France, théâtre de la malédiction des nouveaux stades ?

DOSSIER DE FIN DE SAISON- Valenciennes a joué ce Samedi son dernier match de la saison au flambant neuf Stade du Hainaut. Son premier dans la peau d’un condamné à la ligue 2 pour l’exercice 2014/2015 et surement le dernier en Ligue 1 avant un bon bout de temps, à l’instar de ses homologues manceaux et grenoblois. Muc 72, Grenoble Foot 38 et aujourd’hui donc le VAFC. Vus de la sorte, ces trois sigles semblent insignifiants. Toutefois, malgré leurs disparités géographiques, Le Mans, Grenoble et aujourd’hui Valenciennes entretiennent un lien peu enviable : celui de la descente en deuxième division souvent suivie d’effets dramatiques pour la pérennité du club. Analyse et retour sur trois clubs à la base destinés à durer dans les hautes sphères nationales et plongés aujourd’hui en plein précipice.

France, théâtre de la malédiction des nouveaux stades ?
France, théâtre de la malédiction des nouveaux stades ?

La MMArena, zéro matchs, zéro blabla

Nous allons parler d’un stade devenu aujourd’hui quasiment fantôme. Une enceinte pouvant accueillir plus de 25 000 personnes et qui a coûté plus de 100 millions d’euros. Construit sur le principe du Naming (procédé consistant à donner le nom du stade à une firme qui participe à son financement, comme l’Emirates Stadium pour Arsenal), la MMArena peut se targuer d’être l’une des instigatrices de ce système, et en a inspiré d’autres dans l’hexagone, notamment Nice avec son Allianz Riviera. Ce stade a heureusement l’atout d’être multi-fonctionnel. Inauguré en 2011, l’antre permet d’organiser des concerts ou encore accueillir des séminaires d’entreprise dans les loges flambantes neuves. Il est vrai que l’utilité sportive est presque reléguée au second plan, lorsque nous connaissons la trajectoire du club sarthois dans ce domaine. Les travaux ayant commencé en 2008, soit trois ans après la remontée du club en 2005, qui se voyait jouer un rôle considérable dans le championnat à travers la création de ce stade.

Cependant, vouloir être propriétaire de son propre stade nécessite pour un club de conjuguer une maîtrise encore plus surveillée des dépenses tout en parvenant à maintenir les résultats, sous peine de plomber la trésorerie et les réserves d’un club qui ne possède pas des bases solides en termes d’investissement. Le club était en effet principalement tributaires des injections financières d’Henri Legarda, à l’instar de Jean Raymond Legrand président du VAFC et dont nous aurons le temps de revenir plus longuement dans notre article. Mais Le Mans, contrairement à un club comme Arsenal qui a réussi à se maintenir dans le Big Four, (et à sortir des éléments anglais du centre de formation et ce à l’orée du Fair Play Financier de l’UEFA) a connu une bérézina sportive au moment le moins opportun. On le sait, comme dans le monde de l’entreprenariat, les premières années suivant la création d’un stade sont les plus importantes. Mais Le Mans sera à la surprise générale relégué en deuxième division à l’issue de l’exercice 2009/2010. L’inauguration du stade se fera donc le 29 Janvier 2011 face à l’AC Ajaccio en…Ligue 2. Cette saison restera cruelle pour Le Mans (qui sera rebaptisé Le Mans FC dans une volonté d’attractivité) qui finira à l’issue de cette saison 4e au pied du podium synonyme d’accessit à la Ligue 1, après 23 journées passées dans la peau du promu. Et ce à cause de la différence de buts (+15 pour Dijon contre…+11 pour Le Mans). Le club de la Sarthe a sans le savoir laissé passer l’unique wagon qui aurait permis de le redresser. Surtout que le club a abandonné le point qui aurait suffi à son bonheur face à Vannes lors de l’avant dernière journée (4-3).

