Exclusif - Romain Sicard : « Je ne veux pas me fixer de limites »

13ème au classement général du dernier Tour d’Espagne, Romain Sicard s’immisce désormais parmi les plus grands. À quelques jours de son retour à la compétition, il s’est livré pour Vavel France.

À 27 ans, Romain Sicard aura eu besoin de temps pour concrétiser tous les espoirs placés en lui. Perturbé par une blessure au genou pendant plusieurs saisons, le champion du monde espoirs et vainqueur du Tour de l’Avenir en 2009 a enfin pu se défendre avec toutes ses armes en 2014. La disparition de l’équipe Euskatel en 2013, structure avec laquelle le Basque était fidèle dès l’antichambre Orbea, l’obligeait à un nouveau défi. Il trouve finalement refuge  chez les Vendéens d’Europcar en espérant redonner un nouvel élan à sa carrière. Chose qu’il réussira, et de quelle manière puisqu’il accompagnera admirablement Pierre Rolland sur les cols du Tour d’Italie, quatrième du général. Ses prestations lui valent même le rôle de leader de sa nouvelle équipe sur la Vuelta, une première pour lui sur un Grand Tour. Il montera en puissance tout au long des trois semaines pour finalement se classer à une très belle treizième place. Des superbes performances démontrant que Romain Sicard est de retour, même s’il compte bien ne pas se contenter de cela. Il souhaite confirmer, et ce dès cette année.

Romain revient pour Vavel sur ses performances de la saison passée, ses objectifs à venir, mais aussi sur ses années perturbées par sa blessure au genou et ses ambitions à plus long terme. Entretien.

 

Vous reprenez la course le 14 février sur le Tour de Murcie ce qui est relativement tard par rapport à la majorité des coureurs, est-ce une manière de vous préserver pour la suite de la saison ?

C’est sûr que je reprends un peu plus tard que certains mais c’est aussi une bonne chose pour bien préparer mon début de saison et l’année en général. J’ai repris l’entrainement depuis début novembre donc  cela me permet d’avoir fait une préparation solide afin d’avoir de bonnes bases pour toute la saison.  Après, il n’y avait pas non plus énormément de courses, on est nombreux dans l’effectif donc il faut faire tourner tout le monde.

Vous venez de boucler votre première saison avec le Team Europcar, au vu de vos résultats notamment sur la Vuelta, le bilan est plus que positif.

 Oui bien sûr. J’arrivais dans l’équipe Europcar qui m’avait donné la chance de pouvoir continuer au plus haut niveau.  Je repartais de zéro donc il a fallu à nouveau tout prouver, s’adapter à un nouvel environnement donc pour ca, cela c’est très bien passé. Le groupe m’a également aidé à bien m’intégrer. D’un point de vue sportif, je suis satisfait car par rapport aux autres années j’ai quand même pu progresser et en plus avoir à nouveau des résultats, chose que je n’avais pu avoir depuis longtemps.

Votre blessure au niveau du genou vous ont longtemps pénalisé dans votre progression, estimez-vous être revenu à votre niveau de 2009, année durant laquelle vous aviez remporté entre autres le Tour de l’Avenir et le Championnat du Monde espoirs ?

Je n’ai pas vraiment envie de me comparer à 2009 ou avant mes blessures parce que cela m’a aussi fait évoluer, j’ai pris de l’expérience que ce soit physique ou mentale. Maintenant je suis un coureur différent, nouveau, donc je ne recherche pas le niveau de 2009 mais plutôt à  acquérir le meilleur niveau qu’il soit. Mon objectif reste surtout  de progresser d’année en année.

 

« Le Tour de France n’est pas du tout une obsession»

La progression passe en partie par la régularité, de ce côté-là vous avez su vous montrer à la hauteur en 2014.

C’est sûr qu’une des satisfactions de la saison passée a été ma régularité. Je me suis bien senti sur quasiment toutes les épreuves auxquelles j’ai participé. J’ai pu à nouveau être actif en  course et prendre les échappées, ce qui est aussi une marque de fabrique de l’équipe. Après, je reste conscient que je n’ai pas non plus fait de résultats exceptionnels. Vu d’où je viens, je suis content de ce que j’ai fait mais maintenant il faut continuer, travailler encore plus dur pour essayer de faire mieux.

Le Team Europcar n’a pas été reconduit en World Tour, l’équipe ne sera donc pas au départ du Tour d’Italie et reste dans l’attente d’une potentielle invitation sur la Vuelta, votre saison sera-t-elle donc axée sur le Tour de France ?

Le Tour de France n’est qu’en juillet. Au début, avec le staff on partait plus comme optique avec le Tour d’Italie si on était World Tour. Suite aux nouvelles, on s’est dit que ce sera plus le Tour de France, si bien sur je démontre que je suis prêt. Cependant, le Tour n’est pas du tout une obsession, c’est très loin, d’abord il y a un début de saison. Je pense que c’est important que moi mais aussi que toute l’équipe démarre bien l’année, il y a de belles courses donc il faut d’abord se concentrer sur ce début de saison et être très motivé.

Vous auriez pu espérer être à nouveau leader sur un grand tour cette saison si l’équipe était en World Tour, ce sera plus difficile en 2015, ne pensez donc vous pas être l’un des coureurs les plus pénalisé  par ce retour en Continentale Pro ?

