Francis « Le magnifique »

Il fait partie de ces personnes que l’on n’oublie pas. Ou plutôt, qu’on ne peut pas oublier. Trop essentiel, trop unique, trop grand tout simplement. Président du Paris Saint-Germain treize années durant (1978-1991), Francis Borelli est un personnage central dans l’histoire du club de la capitale. Le 2 octobre dernier, nous avons célébré les sept ans de sa disparition. Une bonne raison pour lui rendre un dernier hommage.

Francis « Le magnifique »
Francis "Le magnifique"

Un passionné de football

Né le 8 avril 1932 à la Calle en Algérie, Francis Borelli grandit entre la Tunisie où son père est muté et la France où ses obligations militaires l’emmènent. Véritable passionné de foot, il effectue ses premiers pas avec un ballon rond dans le club de la Patriote de Sousse en Tunisie. Surclassé dans toutes les catégories de jeunes, il parvient à atteindre l’équipe première qui évolue alors en première division locale. Lorsqu’il arrive en France pour réaliser son service militaire, à ses vingt et un ans, il tente sa chance dans l’équipe réserve du Red Star. Après un retour en Tunisie pendant lequel il retrouve son premier club, la Patriote de Sousse, il revient en France, à Cannes cette fois-ci, pour une nouvelle fois jouer avec l’équipe réserve. Comme le confie Dominique Rocheteau dans le documentaire « PSG, 40 ans de fièvre », Francis Borelli « aurait aimé faire du foot au plus haut niveau ». Malheureusement, celui-ci doit se rendre à l’évidence : il n’a pas le niveau pour passer pro. Une nouvelle vie dans la capitale française commence alors pour Francis Borelli. Pour vivre, il enchaîne les petits boulots comme de la figuration au cinéma jusqu’à une rencontre avec Henri Sidélio, un publicitaire, qui lui permet d’intégrer le monde de l’édition. Parallèlement à ses activités professionnelles, Francis Borelli demeure un grand passionné de football. Il lui arrive d’ailleurs régulièrement de jouer avec un certain Daniel Hechter.

Un historique du club

Lorsque le célèbre couturier reprend les rênes du Paris Saint-Germain en juin 1973, Francis Borelli n’est déjà pas loin. Il fait partie du célèbre « gang des chemises roses », surnom donné à Daniel Hechter et ses amis après que Francis Borelli ait porté une chemise de  cette couleur lors de la présentation à la presse de ce PSG « new-look » chez Edgar, restaurant huppé de la capitale en juillet 1973. Sous la présidence de Daniel Hechter, le Paris Saint-Germain monte en première division et parvient à s’installer dans l’élite du football français. Mais le 6 janvier 1978, l’affaire de la double billetterie éclate. Pour disposer d’argent liquide pour les primes des joueurs, Daniel Hechter a vendu des milliers de tickets au noir. Bien que courante, la pratique est illégale. Le président du PSG est radié à vie du milieu par la FFF. C’est Francis Borelli qui lui succède.

Un président unique

« Cet amour [du football] est resté et quelques années plus tard, être en mesure de diriger un club a ravivé cette flamme qu’il avait en lui. Forcément, quand on le connaît, le personnage allait bien au-delà du rôle d’un président de club ». Ces paroles sont signées Michel Borelli, fils de Francis. Borelli était ainsi bien plus qu’un président de club. Il représentait le Paris Saint-Germain. Il représentait l’esprit du Paris Saint-Germain. Il transmettait sa passion, son enthousiasme et sa joie de vivre à ce Paris Saint-Germain. Francis Borelli, c’est un président qui aime ses joueurs, qui s’entraîne avec eux et les appelle par des « Monsieur » affectueux. C’est aussi un président ambitieux. « Paris est une grande ville donc elle a le droit à une grande équipe ». Voici la manière de penser de Francis Borelli. Pour y arriver, ce dernier va offrir à Paris des artistes : Dominique Rocheteau, Safet Susic, Dominique Bathenay, Daniel Bravo, Joël Bats… Sous sa présidence, le Paris Saint-Germain se développe. Il remporte ses premiers trophées, participe à ses premières compétitions européennes, voit la naissance du Kop Of Boulogne… Francis Borelli, c’est enfin une part de mystère. Un mystère caractérisé par une sacoche noire qui ne quitte jamais son poignet. Dans cette sacoche noire se trouve un porte-bonheur nommé le « chimouth ». Michel Borelli confie à ce propos « pour en avoir discuté en famille on pensait que ça pouvait prendre la forme d’une petite pochette à l’intérieur de laquelle se trouvait peut-être une terre sacrée ou d’autres éléments de sa terre originelle ». Francis Borelli décrit lui ce chimouth en ces termes : « c’est un espèce de talisman qui a la propriété non pas de faire ou de porter le mal sur ceux qui seraient vos adversaires ou autre de ce type mais au contraire d’être un paratonnerre contre le mal, contre le malheur, le mauvais sort ».

