Zlatan Ibrahimovic représente-t-il une partie des maux parisiens ?

Depuis qu’il est arrivé dans la capitale française, Zlatan centralise toutes les attentions. Zlatan est Paris. Paris est Zlatan. En recrutant la star suédoise il y a deux ans et demi, Paris a fait le choix de la dépendance. Pour le meilleur et pour le pire.

Zlatan Ibrahimovic représente-t-il une partie des maux parisiens ?
Image tirée du site Planète PSG

C’est bien connu, avec Zlatan Ibrahimovic tout est démesuré. Son estime de soi, sa force, son talent, les louanges de ses fans, absolument tout. C’est pour cela qu’il est nécessaire de préciser le sens de ce papier dès son préambule. Non, à travers cet article, mon dessein n’est pas de critiquer ouvertement la star parisienne. Non, mon projet n’a pas pour but d’accuser un homme, d’en faire l’unique responsable des maux parisiens ou encore de remettre en doute les immenses qualités footballistiques d’un joueur hors-norme. Mais oui, mon propos est ici d’ouvrir un débat en amenant sur la scène publique certains faits, arguments et réflexions.

L’histoire commence deux ans et demi auparavant, le 18 juillet de l’année 2012. Ce jour-là, il règne comme un parfum d’excitation dans l’air parisien. Plus de deux cents journalistes se sont massés devant le Parc des Princes. Il y a les habitués, ceux qui suivent le PSG toute l’année et les petits nouveaux, ceux pour qui la Ligue 1 est inconnue. Pourtant ils sont tous là. Pour Zlatan. L’homme qui donnera un autre standing, une nouvelle réputation au club de la capitale. Après cette présentation devant la presse, le roi Zlatan aura le droit à son bain de foule, comme toutes les célébrités. Quelques jongles devant la Tour Eiffel et puis s’en va. Célébrons Ibra, mais pas trop longtemps quand même, il pourrait se fâcher. Depuis cette fameuse journée ensoleillée de l’été 2012, on ne parle que du Paris SG par l’intermédiaire d’Ibra. Par convention, Paris se résume à Ibra. Les Rouges et Bleus gagnent ? Remercions Zlatan Ibrahimovic. Demandez aux Guignols de l’info

Parlons plus sérieusement. Depuis qu’il est arrivé dans la capitale française, Zlatan a décroché quelques trophées : deux championnats, deux trophées des champions et une coupe de la Ligue. Zlatan c’est aussi 88 buts en 107 rencontres officielles sous les couleurs rouges et bleues. Surtout et sur le terrain ça se voit, Zlatan est le patron au Paris Saint-Germain. Sa présence motive ses coéquipiers, affaiblit ses adversaires. Sur la pelouse Zlatan a le droit de râler, de reprendre ses partenaires et de leur expliquer comment ces derniers auraient dû lui donner la balle, de ne pas se replacer ou encore de décrocher autant qu’il le souhaite. Bref, au PSG, Zlatan a tous les droits. Zlatan est également indéniablement celui qui tire son équipe vers le haut. Décisif à presque tous les matchs, ses absences se font à chaque fois grandement ressentir. Tous les suiveurs du PSG, qu’ils soient journalistes, supporters ou simples observateurs, vous le diront, Paris sans Zlatan c’est différent. Pas la même force, pas la même capacité à se montrer dangereux : pas la même équipe finalement. Posséder Ibra dans son effectif n’est cependant pas une finalité. Car oui, le Suédois est un joueur différent. Pour qu’il puisse exprimer l’ensemble de ses qualités, l’équipe dans laquelle il évolue se doit de s’adapter à ses caractéristiques. Au sein de la planète football, celui qui vient d’être désigné deuxième plus grand sportif de l’histoire de son pays est d’ailleurs un objet non-identifié : il ne correspond à aucun poste prédéfini. Pas vraiment attaquant, encore moins meneur de jeu, Zlatan est en réalité un mélange de genres. Au Paris Saint-Germain, Laurent Blanc a trouvé la formule idéale assez rapidement. Le 4-3-3 offre au numéro 10 parisien les libertés qui lui sont nécessaires pour briller. L’absence de meneur de jeu avancé lui permet de décrocher autant qu’il le souhaite, ses déplacements étant dans le même temps compensés par les ailiers et Matuidi. Avoir Ibra dans son équipe c’est donc évoluer en fonction de ses spécificités. Dès lors, il est évident qu’une forme intense de dépendance s’installe.

