FC Lorient, opération maintien

Encore battu sur sa pelouse ce samedi par une équipe rennaise opportuniste et réaliste, le FC Lorient se trouve dans une position plus que délicate pour aborder les sept dernières journées. Que se passe-t-il chez les Merlus ? Décryptage.

FC Lorient, opération maintien
Romain Philippoteaux, symbole d'une équipe manquant d'audace. Crédit : Le Télégramme

A Lorient, l'opération maintien s'annonce compliquée. Dix-septièmes de Ligue 1 après un revers cinglant à domicile face au Stade Rennais, les Merlus sont retombés dans leurs travers, malgré certaines bonnes choses aperçues la semaine passée au Parc des Princes. Manquant principalement de génie, de courage et d'audace, les joueurs entraînés par Sylvain Ripoll n'ont pas fait preuve de réalisme et ce, dans les deux surfaces. Se faisant surprendre deux fois en quarente-cinq minutes sur deux corners, l'équipe a fait preuve de fébrilité, trop certainement pour réellement inquiéter de solides même si sans étincelle Rennais. Pour les Merlus, relégables pendant vingt minutes (avant l'égalisation Messine), la victoire des Lorrains a été une bénédiction, évitant ainsi la place (symbolique pour le moment) de relégable à la 31ème journée. Profitant de la défaite Toulousaine, le FC Lorient se laisse un petit sursis de deux points, matelas à confirmer au Stade de la Licorne dimanche 12 avril. Mais que se passe-t-il réellement chez les Bretons ? 

Un manque de réalisme, dans les deux surfaces

Les supporters lorientais doivent maintenant haïr ces séquences de jeu : les coups de pied arrêtés. Très peu efficaces dans ce secteur de jeu offensivement (1 seul but marqué cette saison, un record en Ligue 1), ils n'en sont pas pour autant très efficaces défensivement. Les deux premiers buts Rennais, ayant réellement scellé leur victoire au Moustoir, sont arrivés par ces séquences de jeu. Trop laxistes dans le marquage, trop peu impliqués sur ces phases arrêtées, la sanction n'en a été que plus importante face à des Rennais dont les corners étaient parfaitement frappés. Quand on connaît l'importance de ceux-ci dans une lutte finale pour le maintien... 

Ce n'est pas le seul problème de réalisme côté Lorientais. La défense bretonne a en effet pour coutume d'être laxiste à certains moments dans une même rencontre. Malgré de très bonnes interventions, Wesley Lautoa et Lamine Koné sont parfois laxistes dans les positionnements et le marquage, ce qui évidemment coûte des points aux Merlus. Jouant parfois très haut sur le terrain (surtout Koné, adepte de grandes chevauchées aux résultats très souvent incertains), ceux-ci ne peuvent pas tout le temps être couverts par les latéraux. C'est notamment Lamine Koné, débordé en vitesse par le redoutable Paul-Georges N'tep, qui a laissé un espace au Rennais pour placer le fatal troisième but. Ces problèmes de déconcentration, même parfois dans de très belles prestations, rendent cette défense fébrile et imprévisible, capable du meilleur comme de très mauvais matchs (à Gerland, à Lescure,..). Pendant les sept derniers matchs, pour réussir cette opération maintien, ces erreurs ne devront être que minimes et n'engendrer aucun but, pour permettre aux hommes de Ripoll d'être plus intéressants et cohérents. 

En outre, les buteurs sont également très inconstants. Il est en effet très difficile de déceler leur niveau intrinsèque, tant leurs performances alternent et varient à chaque rencontre. Jordan Ayew, excellent face au Paris Saint-Germain, a rendu une prestation médiocre, oubliant en fin de première mi-temps son collègue Romain Philippoteaux, alors qu'un deux contre un se profilait dans la surface Rennaise. Capable de rayonner dans le système lorientais, il n'a pas convaincu pendant le derby breton, montrant une facette de lui beaucoup plus triste et moins glorieuse. Marchant sur le terrain, réalisant des choix contestables et ayant même essuyé les sifflets des travées lorientaises. Son compère d'attaque Benjamin Jeannot semble également difficile à cerner. Très précieux dans la conservation de jeu et dans les déviations sur les longs ballons de la défense lorientaise, il n'a pas imposé son physique à Mexer et Sylvain Armand, pourtant pas les deux centraux les plus imposants du Championnat. Ne montrant que très peu de ses qualités techniques, il a également vendangé un face à face, voulant dribbler Benoît Costil, et réalisant de manière approximative son crochet. Peut être plus à l'aise quand Walid Mesloub est en 9 et demi derrière eux, les attaquants Lorientais ne semblent pas complémentaires, et ce, malgré trente matchs avec les Merlus. N'ayant pas deux profils différents, aucun des deux joueurs n'aimant prendre la profondeur, ceux-ci, jouant ensemble, ne semblent pas avoir les qualités requises pour le 4-4-2 lorientais. 

