Simon Gerrans le plus malin

Dans une étape promise aux puncheurs, c'est finalement un des leurs qui s'est imposé. Mais pas dans un sprint massif, dans un sprint à deux entre Sagan et Gerrans. Les Français se sont encore montrés, sans succès.

Simon Gerrans le plus malin
Crédits : ASO

Il a surpris tout le monde. Dans une étape qui aura attendu les 20 derniers kilomètres pour se dévoiler, le puncheur Simon Gerrans ajoute une ligne à son palmarès. Peter Sagan croyait bien avoir fait le plus dure en se débarassant de ses adversaires directs (Cavendish, Greipel, Kittel...) à l'issue des nombreux cols de cette journée, il aura aussi cru profiter de ses coéquipiers pour le lancer et que celà suffirait. Seulement voilà, ceci n'a pas suffit. Plus malin, Simon Gerrans a réussi à bien se placer et à l'emporter d'une demi-roue.

Les favoris ne se seront finalement pas découverts et l'étape fût moins animée que celle de la veille. Pierre Rolland aura judicieusement posé une attaque lors du dernier col et préserve ainsi son maillot à pois. Pas d'inquiétude non plus pour Bakelants, qui pourra garder au moins un jour de plus le maillot jaune.

 

Le club des 5

Dans un décor magique, les coureurs parcouraient pour la 3ème journée consécutive les routes corses. Une première réussie : des spectateurs présents, pas de débordements et un soleil en prime. Dès le départ, Westra décroché la veille attaque pour le Vacansoleil. L'objectif n'est alors pas que sportif. Il faut se montrer pour attirer un repreneur. Il est très rapidement poursuivi par d'autres baroudeurs. Alexis Vuillermoz pour Sojasun, Cyril Gautier pour Europcar, Sébastien Minard pour AG2R La Mondiale... les équipes françaises décident elles aussi de se montrer. Simon Clarke d'Orica-GreenEDGE les accompagne. Donc dès les premiers kilomètres, l'échappée du jour est formée. Torts aux retardataires, les Radioshak utilisent toute la largeur de la route pour éviter les attaques.

Le peloton n'assurant pas directement la poursuite, l'écart monte au bout de 15 kilomètres au-dessus des quatre minutes. Le record lors de cette étape sera de 4 minutes et de 20 secondes. Pendant ce temps-là, un premier abandon dans ce Tour. Andrey Kashechkin ne peut résister plus longtemps à des maux d'estomac. Le coureur d'Astana laisse ses coéquipiers à huit. Puis vient le premier col de la journée. En haut du col de San Bastiano, c'est un sprint qui s'enclenche et c'est le coureur d'Orica-GreenEDGE Marc Cavendish est battu au sprint intermédiaire par Marcel Kittel et André Greipel Simon Clarke qui empoche le point devant Alexis Vuillermoz. La température augmente, plus de 30 degrés à l'ombre après 20 kilomètres. Puis après la descente arrive très rapidement le sprint intermédiaire. Les cinq échappées le passent évidemment en premier. Dans un sprint aux gains (les trois premiers gagnent entre 500€ et 1500€), aucun coureur n'accéléra cependant le rythme et c'est Sébastien Minard qui remporte les 15 points pour le maillot vert de façon plus anecdotique qu'autre chose. Ce qui est le plus important, c'est le sprint du peloton. Emmenés respectivement par leurs poissons pilotes, Marcel Kittel - alors maillot vert - devance André Greipel et Marc Cavendish. Kristoff termine 9ème et Sagan 10ème.

Nous sommes alors à un peu plus de 110 kilomètres de l'arrivée et le rôle des sprinteurs est alors terminé. Les kilomètres défilent et rien ne se passe. Plus de 30 kilomètres sans aucune action, l'écart entre le peloton et le groupe de tête étant stable et aucun Grand Prix de la Montagne étant au programme. Les équipes semblent se préserver en vue de la fin de l'étape et du contre-la-montre par équipe le lendemain. Cependant, Yoann Bagot est lâché par le peloton. Il reste alors 90 kilomètres, la fin de l'étape est encore loin à ce moment-là.