Revenons à présent près de trois ans et demi en arrière. Eté 2011. Qatar Sport Investment (QSI) devient actionnaire majoritaire du Paris Saint-Germain. Très vite, une nouvelle politique ultra-ambitieuse se dessine. Celle-ci peut être résumée grossièrement de cette manière : bâtir une équipe compétitive à l’échelle européenne capable de conquérir la Champion's League et construire un club viable à long terme. Après une première saison de transition, Nasser Al-Khelaifi passe aux choses sérieuses un an plus tard en débauchant Thiago Silva et Zlatan Ibrahimovic de l’AC Milan. La question qui se pose alors, et c’est l’objet de cet article, est la suivante : était-il vraiment opportun de recruter Zlatan Ibrahimovic ? Cette interrogation pourrait d’ailleurs être reformulée de manière plus globale en : la stratégie des Qataris, qui revient à privilégier la force individuelle à celle collective, est-elle adaptée ?

En recrutant le géant suédois après l’Euro Ukraino-polonais, un choix a clairement été fait. Ce choix, c’est celui de l’individualité. Un an après l’arrivée des Qataris et les nombreux remaniements et changements qu’elle a occasionné, le club de  la capitale essayait encore de prendre ses marques, de trouver ses repères. Sur la scène nationale, Paris était déjà considéré comme un cador du championnat (et même un peu plus) grâce aux nombreux éléments de qualité qui avaient rejoint ses rangs depuis un an (Thiago Motta, Maxwell, Matuidi, Pastore, Menez…). En revanche, les Rouges et Bleus ne pouvaient encore être défini comme une équipe au sens de puissance collective. En d’autres termes, Paris n’était en aucun cas au point collectivement. En recrutant Zlatan Ibrahimovic à ce moment, les dirigeants parisiens ont par conséquent choisi d’axer le développement du Paris Saint-Germain, aussi bien sportivement que médiatiquement, sur le talent, la force et la renommée d’un seul homme. L’équipe parisienne s’est alors exclusivement construite autour du géant suédois pour le meilleur (profiter pleinement des qualités d’un athlète hors-norme) comme pour le pire (une dépendance aveugle). Aujourd’hui, c’est Zlatan qui tire l’équipe vers le haut. C’est aussi lui qui attire les sponsors, spectateurs, journalistes… C’est encore lui qui a permis au club parisien d’accéder à cette réputation internationale. Une question semble alors inévitable. Qu’adviendra-t-il en 2016, lorsque son contrat arrivera à terme ? Zlatan laissera assurément un vide énorme derrière lui et il sera alors nécessaire pour le Paris Saint-Germain de repartir de (presque) zéro. Rebâtir une équipe capable de briller sans son leader, reconstruire une nouvelle animation, ce ne sera pas aisé et ce sera long. Pourrait-on conclure que le club de la capitale a perdu un temps précieux en recrutant Zlatan il y a deux ans et demi ? Paris aurait-il d’abord dû s’atteler à construire une équipe digne de ce nom avant de recruter des « stars » ? Autant de questions qui, n’en doutons pas, provoqueront un riche débat chez les suiveurs du PSG.

Avant de refermer cet article, n’oublions pas de rappeler que le recrutement d’Ibra a permis au club parisien de se développer plus rapidement qu’il ne l’aurait fait sans lui. Car oui, Zlatan demeure un formidable pouvoir de séduction. Sans Ibra, pas sûr que Lucas, Cavani, David Luiz ou même Thiago Silva seraient là aujourd’hui.