Je ne me considère pas plus pénalisé qu’un autre. C’est sûr qu’être World Tour aurait garantit à tout l’effectif un calendrier des très grosses courses que l’on aurait pu planifier tout au long de la saison, permit à presque tout le monde de faire un grand tour. À ce niveau-là, c’est sûr que cela a été une déception mais si on regarde trois ans en arrière, l’équipe Europcar n’était pas World Tour et elle a très bien réussi sa saison, notamment au plus haut niveau sur le Tour de France. Il faut donc rester positif et ce sera l’occasion d’être présent sur toutes les courses dès le début de saison. C’est donc un mal pour un bien. Il faut prendre course après course et essayer d’être au mieux possible sur chacune d’entre elles.

Sur quelles courses serez vous aligné pour les prochaines semaines ?

Ca reste à concrétiser mais avec les directeurs sportifs j’ai un peu discuté de Paris-Nice éventuellement, mais ca reste une course sur laquelle il faut être au top donc il faut déjà voir quel va être le ressenti sur les premières courses, même si je sais que ca va être dur. Dans la foulée, l’équipe participera au Tour de Catalogne donc ce sera sûrement aussi ca. C’est à partir de là où il faudra essayer d’être vraiment compétitif.

 

« Je suis sur une phase ascendante »

Au vu de ce que vous avez démontré la saison dernière, occuperez-vous un rôle de leader sur certaines courses d’une semaine ?

Pour l’instant je n’ai pas encore les objectifs que l’équipe me fixera donc on va prendre épreuve par épreuve. Les toutes premières seront un petit peu dur parce que je manquerais de rythme. Après c’est sûr que les courses où je serais avec Pierre (Rolland), Thomas (Voeckler) ou même Cyril (Gautier) qui marche très fort en début de saison, je serais là avant tout pour les aider. Mais cela ne me dérange pas du tout, ca fait aussi partie de mon boulot. Dans l’optique du Tour ca peut aussi être intéressant de prendre des automatismes avec eux dès le début de saison.

Vous vous êtes rapproché des tous meilleurs en terminant 13ème de la Vuelta, estimez-vous pouvoir être encore plus proche d'eux sur un grand tour ?

L’année dernière j’ai pu voir sur la Vuelta que j’avais progressé et que je m’en étais un petit peu rapproché. Malgré tout, j’ai également pu constater qu’il y avait encore du travail et que pas mal de coureurs étaient encore au dessus du lot, tous les champions quoi. Mais je ne veux pas me fixer de limites. Je sais aussi que j’ai bossé dur pour atteindre le niveau que j’ai eu l’an dernier, notamment en fin de saison. J’espère le réatteindre, mais avant tout, l’objectif reste de progresser pour voir qu’au niveau de mon rendement physique je me suis rapproché des tous meilleurs sur certaines situations de courses.

À 27 ans, vous restez encore jeune pour un coureur cycliste, les raisons de croire en une progression sont quand même présentes.

J’ai envie de croire que je peux progresser. Il y a eu du négatif durant mes années de blessures mais aussi du positif. J’ai pris en expérience et cela m’a en quelque sorte permis de garder un peu de fraicheur pour maintenant. C’est sûr que je suis sur une phase ascendante et j’espère que cela va continuer. Je pense que ce sera le cas, du moins pour ces deux ou trois prochaines années. Après, dans le sport de haut niveau il faut que beaucoup de paramètres s’associent et que toutes les conditions soient réunies.

 

« Europcar m’a permis de relancer ma carrière»

Vos résultats de l’année dernière vous donnent une certaine légitimité au sein de l’équipe qui compte désormais sur vous, est-ce une nouvelle pression pour tenir votre rang ?

Je perçois plus cela comme une confiance que l’équipe me témoigne. L’année dernière elle m’a donné beaucoup de tranquillité pour que je retrouve du plaisir sur le vélo. Je sais que le staff me fait confiance donc c’est valorisant et motivant. Cela me permet de travailler avec un peu plus de sérénité que par le passé.

Le sponsor Europcar se retire à la fin de la saison, si l’équipe trouve un nouveau partenaire, envisagez-vous de poursuivre l’aventure avec cette structure, même en Continentale Pro ?

Il ne faut pas se mentir, Europcar m’a permis de relancer ma carrière et je leur en suis reconnaissant. Je suis très content de faire partit de ce groupe, que ce soit les coureurs ou tous les membres du staff il y a vraiment de la solidarité et une unité dans cette structure. Ce que je souhaite avant tout c’est qu’il y ait un sponsor pour l’an prochain et à l’heure actuelle mon attention est de continuer dans cette équipe. On en est pas encore à se demander si on sera World Tour, Continentale Pro ou Continentale. De toute façon, l’important reste le calendrier et pour le moment, en tout cas jusqu’au Tour on en a un super avec des invitations sur le Tour de Catalogne, Tirreno-Adriatico ce qui garantit déjà trois grosses courses en Mars avec Paris-Nice. On est également invité sur toutes les plus grandes courses en France, donc il va falloir bosser dur pour déjà être compétitif sur toutes ces courses là.