 

Petit à petit, le rythme augmente mais il reste faible

Puis arrive le col de San Martino, classé en troisième catégorie. Un sprint s'engage dans le groupe de tête et c'est encore Clarke qui s'impose devant Vuillermoz. Gautier, dépêché par Europcar pour essayer de sauvegarder le maillot à pois de Rolland a lancé le sprint mais trop tôt. Quelques kilomètres plus loin, les Saxo Bank-Tinkoff prennent la poursuite de l'échappée et étirent le peloton. La question est alors de savoir si Contador répondra à Froome. Le Britannique avait attaqué la veille. L'écart descend sous les 90 secondes, Bagot est lui très loin du peloton. Il abandonnera quelques kilomètres plus loin. Les Sky, puis les BMC prennent aussi la tête du peloton. L'écart diminue, l'échappée est sur le point d'être rejointe. Plus que 40 secondes à 75 kilomètres de Calvi. Le peloton va si vite que Tom Villers est à quelques centimètres de tomber dans le ravin.

37,2 km/h de moyenne-horaire après 60% de l'étape

Puis arrive la côte de Porto, classé en 3ème catégorie. Pour la 3ème montée de la journée, Simon Clarke s'impose devant Alexis Vuillermoz. Dans le peloton, le rythme s'accélère. Mark Cavendish et Tony Martin se laissent décrocher. Vasil Kirienka, Nacer Bouhanni, Nicki Terpstra et Geraint Thomas ne peuvent pas suivre le rythme. Le peloton revient petit à petit sur les échappées. Puis, après 80 kilomètres, une chute secoue l'arrière du peloton. Enfin, presque. Même si aucune chute n'est anodine, celle-ci ne laisse aucun coureur sur le carreau et aucune blessure grave n'est à déplorer. Le peloton ralentit, l'écart monte à 80 secondes. La moyenne est basse : 37,2 km/h après 88 kilomètres.

 

L'issue de l'échappée connue

Le peloton n'a pas l'air d'être pressé. L'écart repasse au-dessus des 2 minutes alors qu'il était descendu à 25 secondes. Le peloton joue au chat et la souris mais il maîtrise et sait ce qu'il fait. Les cinq hommes de tête s'entendent bien et collaborent sans se poser de question. A l'arrière du peloton, le champion de France Arthur Vichot chute. Il profite du faible rythme du peloton pour rentrer à l'intérieur de celui-ci dans la foulée après avoir changé de monture. Petit à petit, la tension monte. L'arrivée approchant, les équipiers se dépêchent de ramener les bidons à leurs leaders. Le jeu du chat et de la souris continue avec les échappées, l'écart repasse en dessous des 80 secondes.

Simon Clarke scinde le groupe des échappées en deux, voulant à tout prix le maillot à pois

Les RadioShak d'Andy Schleck et du maillot jaune reprennent la direction du peloton, avec plus d'envie que leurs prédécesseurs. Dorénavant, l'issue de l'échappée paraît plus qu'incertaine. 60 secondes, 50 secondes, 40 secondes... l'arrivée approche (25 kilomètres) et cette fois-ci, la tête de course donne tout ce qu'elle a pour préserver le mince espoir qu'il reste. Très faible espoir. Sébastien Minard l'a bien compris, il lance l'attaque de la dernière chance et oblige ses compagnons d'un jour à se mettre en danseuse pour le rattraper. Quelques kilomètres plus loin c'est Simon Clarke, décidément trés en forme lors de cette 3ème étape, qui attaque. L'échappée se scinde en deux, il n'y a maintenant plus que 2 coureurs en tête, Clarke et Minard. Pour ce qui est des 3 autres, ils attendent le retour du peloton.

