. Leonard, devenu expert pour limiter LeBron, démontre tout son talent et sa hargne au point que beaucoup voit en lui le futur-franchise player des Spurs. Il faut avouer que le joueur n’est que sophomore (deuxième année en NBA) mais prouve déjà une belle maturité dans le jeu. Lui, introverti dans la vie, souhaite qu’on ne mette pas la charrue avant les bœufs et que gagner un titre, à 21 ans, serait déjà un bel exploit. A côté, mentionnons Danny Green dont on avait évoqué le nom plus haut. Discret depuis le début des playoffs, le n°4 de San Antonio est sorti de sa coquille au meilleur moment. A quel point ? Tout simplement, en prenant le record de tirs à 3pts inscrits lors des Finals, détenu, jusqu’alors, par Ray Allen avec Boston en 2008. On serait même enclin à dire qu’il en deviendrait insolent : 25 tirs réussis sur 38 pris et au final une adresse enregistrée à 66% ! Que dire ? « Wahoo » ? Peut-être, car il n’y a pas vraiment de mot de le dictionnaire pour ce type de situation.

 

Sur qui est l’épée de Damoclès ?

Tout le monde connaît cette expression qui souligne que le danger peut venir à tout moment. Le fait est qu’après chaque victoire d’une des deux équipes dans les Finals, on a de suite cru que le vainqueur avait pris l’avantage sur son opposant. Toutefois, aucune équipe n’a, jusque-là, réussit à gagner deux matchs de suite. Plus encore, Miami n’a jamais mené dans la série. Avec de telles informations, la logique voudrait que Miami remporte le Game 6, mais perdent le numéro 7, faisant de San Antonio, le champion NBA. Mais halte-là.
Après avoir joué à 3 reprises dans le Texas, les deux équipes vont reprendre l’avion direction Miami. Avec une victoire avant leur départ, les Spurs prennent un ascendant psychologique non-négligeable : ils ne sont plus qu’à une seule victoire du titre. Même si les rencontres vont avoir lieu dans l’American Airlines Arena, les Spurs sont tout simplement à 48 minutes de leur but. Le Heat, quant à lui, doit pouvoir compter sur un LeBron James de haut vol afin de pouvoir répondre aux adversaires de la série, mais le niveau dévoilé depuis le début de cette dernière inquiète quelques peu. Au final, la fameuse épée de Damoclès semble se déplacer au-dessus des têtes floridiennes. Un public est un allié à double tranchant. Entre soutien et pression, le prochain match du Heat s’annonce compliqué. La joute finale approche et nous aurons donc, au plus tard jeudi 20 juin, un nouveau champion NBA, ou plutôt champion qui confirmera sa supériorité actuelle ou celle établie depuis plusieurs années.

 

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