Un mercato d'hiver ne portant pas ses fruits

En voulant corriger les maux de son équipe, Sylvain Ripoll et sa cellule de recrutement se sont peut être bien trompés de joueurs. La première recrue phare a été Romain Philippoteaux. Le Dijonnais, auteur d'une très belle demi-saison en Ligue 2, a été loué par le technicien breton à son arrivée, le considérant comme : "un accélérateur de jeu", et faisant de lui une pépite, titulaire de suite, dès son premier match à Reims. Et si des débuts plutôt convainquants venaient appuyer cette thèse, son niveau de jeu depuis est plus que moyen. Venant pour accélérer le jeu et apporter de la percussion sur un flan droit lorientais décimé par les blessures (Mathias Autret, Yann Jouffre mais également Denis Bouanga blessé avec la CFA, malgré des prestations excellentes avec celle-ci), il n'apporte quasiment rien à l'animation offensive lorientaise. Manquant de lucidité dans le dernier geste, l'ancien Dijonnais, recruté pour le même prix que la somme versée par le FC Porto pour le transfert de Vincent Aboubakar, ne prend que très peu de risques dans son jeu. Trop de touches de balle, trop peu de spontanéité et d'audace, il est pour l'instant bien loin du niveau annoncé. 

Le second est Gianni Bruno. Acheté peut être avec de la précipitation par le staff suite au départ à la Coupe d'Afrique de Jordan Ayew, et à la grave blessure de la révélation du début de saison Valentin Lavigne, il semble n'être qu'un copié-collé du Benjamin Jeannot du début de saison. Ne s'étant pas spécialement adapté au football lorientais, il n'a marqué qu'un but depuis ses débuts avec le club breton (face à son Bastia, son ancien club, ndlr). Loin d'être le rapide joueur de profondeur attendu par les supporters du FC Lorient, il n'a pas eu le rendement escompté, et ne sera certainement pas conservé à la fin de la saison par le staff (étant prêté avec option d'achat). La seule recrue convainquante de ce mercato semble pour l'instant être le burkinabé Didier Ibrahim Ndong. Malgré son jeune âge et son manque d'expérience le poussant à commettre des erreurs stupides (le carton rouge à Saint-Etienne pénalisant l'équipe, ainsi que la passe à Verratti au Parc), il semble être d'une grande qualité technique et est très précieux à la récupération côté lorientais. 

Malgré un mercato estival plutôt réussi en somme, avec un Walid Mesloub étincelant, portant l'équipe parfois à bout de bras, et deux attaquants plutôt buteurs, le mercato hivernal, censé apporter un vrai plus à l'équipe, ne porte pas ses fruits. Erreurs de casting ? Difficulté à s'adapter au 4-4-2 lorientais demandant une grande rigueur tactique ? 

Mais des supporters toujours là ! 

Si certains mécontants ont sifflé les acteurs de la rencontre pendant celle-ci et à son issue, et si une grande partie de la tribune présidentielle sonnait creux (malgré une annonce à quasi-"guichets fermés"), les supporters lorientais ont, en grande majorité, porté leur soutien aux joueurs. En tête de ligne le collectif des Merlus Ultras 1995, avec leurs 20 tifos consécutifs (un record en Europe), qui avait quasiment doublé son nombre habituel pour ce derby breton. Son sixième "chapitre", racontant la victoire en finale de Coupe de France face au SC Bastia, a couvert toute la tribune et a une nouvelle fois été magnifique. Une initiative trop peu contée et bien louable pour un groupe aux ressources limitées mais à la passion infinie. Les chants ne se sont pas arrêtés pendant les quatre-vingt-dix minutes de la rencontre, et des Ultras dont le soutien pourrait s'avérer très important pour le match au couteau dans deux semaines face au Téfécé. Nul doute que les "Ne Lâchez Rien" entendus en fin de match boosteront les joueurs, dont le déplacement à Amiens s'annonce d'ores et déjà périlleux. 

Une opération maintien compliquée

Le beau jeu lorientais se révèle par instants seulement cette saison. Alternant le très bon et le très mauvais, les Merlus n'ont pas convaincu face au Stade Rennais, et auront certainement à coeur de se rattraper face aux Lensois, quasiment condamnés, dans un match qui sera très tendu au Stade de la Licorne (Amiens). Sur un terrain compliqué, le match des lorientais se jouera dans les esprits et certainement au combat, notion dont les lorientais n'ont que peu l'habitude d'aborder. Mais malgré quelques signes alarmistes, les Merlus ne semblent pas les mieux positionnés pour la descente, le Toulouse FC ayant deux points de retard et encore un déplacement au Moustoir à réaliser. 

Les Merlus ont donc encore leur destin entre leurs mains, et devront assurer sur certains matchs au couteau (à Lens, contre Toulouse, à Metz) afin de se sauver. Ayant perdu le premier de leur série de trois matchs à leur portée, il faudrait maintenant gagner les deux autres pour prendre une avance qui en serait presque définitive. Nul doute que Loïc Féry doit trembler. Le Président du FC Lorient doit peut être regretter le jour où il a accepté la proposition des lusitaniens pour Aboubakar...