Nous savons que la Ligue 2 est un championnat parfois jugé par les acteurs plus compliqué que la Ligue 1 par la primauté donné au physique et par la difficulté à mettre en place les schémas tactiques. Demandez à Nantes, et sauf catastrophe à Lens qui ont peiné pour retrouver l’élite. La première saison suivant la relégation est souvent cruciale pour un club, car l’enlisement dans l’antichambre est une réalité. La saison qui suit, Le Mans jouera jusqu’au bout avec la peur, en finissant 17e malgré un budget avoisinant les 20 Millions d’Euros. La saison 2012-2013 sera celle de l’inexorable chute d’un club qui rêvait de s’offrir les moyens de ses ambitions. Budget divisé par deux (11M), changement d’entraîneur en cours de saison en faisant appel à la légende maison Beunardeau (recordman avec plus de 500 matchs joués pour le club entre 1985 et 1999) pour sauver la maison mancelle. Mais le cycle d’auto destruction du club va atteindre son point culminant : 18e place et relégation en National. En principe. Car la fin du film d’horreur réserve encore bien des surprises. Le gendarme financier du football français, la DNCG (Direction Nationale du Contrôle de Gestion) avait le club dans le collimateur en donnant des signes avant-coureurs (encadrement de la masse salariale fin 2011) entrainant le départ des cadres susceptibles de faire remonter le club (Corchia, Helstad). Le club enregistrera une dette record de près de 15 Millions d’euros et la liquidation judiciaire sera l’issue inévitable d’un club qui déposera le bilan pour repartir en…Division d’Honneur régionale du Maine. Fuite des joueurs pros et nouveau départ au sixième échelon avec un effectif amateur. La MMArena prévue par Henri Legarda pour offrir une vitrine à sa formation et susciter l’attrait d’investisseurs que l’on attend toujours, n’a plus de club résident. Elle survit heureusement grâce à son caractère ergonomique et aux multiples évènements que l’enceinte permet d’effectuer mais lutte pour diversifier ses revenus. Le stade accueillera la finale de la coupe de France féminine le 7 Juin. Le club joue au sixième échelon, amateur, et lutte pour remonter en CFA 2 (le Mans FC est troisième avec 65 points, à 4 points du leader à trois journées de la fin). Seule la première place est synonyme de montée. Le club joue ses matchs à domicile dans le stade du Clos Fleuri à Mulsanne à quelques encablures de la MMArena qui n’accueille plus le Mans faute de rentabilité. Il est loin le temps où Henri Legarda lors de l’inauguration entendait faire rentrer son club dans « les cinquante meilleurs clubs européens d’ici sept ans ». Espérons déjà qu’il parviendra à revenir d’ici quelques années à réintégrer son club dans le top 50 français. Le pari sera déjà réussi à moitié. MMarena, enceinte éponyme des Mutuelles du Mans Assurances qui avait pour slogan « Zéro Tracas Zéro Blabla » a elle aussi fortement pâtit de l’image à laquelle elle est associée. Economique et Sport sont intiment liés, c’est un fait. Là aussi le slogan réussit à moitié son pari car il y a vraiment actuellement « Zéro blabla » autour de ce stade. Mais pour le « Zéro Tracas » nous repasserons, surtout lorsque l’on sait que la liquidation du club a entrainé le licenciement de 30 salariés du club. Il se murmurerait même que le stade recevrait le probable promu Caen lors des premières journées de la saison prochaine de Ligue 1, car d’Ornano accueillera les Jeux Equestres durant cet été.

"Je rêve toujours de voir Le Mans FC faire partie des 50 meilleurs clubs européens dans sept ans. " Henri Legarda, ex président du Mans, le 30 Janvier 2011

                                                                                   


Du Hainaut à la haine il n’y a qu’un pas

Pour Valenciennes, défait donc pour sa dernière sortie au Stade Du Hainaut par le dauphin Monaco (1-2), l’histoire est pour le moment sensiblement différente. Le stade a été inauguré durant l’été 2011 lors d’un match amical de prestige face au Borussia Dortmund. La saison 2011-2012 fût la première dans ce nouveau stade de 25 000 places succédant au vieillissant Nungesser, théâtre de la montée du club au premier échelon national lors de la saison 2006-2007. Trois saisons dans l’élite au sein du nouveau stade donc, avant la récente relégation plutôt surprise d’un club habitué à truster les places du ventre mou avec des maintiens plutôt aisés. Après la saison de la remontée et un maintien in extremis (17e place à la fin de l’exercice 2006-2007), le club anciennement détenu par Francis Decourrière a toujours oscillé entre la 10e et la 13e place. Le nouveau stade comme pour tout club, s’inscrivait dans une perspective structurelle au sein de l’élite. Mais il faut croire que la malédiction des nouveaux stades est un mal français.