Les premiers trophées

Coupe de France 1982. Paris défie l’ogre stéphanois au Parc des Princes. Toko ouvre le score. Platini lui répond. 1-1 au bout du temps réglementaire. Les prolongations commencent. Paris souffre et craque à la 98ème minute sur un nouveau but de Platini. Saint-Etienne s’envole vers la victoire. Mais le miracle va se produire. Rocheteau égalise à la 120ème minute. Francis Borelli se lève du banc, s’agenouille et embrasse la pelouse pour une image qui restera dans l’histoire du Paris Saint-Germain. Pendant les pénaltys, Borelli prit, court dans le rond central. On a l’impression que c’est lui tire les pénaltys parisiens. Paris s’impose finalement grâce à un tir au but victorieux de Jean-Marc Pilorget. Le premier trophée de l’histoire du club parisien.
En 1983, Paris récidive et devient le premier club à remporter la coupe de France deux fois de suite. Paris s’impose 3-2 contre Nantes grâce à des buts de Zaremba, Susic et Toko dans ce qui reste encore aujourd’hui l'une des plus belles finales de coupe de France.
La saison 1985/1986 est celle du couronnement pour le Paris Saint-Germain de Francis Borelli. Avec Gérard Houllier aux manettes, Paris remporte son premier titre de champion de France réalisant au passage une série de 27 matchs sans défaite.

La fin de sa présidence

La fin des années 80 sera moins heureuse pour le Paris Saint-Germain. Trop irrégulier, Paris se sauvant de justesse en 1987/1988 et manquant le titre de peu la saison suivante. Un remplissage du Parc des Princes moindre et des problèmes financiers viendront également gâcher la fin de la présidence de Francis Borelli. C’est donc pour donner à son club les moyens financiers nécessaires à ses ambitions que Francis Borelli accepte de laisser la place à Canal + en mai 1991. Ce rachat du club met donc fin aux treize années de sa présidence à la tête du Paris SG.
Parti du Paris Saint-Germain, la vie de Francis Borelli n’en demeure pas moins connectée avec le football. En 1992, il est nommé président de l’AS Cannes. Il retrouve là-bas Luis Fernandez qu’il considère comme son fils. Il continue même à pratiquer ce sport jusqu’à ses soixante ans. Au début des années 2000, il contracte une maladie qui l’oblige à prendre du recul avec le football. Décédé le 2 octobre 2007, le nom et l’âme de Francis Borelli resteront à tout jamais liés à l’histoire du club. Après sa disparition, la tribune présidentielle du Parc des Princes a d’ailleurs été renommé « Tribune Francis Borelli ».

L'hommage du Parc des Princes à Francis Borelli...

Photo tirée de psg.fr
Auteuil rend hommage à son ancien président
Photo tirée de psg.fr

Francis Borelli en paroles…

Francis Borelli, le soir de la victoire en finale de la Coupe de France 1982, premier titre du PSG.
« Le but de Rocheteau, c'est le moment le plus intense de ma vie. Je n'y croyais plus. C'était cuit, pour plaisanter, je disais aux gens à côté de moi : on ne peut pas ne pas égaliser ! Et puis Rocheteau a marqué... C'était la délivrance ! L'explosion de joie ! Impensable... Alors, j'ai embrassé la pelouse, cette terre bénie du Parc, pour remercier le ciel... comme les Musulmans que je voyais en Tunisie, qui embrassaient la terre pour remercier leur Dieu. »

En avril 1999, lors que le PSG est au plus mal, le Journal du PSG fait appel à lui pour écrire un texte qui sera diffusé le soir de PSG – Montpellier.
« Le PSG est un Club qui m'a tout donné. Oui j'aime le PSG d'un amour indéfectible. Le temps n'a rien gommé. J'aime le PSG. Et personne ne pourra me changer. Comme vous les supporters, je souffre aujourd'hui. Comme vous les dirigeants, j'encaisse les bruits et le son d'un blues désaccordé. Comme vous les footballeurs, je m'accroche au prestige en suspens de Paris. Depuis mon retour de Cannes, je n'ai jamais raté un match du PSG au Parc des Princes. Comme beaucoup d'entre vous. J'entends quelques quolibets. Comme vous. Qu'importe : on pourra même me traiter de fou, il n'y a que ces couleurs Parisiennes qui illuminent mon cœur. Et à chaque blessure, il saigne ce cœur-là. Mais il s'enflamme encore. »

En 2000, lors du jubilé organisé par Laurent Fournier au Parc des Princes.
« Le PSG c'est mon Amour, c'est ma passion. Tout ce qui vient du Paris Saint-Germain m'enchante. J'ai presque envie de vous dire que je suis souvent triste. J'ai connu des moments merveilleux, extraordinaires, mais c'est vrai que là je me sens un peu mal à l'aise parce que je sais que plus jamais je pourrai travailler, m'amuser, vivre avec le PSG. Il m'arrive d'être triste, de temps en temps très gai. Le PSG est quelque chose d'extraordinaire, c'est tout mon Amour. Il n'y a rien qui me soit arrivé de mieux. »

Michel Platini.
« Il m’avait écrit une lettre d’amour pour que je rejoigne le PSG. Il aimait le football, il donnait toute sa passion. C’était un homme remarquable et formidable. Il fût l’un des premiers dirigeants de club à appeler chacun de ses joueurs « Monsieur ». J’avais une grande estime pour lui. »

Luis Fernandez.
« C’était mon deuxième père. J’ai perdu le mien à 6 ans, et c’est Francis qui m’a recruté au club. Il a marqué le PSG à tout jamais. Il a contribué à faire de Paris ce grand club qu’il est aujourd’hui. Je garde en mémoire son élégance et son côté bon vivant. »