Lotta Schelin, « On reste des humains »

Lotta Schelin, internationale Suédoise, attaquante de l’Olympique Lyonnais, a accepté de répondre à quelques questions pour Vavel.

Lotta Schelin, « On reste des humains »
© Tarlet Meyline

Interview réalisée avec l'aide d'Audrey Marche.

C’est aux abords de la Plaine des jeux de Gerland que Lotta Schelin a répondu avec le sourire à nos questions.

Lotta Schelin a d’abord commencé à Göteborg où elle a évolué pendant sept ans (2001 – 2008) pour ensuite s’envoler à Lyon. Cela fait donc six ans que Schelin évolue sous les couleurs lyonnaises. Avec l’OL, elle a remporté six titres de championne de France, trois coupes de France, deux Ligues des Champions ainsi qu’une coupe du monde des clubs. (La Mobcast NDLR)

Lotta Schelin revient sur sa saison, parle des différences entre le foot en Suède et en France.                                                                                                                                           

A titre personnel, quel bilan tires-tu de cette saison ?

Je pense que cela a été un petit peu compliqué, après la Champion’s League, je pense qu’on a eu un coup de « moins bien ». On a continué à faire de bons matches, mais je pense que cette année on a quand même vu qu’il y avait un petit truc qui nous a manqué. Quoi ? Je ne sais pas…

La Champion’s League, c’est vraiment un gros objectif pour nous, on aime trop la jouer. C’est un titre qui est supérieur aux autres. On a étésuper déçues, mais on a continué et on est toujours en route pour le doublé (championnat et coupe de France NDLR), alors franchement ce n’est pas mal. Je pense que c’est très bien pour une saison dite « un peu moins bien ».

Ensuite, j’ai eu des blessures, à droite, à gauche. J’ai été malade deux fois, ce sont des trucs qui ne m’arrivent pas normalement. C’est un petit peu bizarre, mais des fois c’est comme ça. Le corps dit stop. Ça fait que je n’ai pas été trop régulière, je l’ai bien senti cette année. Je vais rebondir, je pense que c’est plus dans la tête, dans l’esprit.

« Ce qu’on a fait c’est extraordinaire, on ne peut pas oublier ça »

Avec le départ de Patrice Lair, cette élimination en 8e de finale de la Champion’s League, les médias ont beaucoup parlés de fin de cycle pour l’OL, qu’en est-il ?

C’est une fin de cycle dans le sens où on change d’entraîneur, c’est quelqu’un avec qui on a tout gagné. Mais on a groupe performant, avec beaucoup de qualités et on peut continuer comme avant. Quelque part, c’est bien que ça s’arrête pour renouveler des choses, pour rebondir en fait. Très franchement, je pense que je peux parler pour tout le monde, quand on évoque la Champion’s League, tout le monde a hâte d’y retourner, de la rejouer l’année prochaine. Je pense que quelque part, même si on ne veut jamais perdre, peut-être ça nous a fait du bien, dans le sens où on a « trop envie là maintenant ». On est motivés pour y retourner.

Presque tout le monde reste, on a un super groupe pour le faire, c’est bien d’avoir quelque chosede nouveau. Ce qu’on a fait c’est extraordinaire, on ne peut pas oublier ça,il faut chuter pour mieux repartir, on reste des humains après tout !

Ce qui veut dire que tu restes à Lyon ?

Oui, j’ai encore deux ans, comme je l’ai dit, on va repartir avec le club. Ça va me faire du bien.

D’ailleurs, la saison est bientôt finie et le mercato officieusement déjà lancé, t’arrives-t-il de te faire l’ambassadrice de l’OL auprès de tes compatriotes suédoises en vue d’un recrutement ?

Oui, bien sûr, mais après c’est le club qui décide. Tyresö, l’équipe qui joue la finale de la Champion’sLeague est en difficulté, cequi veut dire que presque toute l’équipe va partir, il y a beaucoup de bonnes joueuses là-bas, moi j’aimerais bien sûr, mais c’est le club qui va choisir le recrutement. Après je pense que peu de joueuses refuseraient de venir à Lyon.

Caroline Seger pourrait aller au PSG (la joueuse ayant des contacts avec le club de la capitale NDLR), serait-il possible qu’elle vienne à Lyon ?

Déjà, je ne sais pas si le club lui a parlé, quelque part c’est le club qui décide. Mais bien sûr, Seger c’est une super joueuse, c’est ma co-capitaine. Moi je l’aime bien, c’est une fille bien, qui fait rire, qui apporte quelque chose dans un groupe. Alors franchement, pour moi, il n’y a pas de souci, elle est la bienvenue.

«En France il y a beaucoup de moyens dans le foot »

 En parlant de la Suède, il y a-t-il de grosses différences entre le professionnalisme ici et là-bas ?

C’est différent parce qu’ici, en France, il y a beaucoup de moyens dans le foot. Si tous les gros clubs voulaient bien investir chez les filles, franchement, il y aurait toutes les possibilités ici.

On ne voit pas ça en Suède, ce ne sont pas les mêmes moyens, même pour les garçons. Et en Suède, les clubs masculins et féminins sont indépendants, c’est bien quelque part, car tout l’argent du club est pour elles.

A Lyon, c’est super bien, même si on est tributaire des résultats des garçons. En France, il y a beaucoup d’équipe qui ne sont pas comme nous, qui sont amateures et où les joueuses travaillent à côté. Après, en Suède, il y en a aussi beaucoup qui ne sont pas pros, mais qui s’entrainent six à dix fois par semaine. Ma sœur, par exemple (Camilla Schelin NDLR), elle joue en 4e division, elle s’entraîne trois fois par semaine et même plus des fois, c’est mieux en Suède, mais c’est une question de culture, de mentalité.

