Coupe d'Europe : privilège ou fardeau ?

Cette saison, cinq formations françaises sont (ou étaient) engagées dans une phase de poules sur la scène continentale, soit un quart du plateau de Ligue 1. Au-delà des difficultés variables de leur groupe, il faut déterminer l'impact de ce calendrier dantesque sur les performances de ces équipes, dont les ambitions sont bien différentes.

Coupe d'Europe : privilège ou fardeau ?
La Ligue des Champions et la Ligue Europa, deux fondamentaux du football sur Vieux Continent

Ligue des Champions

Le Paris Saint-Germain, figure de proue d'un championnat en pleine évolution, est aujourd'hui, malgré un budget plus qui serait amplement qualifiable de pharaonique, confronté à des problèmes d'effectif, le sien ne semblant pas être de taille à lutter pour la victoire sur les deux tableaux. Pourtant, jusqu'au mois de décembre, les semaines chargées n'étaient pas un problème pour le club de la capitale, qui affichait un bilan de trois victoires pour deux nuls lors des rencontres qui suivaient une opposition continentale. Mais après la défaite au Camp Nou ( 3-1 ), sa première de la saison, et ce toutes compétitions confondues, l'équipe de Laurent Blanc a perdu confiance, s'inclinant également à Guingamp ( 1-0 ).

Si l'on ajoute à ces deux défaites consécutives les envies d'ailleurs d'Ezequiel Lavezzi, d'Edinson Cavani, d'Adrien Rabiot et de Clément Chantôme, la situation du club d'Al-Khelaïfi est bel et bien préoccupante, d'autant que le PSG n'est ni premier, ni deuxième, ni même troisième, mais accroché à une quatrième place à laquelle personne ne s'attendait. Même les joueurs soulignent le "laxisme" de leur entraîneur, et la charnière Silva-Luiz ne tient pas encore toutes ses promesses ( neuf buts encaissés en huit rencontres ). Il faut donc trouver un équilibre au plus vite du côté du Parc des Princes, si l'on veut garnir la vitrine d'au mois un trophée supplémentaire. Le talent est là, preuve en est de la qualification pour les huitièmes de finales de la Ligue des Champions, d'un siège confortable au sein du "Big Four" de Ligue 1, et de deux rencontres bouclées sans forcer en Coupe de la Ligue ( 1-3 à Ajaccio) et en Coupe de France                   ( 0-3 à Montpellier ). Il reste maintenant à cibler les priorités.

De son côté, l'AS Monaco est dans une situation paradoxale. En Ligue 1, le club de la Principauté est rarement maître de son sujet, mais pointe à une cinquième place, arrachée juste avant la trêve grâce à une série de quatre victoires consécutives. En Ligue des Champions, en revanche, le bilan est positif, et ce malgré une animation offensive assez triste ( quatre buts marqués en six rencontres,                   aucun par un attaquant ), l'équipe s'appuyant sur un bloc défensif en béton armé ( un but encaissé,           meilleure défense de la compétition ), et cette stratégie lui a même permis de souffler la première place du groupe au Bayer Leverkusen ! 

La formation de Leonardo Jardim, qui doit maintenant composer avec un groupe diminué au vu des ambitions affichées, a donc tiré son épingle du jeu lors de cette première moitié d'exercice, mais devra lutter pour une nouvelle qualification en Coupe d'Europe. Si Layvin Kurzawa, courtisé par Manchester City, revient de blessure plus fort qu'auparavant, et si Lacina Traoré parvient enfin à prendre le dessus sur les défenses adverses, l'ASM pourra rêver d'une deuxième moitié de saison garnie de succès. Toutefois, à l'instar du PSG, il faudra définir les objectifs avec précision, étant donné que le club est encore en course en Coupe de la Ligue, après sa qualification à Lyon, et en Coupe de France, suite à la victoire obtenue à Nîmes ( 0-2 ).

Ligue Europa

Le LOSC, surprenant troisième de l'exercice précédent, est aujourd'hui en pleine crise sportive. Doublement battu par Porto lors du troisième tour préliminaire de Ligue des Champions ( 0-1 au Grand Stade, puis 2-0 à l'extérieur ), après avoir éliminé le Grasshopper Zurich ( 0-2 à l'extérieur, puis 1-1 au Grand Stade ), le club nordiste est tombé dans un groupe de Ligue Europa très relevé, en compagnie de Wolfsburg, d'Everton, et du FK Krasnodar. Au final, quatre partages des points, et deux défaites. Lille n'avait vraiment pas sa place en Europe. En Ligue 1, la situation est également déplorable, avec une onzième place précaire, à cinq points de la zone rouge, et un bilan d'une victoire, un nul et quatre défaites suite aux rencontres de phase de poule continentale.

