Le Tour, 100 éditions d'émotions - 4ème épisode, 1947-1956 : les années Bobet

Le Tour n'a pas construit sa légende en un jour. Mais en 100 éditions. Anecdotes croustillantes, hommages au grands champions... "Le Tour, 100 éditions d'émotion", chronique. Quatrième épisode.

Le Tour, 100 éditions d'émotions - 4ème épisode, 1947-1956 : les années Bobet
Louison Bobet ©Universal/TempSport/Corbis

La guerre est passée par là. Desgrange s'est éteint en 1940. C'est donc Jacques Goddet qui est l'organisateur principal de ce Tour de France. Maintenant à la tête de L'Equipe, L'Auto ayant été supprimé, Goddet continue le travail de Desgrange. Alors que l'Europe se reconstruit, le Tour recommence en 1947, le temps de réorganiser correctement la course.

1947 : La renaissance

Trop de violences, trop de massacres, trop de morts, trop de blessures irréversibles ont marqués cette Seconde Guerre Mondiale. Trop d'horreurs ont terrifiés le monde lors de ces 6 années. La France a subi durant 4 longues années l'occupation allemande. Hitler est mort. Les alliés l'ont emportés. Au total, 20 millions de morts. Cette guerre reste dans toutes les têtes. Et c'est évident que le Tour de France n'est pas à l'ordre du jour. Mais L'Équipe, qui est apparu en février 1946 veut bien relancer ce qui a fait le succès de son ancêtre L'Auto. Ce fut un. bon remède, l'espace de quelques jours.

Pour ce qui est de la course, c'est Jean Robic qui s'impose grâce à 30 derniers kilomètres étincelants. Brambilla, maillot jaune s'écroule et laisse Robic le prendre. Scénario incroyable que cette victoire du Français surtout quand on indique qu'il n'a finalement jamais porté le maillot jaune. Ce fut le seul Tour de France remporté par Robic. Et il n'aura donc jamais porté ce maillot jaune. Incroyable.

1948 : Et Bartali se dévoila

Il avait abandonné avant la Guerre. Il ne s'est cette fois-ci pas loupé. 26 minutes d'avance sur Schotte, deuxième et 28 minutes sur Lapébie, troisième. Voilà un des éléments clés de la victoire de l'Italien en cette 35ème édition. Sept victoires d'étapes dont une superbe impression dans les Alpes. Alors même si Louison Bobet a terminé 8 jours en Jaune, Gino Bartali a sortie encore une fois une prestation qui a fait la légende de cette course. Dans le col du Galibier, il écrase la concurrence et dans la descente, il crève mais se permet le luxe d'arriver en solitaire avec 6 minutes d'avances sur son dauphin. A part ces étapes de montagne remarquablement remportés, Bartali était aussi le plus rapide au sprint comme à Toulouse où il devanca  Lapébie. Grosse impression qu'a laissé lors de ce Tour Gino Bartali. Trés grosse impression.

1949 : Coppi aussi n'est pas mal

Il y a quelques jours, Coppi et Bartali viennent de se disputer le Giro. C'est Coppi qui l'emportera. Jeudi 30 juin débute le 36ème Tour de France. Dimanche 24 juillet, Coppi remporte le Tourt de France au Parc des Princes. Cette saison-ci, Fausto Coppi eu de loin l'avantage sur son compatriote Gino Bartali. S'imposant avec plus de dix minutes d'avance, le premier a réalisé pour la première fois un exploit insensé : réaliser le double Giro-Tour de France. Prenant le maillot Jaune dans les Alpes, Coppi ne le lâchera pas jusqu'à Paris.

Le Tour de France est aussi populaire sur les ondes. Grâce à Radio Monte Carlo (RMC actuellement) et Radio Luxembourg (RTL actuellement), les auditeurs se passionnent pour une course de plus en plus diffusée en direct.

1950 : Kubler au sommet

Les italiens ont faits parler d'eux. Tout d'abord Fausto Coppi, qui a déclaré forfait. Puis au terme de l'étape de Saint-Gaudens où Gino Bartali annonça son abandon. Grosse polémique. Les politiques s'en mêlent. M. Moro Giafferri, député de la Seine et président des Amitiés franco-italiennes délcare qu'il veut interpeller le gouvernement à ce sujet. Encore une fois, le Tour de France a dépassé les bornes du sport.

Lors de la 13ème étape, Abdelkader Zaaf a un gros coup de pompe. Pour le rafraîchir, les supporters utilisent du vin. Quand il repart, il se trompe de sens et participe à la légende de la Grande Boucle avec cette image de soiffard ne sachant plus sa route. Toujours une image restée dans la légende de cette course, la 15ème étape où les coureurs profitèrent d'une journée de grande chaleur et d'un passage à côté de la mer pour se baigner dans l'eau et se rafraîchir. Image encore restée dans les annales.