L’effectif valenciennois n’était surement pas condamné à terminer à l’avant dernière place. Surtout avec le 12e budget du championnat (32M d’Euros). Cependant, tous les éléments de la saison cauchemar se sont imbriqués les uns aux autres avec certaines similitudes que celles du Mans : départ d’éléments clés (Danic et ses 11 passes décisives la saison dernière, Aboubakar), le sérial buteur Pujol en panne (17 buts lors de l’exercice 2010-2011). Ajoutez à cela des recrues défaillantes : Melikson et ses 4 buts et 4 passes décisives en une saison et demie ou encore Bahebeck fraichement titré champion du monde des moins de 20 ans et ses 2 petits buts cette saison. Nous pouvons ajouter dans le secteur défensif Gary Kagelmacher et sa fébrilité dans le un contre un. La bonne pioche d’Abdul Majeed Waris et ses 9 buts claqués en deuxième partie de championnat est arrivée trop tard. Le début de saison catastrophique (4 points en 9 journées) débouchant sur le limogeage de Daniel Sanchez au profit du rigoureux Ariel Jacobs annonçait une saison galère. Pourtant si nous prenions en compte que les 20 premiers matchs disputés sous l’ère Jacobs (entre la 10e et la 29e Journée), le VAFC aurait été classé 12e avec 24 points pris (28 au total à ce moment de la saison) .Soit une moyenne d’1.2 point/match, cadence suffisante pour atteindre le maintien si le club avait tourné autour de cette moyenne dès le début du championnat. Mais le club a craqué dans le money time, en prenant un seul point entre la 29e et la 37e journée. Le point d’inflexion a eu lieu le soir de la 30e journée face au bonnet d’âne Ajaccio déjà quasiment condamné. Menant au score 2-1 à la 87e minute, Valenciennes perdra finalement le match 2-3 au bout des arrêts de jeu et manquera l’unique occasion de sortir de la zone rouge, et ce pour la première fois depuis la 5e journée.

Encore une fois la relégation sportive s’accompagne d’une plausible relégation financière. Le club accuse un déficit d’environ 8 Millions d’euros et la DNCG menace une nouvelle fois la relégation administrative si un projet de reprise de la part d’investisseurs ne voit pas le jour. Fragilité encore plus tangible dans la teneur des propos de Jean Raymond Legrand, qui a investi 13 Millions d’Euros de sa poche pour renflouer les caisses du club et qui n’entend pas mettre en péril sa situation personnelle. Il déclare « ne pas vouloir se mettre sur la paille pour un club de foot (…) J’ai une vie de famille et je ne peux pas liquider tous mes biens pour les mettre dans le foot. Il faut trouver des gens qui viennent aider le club. La porte est grande ouverte ». Une question éludée peut rester aussi en suspens pour notre thématique : le prêt contracté à hauteur de 14 Millions d’Euros par le club pour le financement du stade a-t-il été remboursé dans son intégralité ou est-il à mettre dans le passif du club endetté ? Toutefois, l’actuel président se montre rassurant en déclarant « préparer un plan B en cherchant des solutions pour redémarrer en Ligue 2. ». Quoi qu’il advienne, nous pouvons nous attendre, sauf arrivée d’un très riche investisseur, à une cure d’austérité pour ce club, qui va dégraisser l’effectif de ses gros salaires et préparer la saison prochaine (normalement en ligue 2) dans un climat complexe. Le Hainaut sera un poids supplémentaire, car nous savons qu’un stade résolument moderne n’est pas adapté à la Ligue 2, en termes de rentabilité pour une enceinte qui risque de sonner creux les mois à venir. Problématique inversée donc : Nungesser était jugé comme un obstacle à la croissance du club car trop obsolète pour la ligue 1. En attendant, la situation reste alarmante et un climat de haine s’est installé. La situation est très tendue entre supporters et joueurs, comme en témoigne les récentes altercations (Bahebeck et un groupe de supporters très remonté ou encore Dossevi fortement conspué à l’issue de la claque prise face à Nantes (2-6). L’été 2014 sera décisif pour un club à qui l’on espère de rester dans le giron professionnel et de ne pas connaitre l’actuel sort de son voisin manceau, à quelques centaines de kilomètres de là.

"J’ai fait beaucoup pour ce club qui aurait dû être rétrogradé il y a quelques années si je n’avais pas investi de l’argent. J’ai sauvé Valenciennes plusieurs années et je ne le laisserai pas tomber comme ça mais il faut que des investisseurs se bougent le cul aujourd’hui."  Jean Raymond Legrand, Président du VAFC, le 22 Avril 2014

36e Journée. Défaite face à Bordeaux (0-1) et relegation dans un climat hostile entre joueurs et supporters