Si Clarke s'est montré, c'est pour empocher le maillot à pois de meilleur grimpeur. Ayant passé chaque col en tête, l'Australien veut concrétiser son travail par ce maillot. Cyril Gautier, le coéquipier de Pierre Rolland, porteur de ce maillot distinctif s'échappe du groupe de 3 et tente de revenir sur Minard et Clarke. Dans le peloton, les dégâts commencent. Gesink, Mollema, Cavendish, Greipel, Hoogerland sont par exemple distancés. Quelques mètres devant, Minard n'arrive pas à suivre Clarke. Gautier revient sur lui et grapille seconde par second sur le leader. A l'avant du peloton, Igor Anton sort. Cyril Gautier se bat pour le suivre mais lâche prise. Minard aussi est repris. L'étape devient folle.

L'issue de l'étape ne sera décidée qu'à 500 mètres de la ligne

Quatre coéquipiers d'Alberto Contador sont lâchés, il n'y a plus qu'un coéquipier à l'avant du peloton. Ce même peloton diminue de mètre en mètre, il ne compte plus que 40 éléments à 14 kilomètres de l'arrivée. Anton est rattrapé. Son compatriote de la même équipe attaque à son tour. Rolland est auparavant parti avec son coéquipier Malacarne pour défendre le maillot jaune. Tactique trés intelligente alors que le sommet approche. Clarke, épuisé de ses efforts est repris par le peloton. L'allure augmente : Riblon, Taramaee, Gallopin, Boassen Hagen ne suivent plus.

 

Rolland garde son maillot à pois

Retour à la tête de la course. Pierre Rolland, trés facile et serein s'envole vers ces points qui lui permettent de conserver le maillot de meilleur grimpeur. Il passe en premier et relâche ses efforts. Mais dans le peloton, tout est fou. Van Den Broeck tente sa chance. Chavanel attaque lui aussi dans la descente. Nieve rejoint Rolland. L'issue de cette étape semble plus qu'incertaine. Même Cadel Evans y va de son coup de pédale. Aucune équipe ne contrôle le reste du peloton. A 10 kilomètres de l'arrivée, Pierre Rolland et Nieve compte 14 secondes d'avance sur le peloton et 9 sur Chavanel. Seulement 3 coureurs sont en-avant de ce qu'il reste du groupe maillot jaune. Puis 2 kilomètre plus tard, à 8 kilomètrrs de l'arrivée, Chavanel rejoint Rolland. Les choses sont alors plus claires. Rolland et Chavanel, accompagnés de Nieve et de Nordhaug sont seuls 10 secondes devant le peloton. 90 coureurs sont à une seconde du maillot jaune, celui-ci pouvant donc changer d'épaule à tout moment.

Chacun leur tour, les puncheurs tentent leur chance

Mais dans cette étape, tout change à chaque instant. Le peloton se réorganise et l'écart est de huit secondes à cinq kilomètres de l'arrivée. Trop peu pour Nordhaug, qui place une attaque incisive à 4 kilomètres du terme. C'est malheureusement trop tard, le peloton aura bien calculé son coup. On se dirige alors vers un sprint massif. Le peloton roule à 60 km/h. Peter Sagan est un des seuls sprinteurs encore dans celui-ci. Kittel, Cavendish, Greipel, Boassen Hagen ou Bouhanni ne sont plus là. Tom Dumoulin tente un coup de poker en essayent à 2 kilomètres du teme de partir. Il tiendra 1500 mètres avant d'être avalé.

Bien amené, Simon Gerrans fait parler sa puissance et s'impose finalement pour quelques centimètres sur Peter Sagan qui lance son vélo quelques centièmes de secondes trop tard. Grosse surprise à Calvi. Le maillot jaune reste lui sur les épaules du Belge Jan Bakelants. Tous les gros favoris n'ont rien perdus. Au final, Peter Sagan se console avec le maillot vert et Pierre Rolland garde le maillot à pois.

Demain, contre la montre par équipe qui devrait lui chambouler le classement général. Et le live sera à vivre sur VAVEL France.

 

Le classement de l'étape

 

Le classement général