C'est finalement Ferdi Kubler qui s'impose, prenant le maillot jaune lors de la 12ème étape et ne le lâchant plus. Un certain Louison Bobet termine 3ème. C'est le premier français.

1951 : Au tour de Koblet

Une semaine de laisser-aller puis le vrai départ de la course d'Hugo Koblet. Un chrono de 85 kilomètres remporté avec une certaine avance sur Bobet et Coppi et une remontée à la troisième place. Lors de l'étape entre Brive et Agen, le Suisse part en solitaire et résiste au retour des favoris. Il grignote son retard. Puis trois jours plus tard, il bat à Luchon Fausto Coppi, le seul qui a réussi à le suivre. Il conclue son succès entre Aix-les-Bains et Genève lors du deuxième contre la montre et assure son avance. Encore une fois, rien à redire sur son succès. Les vainqueurs se suivent mais ne se ressemble pas en ce moment sur le Tour de France.
Lors de cette édition, le Tour de France a gravi pour la première fois le Mont Ventoux, haut de 1912 mètres. C'est Lucien Lazaridès qui le gravi en premier mais c'est Louison Bobet qui remportera l'étape.

1952 : Re-bonjour Monsieur Coppi

On l'avait quitté sur une troisième place. On le retrouve 12 mois plus tard avec une première place, un second Tour et pas moins de 28 minutes d'avance sur le second.  Le résultat suffit à analyser cette édition. A noter sur cette édition deux arrivées en altitude : Puy-de-Dôme et l'Alpe d'Huez. Trés spectaculaire et une nouveauté qui est maintenant incontournable. Autre innovation, l'arrivée de quelques images de l'étape du jour au journal télévisé du soir. Même si peu de foyers possèdent le poste de télévision, cette première popularise un peu plus la Grande Boucle à la télévision.

1953 : Bobet ! Pour de bon !

50 ans après la première édition, arrivée du maillot vert qui est maintenant encore un classement trés disputé. Les arrivées en altitude ne sont pas au programme cette année. Peut-être que cela a réhaussé les ambitions de Louison Bobet. Souvent placé, jamais gagnant, le Français s'est enfin adjugé ce qu'il voulait avec la plus haute moyenne depuis le début de l'épreuve. Moment historique pour bon nombre de français et le lancement de la folie Bobet qui s'empara de toute la France.

1954 : Bobet, et de 2 !

Pour la première fois, le Tour par d'un pays étranger. Des Pays-Bas en l'occurence. A Amsterdam, le 8 juillet, les 110 coureurs s'élancent direction la Belgique. Et pour couronner le tout, c'est un Hollandais qui s'impose. En la personne de Wout Wagtmans, il sera le seul porteur du maillot avec Bobet. Ce dernier l'aura porté 16 jours sur 23, aura réalisé une montée de l'Izoard historique qui lâcha irrémédiablement Kubler, voici le bilan de Louison Bobet. Encouragé par un public dingue de lui, "Louison" n'a pas déçu ses fans et continue un parcours exceptionnel. Bahamontes commence lui un énorme numéro en remportant pour la première fois de sa carrière le trophée de meilleur grimpeur. Il le ramènera à Paris six fois entre 1954 et 1964.

1955 : Bobet, et de 3 !

Le coup de maître ! 3 fois vainqeurs, Bobet réalise quelque chose que seul Thys avait réussi avant lui. En s'imposant, il devient le plus grand Français de l'histoire sur le Tour de France. En état de grâce dans le Ventoux, il prend le maillot jaune à un Antonin Rolland qui l'aura finalement bien embêté. En portant le maillot de champion du Monde, il avait une fois de plus fait peur à ses adversaires. En étant caricaturé dans Les Pieds Nickelés, il a fait un pas en avant de plus vers la notoriété. En recevant de Philippe Thys les compliments de sa victoire, il a reçu le respect des anciens. En remportant son troisième et dernier Tour de France, il a écrit à jamais son nom dans la légende du Tour.

1956 : Walko... Quoi ?

Louison Bobet blessé, Stablinski engagé en Algérie, Géminiani qui sort d'une intervention chirurgicale... le Tour est destabilisé. En prenant au soir de la 7ème étape le maillot jaune et en le reprenant dans les Alpes, Roger Walkowiak n'a pas surpris son monde. Grâce à sa puissance, il s'est débarassé de tous les adversaires. Lorsque la Grande Boucle fut terminée et que l'heure du bilan fut arrivée, tous les spécialistes s'accordèrent à dire que cette victoire fut mérité. Jacques Goddet s'emportera même en disant que ce fut le Tour le plus emballant selon lui.

Avancée trés importante, le Tour est maintenant diffusé pendant une heure à la télévision. Un grand exploit technique pour l'époque. En attendant Jacques Anquetil..

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