Ce qu'il manque aux Dogues, c'est un attaquant, un vrai, et leur erreur aura peut-être été de vendre Salomon Kalou, dont le rendement leur était, quoi que l'on puisse en dire, bénéfique. Aujourd'hui, le LOSC possède la pire attaque du championnat, ayant marqué moins de buts que le seul Alexandre Lacazette ! Nolan Roux est transparent, Michael Frey est maladroit, Ryan Mendes est fragile, Ronny Rodelin est lent, et Divock Origi est fainéant. Un bien triste bilan. Mais il suffirait que René Girard trouve un véritable leader offensif, capable de gagner des rencontres à lui tout seul, et Lille pourrait enfin redresser la tête en     Ligue 1, et rêver d'un joli parcours en Coupe de la Ligue, suite à la qualification obtenue à Bordeaux.

L'ASSE, après avoir franchi avec succès le troisième tour préliminaire de Ligue Europa, face à Karabükspor, est tombé dans un groupe qui semblait à sa portée, mais n'a pu en sortir, terminant même à la dernière place, après cinq partages des points et une défaite. Aucune victoire, une véritable désillusion pour le club, qui a fait preuve de courage, mais a manqué de réalisme pour triompher de l'Inter Milan, de Dnipropetrovsk, ou encore de Qarabag. En revanche, ces rencontres auront été plutôt bénéfiques sur les oppositions nationales qui suivaient, dont le bilan est de trois victoires, deux nuls et une défaite. D'ailleurs, en Ligue 1, les Stéphanois n'en finissent plus de surprendre. Après deux premiers mois mitigés, marqués par un naufrage sur le terrain du Paris Saint-Germain ( 5-0 ), les Verts se sont repris, et profitent maintenant sur une série d'invincibilité qui s'étend sur onze rencontres de championnat ( sept victoires pour quatre nuls ).

Mais s'ils en sont là aujourd'hui, c'est en particulier grâce à leur défense, et à la force de caractère de Stéphane Ruffier. Moqué après sa boulette au Parc des Princes, l'international tricolore vient d'enchaîner 713 minutes sans prendre de buts en Ligue 1, et multiplie les parades phénoménales, permettant à son équipe de rester dans le coup. Il faut aussi souligner le talent de la charnière stéphanoise, qui se base sur trois joueurs, capables d'évoluer ensemble, ou à tour de rôle, à savoir Florentin Pogba, Loïc Perrin, Moussa Bayal Sall, qui permettent à l'ASSE d'être la meilleure défense du championnat, avec treize buts encaissés en vingt rencontres. Cependant, étant encore en course sur trois tableaux, après la qualification aux dépens de Nancy en Coupe de France, et la victoire à Lorient en Coupe de la Ligue ( 0-1 ), l'équipe entraînée par Christophe Galtier devra jouer des coudes pour conserver sa place sur le podium.

Enfin, il nous faut parler de la surprise, qui se présente sous la forme d'un club qui devrait jouer le maintien, et qui devrait souffrir en Coupe d'Europe, où il n'a pas sa place. C'est ce que beaucoup pensaient de l'En Avant de Guingamp, raillé malgré sa victoire lors de l'édition 2014 de la Coupe de France, et envoyé en Ligue 2 par ces mêmes critiques. Et pourtant, aujourd'hui, le club entraîné par Jocelyn Gourvennec est en seizièmes de finale de Ligue Europa, après être sorti d'un groupe homogène, aux dépens du Dinamo Minsk et du PAOK Thessalonique, derrière la Fiorentina. Pour ce qui est du championnat, bien que les rencontres suivant ces affrontements continentaux aient rarement été bénéfiques aux Armoricains ( une victoire pour cinq défaites, dont un cuisant 2-7 face à Nice ), ils se sont repris, et, restant, sur une série d'invincibilité de cinq rencontres, dont quatre victoires, ils s'accrochent maintenant à une belle treizième place.

Porté par un duo d'attaque de feu, composé de Claudio Beauvue, un joueur monstrueusement adroit de la tête, en dépit de son mètre 75, et de Christophe Mandanne, un renard des surfaces au sens du but aiguisé, Guingamp se prend à rêver. Bien qu'étant l'une des seules équipes à persévérer dans l'utilisation du 4-4-2 classique, l'EAG ne change pas sa marque de fabrique, et aurait bien tort de le faire. D'autant que la deuxième partie de cet exercice sera très chargée, car le club est encore en course en Coupe de la Ligue, après sa victoire à Arles-Avignon ( 1-3 ), et son succès sur le terrain de Dinan-Léhon ( 0-2 ). Une chose est sûre : on n'aura pas le temps de s'ennuyer en Bretagne.