Luzenac, ce club dont personne ne veut

Si on pensait que le foot business n'occupait pas une place primordiale dans le foot actuel, on vient de se tromper catégoriquement. Après avoir refusé l'accession en Ligue 2 à Luzenac, les instances du football français ont refusé cette fois au club Ariégois de retourner en National. Le club est donc amené à disparaître, et on peut se poser d'énormes questions sur la santé actuelle du football français.

Luzenac, ce club dont personne ne veut
Frédéric Thiriez, président de la LFP.

"L'histoire s'arrête là" a confié Fabien Barthez à des journalistes de L'Equipe, et le club de Luzenac n'est plus. Refusant de repartir en CFA2, Jérôme Ducros et Fabien Barthez ont décidé d'arrêter d'écrire l'histoire chaotique du club ariégois. Le club va maintenant devoir repartir en DRH, où évolue l'équipe réserve. Une histoire réellement étrange, et vraiment triste pour tous ceux qui ont cru en cette équipe, pour le staff et les joueurs, qui se retrouvent maintenant au chômage, et pour l'Ariège, pourtant pas une région de football, et qui avait une chance de voir un club professionnel. 

Le bilan de Frédéric Thiriez à la tête de la Ligue de Football Professionnel (LFP) était déjà discutable. De part le coefficient UEFA, tiré vers le bas depuis trop longtemps, et maintenant avec la gestion du "cas Luzenac". Montrant clairement sa préférance envers les clubs plus riches, les incohérences sont nombreuses et le LAP va maintenant disparaître. Disparaître d'un football français où les finances sont prioritaires sur le mérite sportif, et où l'argent devient au centre des discussions. 

Aujourd'hui, si de nombreux amoureux du ballon rond réclament la démission de Frédéric Thiriez (les groupes ultras très souvent), c'est souvent pour cette raison. Ce côté antipathique qui semble plutôt juger les clubs sur leur budget que sur leur fond de jeu. La LFP comme la FFF, tous aussi coupables les uns que les autres dans la mise à mort du club ariégois, ont refusé tour à tour la Ligue 2 puis même le National au club de Luzenac. La commune de 500 habitants, petit poucet et belle histoire du football français, a été anéantie par la simple volonté des instances d'un football français fragile, et maintenant décevant. 

Ernest Wallon, un stade si peu fiable ?

Au début, si le club ariégois n'a pas été autorisé à monter dans le championnat de Ligue 2, c'est à cause du stade, jugé insuffisant. Sachant que le terrain de jeu du Stade Toulousain, accueillant des demi-finales de H-Cup de Rugby, est un des stades les plus connus dans le monde du Rugby, on peut se demander pourquoi l'accession de Luzenac a été invalidée. Nul doute que l'affluence maximale d'Ernest Wallon, atteinte lors des matchs de Toulouse (sans aucun problème) n'aurait pas été atteinte pour des matchs du LAP en Ligue 2, et que les hooligans ariégois n'auraient pas cassé le stade tels des croates ou des serbes. Pour autant, le petit poucet n'a jamais été accepté à l'échelon supérieur, alors que des accords étaient trouvés en cas d'accession, sur la mise en place de caméras de surveillance...ce que la LFP voulait. Une histoire de stade donc étonnante surtout quand on connait les délais donnés notamment au V.O.C (Vannes Olympique Club) pour finaliser la Rabine lors de sa montée en Ligue 2. Deux poids, deux mesures. 

Quasi-aucun soutien de club pro

Etonnamment, aucun club professionnel n'est venu à la rescousse du LAP. Sauf Bastia(*)exemplaire mais pas suivi, dénonçant à juste titre les incohérences de la Ligue de Football Professionnel. Esseulés et mal vus de la Ligue, les Ariégois avaient déjà une épine impossible à retirer dans leur pied. Alors que Jean-Michel Aulas ou encore d'autres présidents comme Loïc Fery ont apporté leur soutien au RC Lens, aujourd'hui reproché de n'avoir pas fourni les quatre millions nécessaires pour combler les problèmes financiers du club, et étant donc en faute. La LFP ne s'est pas pressée pour réintégrer le FC Sochaux-Montbéliard en Ligue 1, chose pourtant faite pour Chateauroux, club affilié du Paris Saint-Germain.

"Impitoyable avec les faibles, complaisants avec les puissants, les bons comptes font les bons amis"

(*) Extraits du communiqué du SCB à propos du cas Luzenac : "Le SCB ne peut s’empêcher de constater le soutien à géométrie variable de nombreux présidents de clubs. Impitoyables avec les faibles, complaisants avec les puissants, les bons comptes font les bons amis.",  "Par ailleurs, la problématique d’infrastructures qui sert aujourd’hui de prétexte pour empêcher Luzenac de récolter les fruits d’une accession acquise de haute lutte", "Enfin, on ne peut qu’être étonné de l’attitude de la LFP qui applique ses règlements selon les dossiers dont elle est saisie", "Pour toutes ces raisons, et parce que notre club s’est toujours élevé contre les injustices, nous tenons à apporter notre entier et amical soutien au club de Luzenac et à ses supporters dont on vient, en une seule réunion entre puissants, de ruiner des entières années de travail ainsi que toute possibilité de faire prospérer le sport de haut niveau dans leur microrégion." Un communiqué qui ne peut qu'être approuvé par les amateurs de football. 

Un foot seulement à caractère financier ?

Comme le dénonçait Christian Gourcuff il y a maintenant un an, le football se transforme uniquement en business, où l'on parle droits TV et revenus au lieu de redoublements de passes ou encore de qualité de jeu. Luzenac en fait aujourd'hui les frais, dans une ligue où on ne veut pas une division par 21 des Droits TV (cf. président de Tours), et où on ne veut pas d'un petit club sans grands moyens. Un football français qui ne s'améliore pas, en haut ou en bas, avec un coefficient UEFA dans les abysses et une cohérence qui commence à le rejoindre. Un football français où il semble très compliqué pour un club amateur de passer la barrière qui mène au football professionnel. Un football français où les performances sportives passent au-dessous des intérêts financiers et de la réputation des clubs. Un football français où le président lui-même parle plus d'argent que de football, et dont le bilan est plus que discutable. Au final, un football français détestable, où Luzenac n'aura pas pu s'imposer. Ce n'est que dommageable pour la France, qui va vite devenir la risée de l'Europe, autant pour sa DNCG que pour ses résultats européens. Une histoire vraiment ridicule qui risque d'écorner l'image d'un football français qui n'a pas besoin de ça...