Justement, on cite souvent l’exemple de la Suède lorsqu’il est question d’exemplarité dans le foot féminin et le féminisme en général.

Rire. Oui, c’est sûr

« Ah oui, tu joues au foot ? »

Et est-ce que tu sens un changement de mentalité en France, surtout cette année ?

Oui, mais pas juste cette année.

La première saison (2008 NDLR), j’ai été étonnée parce que le foot féminin n’était pas du tout connu. Il y avait des gens qui me disaient « Ah oui, tu joues au foot ? » tout étonné. Pour moi, ça c’était trop bizarre, parce qu’en Suède il n’y pas personne qui te demande si tu joues au foot, parce que si tu es une fille et que fait du foot, il n’y pas de souci, c’est normal. Alors ça à commencer comme ça, jusqu’à ce qu’on gagne la Champion’s League. Nos résultats ont changé beaucoup de choses.

M. Aulas, a joué un grand rôle par rapport à ça. C’est un est pionnier. Il parle de nous dans un sens égal des garçons, même si ce n’est pas exactement pareil, mais quand même. Il essaye de montrer que la section féminine est très importante pour lui. Et je pense qu’il y gagne pour son image, pour celle du club et des jeunes, c’est super bien.

Alors oui, il y a beaucoup de trucs qui ont changé, à Lyon c’est bien, mais il faut que ça change partout.

Pour mettre en avant le foot féminin, Sonia Bompastor et Sabrina Delannoy ont donné le coup d’envoi de la finale de la coupe de la ligue. Ne serait-il pas plus judicieux, pour la promotion du foot féminin, de vous faire jouer en lever de rideau de ce genre de match ?

Ça a été fait en Suède pendant un petit moment. Je suis d’accord, ça pourrait être une bonne chose, mais en même temps, je ne sais pas si ce sont exactement les mêmes personnes qui vont aller à un match des garçons et à un match des filles. Les vrais supporters des garçons, je ne pense pas que ça soit notre public. Par exemple, je ne suis pas sûr que les Bad Gones viennent nous voir. Je pense qu’on pourrait avoir 15 000 de nos supporters à nous dans un stade plus petit que le Stade de France.

Je comprends la question, qui est dans le sens de promouvoir le foot féminin. Mais il y a beaucoup de différences entre le foot masculin et le foot féminin. Par exemple,en athlétisme, si tu t’attends à voir une fille sauter à 2m40, désolée, ça ne va pas être possible. Si tu es là et que tu attends ça, c’est mort.

C’est pareil avec le foot féminin, si tu es là et que tu penses que je vais courir à 36km/h, désolée, ça ne va pas être possible. Il faut changer sa façon de regarder le foot.

D’ailleurs, on ne voit ça que dans le foot, c’est dommage en fait. Je pense que c’est une question de regard, parce que quand tu vois vingt-deux filles sur un terrain, tu vois que ça va plus lentement, c’est flagrant.C’est compliqué, moi je fais des choses et j’essaye de convaincre depuis que je suis petite. Après il faut juste faire ton truc et voir s’il y a quelqu’un qui aime bien ou pas.

Sur un plan plus personnel, on a pu voir ta participation au spot d’incitation aux votes pour les élections européennes. Est-ce ça reflète de ton engagement social et politique ?

Rires.

C’est un bon souvenir… Olala… Il fallait le faire en deux minutes. Je n’avais même pas vu les paroles, ils m’ont donné le texte comme ça en français en plus, et ce n’est pas évident. (Elle redit son texte) « Pour que les libertés demeurent je ne sais pas quoi… libertés fondamentales demeurent » Moi j’étais là « hein ?! » Rires.

On n’a pas répété, ce n’était pas bon. On a tourné à TolaVologe (centre d’entrainement de l’OL NDLR). Franchement, j’aurais aimé avoir le texte avant, pour pouvoir répéter un peu.

Après moi, personnellement, je ne vais pas dire que je suis engagée dans un truc. Mais en général, je suis quelqu’un qui défend ses idées, vraiment. Notamment sur la question de la femme, au racisme, des choses qui me tiennent à cœur. En Suède, on a un parti avec des idées que je n’aime pas trop, je ne vais pas le cacher. Je m’appuie sur mes valeurs et quand je trouve que quelque chose n’est pas bon, je n’ai pas peur de le dire.

Dans un second temps, on a pu également voir que la chaîne suédoise, SVT Sport, a annoncé que tu seras consultante pour la Coupe du Monde au Brésil, c’est une envie de ta part ou tu as saisi une opportunité ? A long terme est-ce une reconversion possible ?

Je ne sais pas, en fait, j’ai déjà participé quelquefois sur d’autres compétitions, j’intervenais depuis les studios. Ils ont toujours été contents de mon travail. Là, ils sont venus me parler assez rapidement, il y a un moment, pour voir si je voulais venir. Ils me voulaient avec le sélectionneur des garçons (Erik Hamrén). Moi, je voulais réfléchir un peu, comme c’est au Brésil il faut rester longtemps. Mais je pense que c’est intéressant, alors je vais rester deux semaines là-bas.

J’aime beaucoup faire ça, alors je vais juste rester moi-même et je vais parler foot. Je vais être là-bas pour sentir l’ambiance et pour moi, c’est un honneur.

Mais je ne vais pas commenter les matches, parce que pour ça, il faut de l’expérience. J’interviendrai dans le studio avant et après les matches et dans des émissions plus tard le soir.

Et puis ça me fera des vacances, même si j’y vais pour travailler, ça va être un truc sympa !