Grenoble, de l’Isère à la misère

Grenoble Foot 38, même cas de figure, seule la ville change. Pourtant c’est surement de nos trois clubs scrutés à la loupe, celui pour lequel l’évolution a été la plus brutale. Le club a dégringolé à la même vitesse avec laquelle il a gravi les échelons. A la fin du siècle dernier, le club a plutôt oscillé dans la sphère amateur, entre le National et la CFA. Le club accède à la deuxième division en 2001, et parvient à se pérenniser au deuxième échelon national. Mais en Novembre 2004, le club change de cap : un holding japonais, INDEX Corporation, (filiale de Sega) spécialisé dans les télécommunications devient l’actionnaire majoritaire du club. Projet qui sera incarné par le numéro 3 de la firme, Kazutoshi Watanabe qui veut donner un nouvel élan à la ville. Mais la réalité est celle d’une volonté de pénétrer le marché français et selon les dires du dirigeant nippon, donner une autre image de la France aux Japonais. De profonds changements vont s’établir avec l’idée de construire un nouveau stade. Le stade résident Lesdiguières étant devenu trop vieillissant et partagé avec le club de Rugby de la ville, rendant la pelouse désastreuse les soirs de match. Les travaux débuteront en 2005 et dureront trois ans. L’enceinte sera baptisée « Stade Des Alpes » et sa capacité est portée à près de 20 000 places. Le nom est directement inspiré de l’ancienne bâtisse turinoise du « Stadio Delle Alpi » situé de l’autre côté des Alpes. Le match inaugural aura lieu le 15 Février 2008 pour le compte de la 24e Journée de Ligue 2. Grenoble pointe à la septième place, à 7 points du podium. Le baptême du feu se soldera par un succès 2-0  face à Clermont devant près de 20 000 spectateurs.

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’arrivée de l’antre grenobloise fera office de véritable coup de fouet pour l’équipe entraînée par Bazdarevic. Ils n’y perdront aucun match durant la fin de saison, enchaînant 5 victoires et 2 nuls en 7 matchs. C’est sur cette base solide que les joueurs de l’Isère vont s’appuyer pour finir leur saison en boulet de canon et arracher leur troisième place synonyme de montée en Ligue 1. Pour sa première saison dans l’élite depuis la saison 1962/1963, le GF38 finira à une honorable 13e place et un maintien acquis aisément. La base de cette probante saison sera la défense, 7e de l’exercice, avec 37 buts encaissés. La saison qui suit sera celle de la débâcle avec une 20e place et 23 petits points pris, dont 17 au Stade Des Alpes. Les douze défaites lors des douze premières sorties auront pesé lourd. Retour à Ligue 2 avec la perte de tous les cadres (Feghouli à Valence, Romao à Lorient, Ljuboja à Nice ou encore Battles à Saint-Etienne). Seul élément d’expérience à rester pour cette saison dans le purgatoire, le meilleur buteur de l’histoire du club Nassim Akrour. Le début de saison commence comme la fin de la précédente : le club est dernier à la trêve avec 15 points. Avec un maintien à 45 points et une deuxième partie de saison quasi identique, le GF38 finira lanterne rouge et descendra en National à l’issue de la saison. Mais le déficit de près de 3 Millions d’euros obligera INDEX Corporation à déposer le bilan, face à l’incapacité d’éponger la dette. Le club repartira donc en CFA, face à l’impossibilité de retrouver des repreneurs voulant gérer le club. 19 employés administratifs seront sur le carreau. La décision du liquidateur judiciaire sera même plus catégorique, avec la rétrogradation en CFA 2 (5e échelon). Le club perd son statut professionnel et les joueurs de l’effectif sont donc libres sur le marché et certains sont aujourd’hui bien lotis. Nous pouvons penser à Saphir Taider, aujourd’hui à l’Inter Milan et qui disputera la coupe du monde avec les Fennecs de l’Algérie.

Le club est depuis remonté en CFA après avoir survolé la saison de CFA 2. Classé aujourd’hui 3e du Groupe C de CFA, à 5 points du leader à 4 journée de la fin mais avec un match en retard, Grenoble n’a pas totalement dit adieu à retrouver le milieu semi-professionnel et le National pour la saison prochaine. Le club joue lui toujours dans son nouveau stade, dernier relique d’une gloire aussi fulgurante que rapide. Autre moment de gloire connu par ce stade : la réception de l’équipe de France en match amical face à l’Equateur (2-0) peu avant l’Euro 2008. Match qui a vu l’attaquant star de la ville voisine de Saint Etienne Bafé Gomis inscrire un doublé pour sa première sélection. Grenoble restera le premier club français de l’histoire à avoir eu un groupe d’investisseurs étrangers à sa tête. Pour le meilleur et pour le pire, à l’instar de ses deux compagnons de route Valenciennois et Manceau.

 

Mai 2013. 7000 supporters au Stade des Alpes pour un match de...CFA entre deux anciennes gloires du football francais: Grenoble et Strasbourg.

Un nouveau stade n'est pas forcément synonyme de nouvelle dimension, il suffit de regarder cette saison avec Nice et son Allianz Riviera qui évite un 38e match couperet à la faveur de la confrontation directe entre Sochaux et Evian.