Quelle saison pour le Stade Rennais ?

L’équipe la plus inconstante de Ligue 1, le Stade Rennais, a décidé de changer beaucoup de choses à l’issue de la saison dernière. De quoi faire une belle saison ? Autant vous prévenir : miser sur une place d’honneur pour les Rouges et Noirs revient à jouer au Loto.

Quelle saison pour le Stade Rennais ?
Le onze de départ face à Guingamp en amical. De gauche à droite, en haut : Costil, N'Gando, Houtondji, Konradsen, S. Diallo, Danzé. En bas : Kana-Biyik, Makoun, Sané, Jebbour, Saïd. (crédits : Stade Rennais FC)

La saison dernière : du coq…

Plus grosse ambiance de la saison, match parfait de bout en bout : Rennes-Montpellier en demi-finale, meilleur moment de la saison à domicile.

Peu d’équipes proposent un éventail d’états psychiques aussi divers que celui que propose le Stade Rennais en une seule saison. L’espérance, quand Rennes est quatrième du championnat à la trêve avec un jeu attrayant. La joie frisant l’orgasme, quand les stadiers laissent les supporters envahir le terrain après la qualification en finale de la Coupe de la Ligue contre Montpellier le 16 janvier (2-0). L’émerveillement devant les magnifiques buts de Romain Alessandrini. La fierté, quand les hommes d’Antonetti se permettent d’aller taper le Paris-SG d’Ancelotti au Parc des Princes, et à 9 contre 11 pendant une mi-temps s’il vous plaît (1-2, le 17 novembre). Comble du bonheur, quand la victoire rennaise conduit Salma Hayek à descendre sur la pelouse pour saluer les supporters. L’étonnement aussi, quand Usain Bolt dit supporter le Stade Rennais pour la finale de la Coupe de la Ligue.

… A l’âne

Rennes dominé par le relégable Troyes. On entend le public rouge et noir applaudir les buts troyens.

Des stades psychiques tristes, les Rouges et Noirs en ont aussi à proposer. Etonnement bis, quand Dréossi sort de son chapeau John Mensah, Hérita Ilunga et Alou Diarra lors du mercato d’hiver. La tristesse, quand Alessandrini quitte le Grand Stade de Lille en larmes un soir de février, ou quand l’équipe se montre impuissante en finale de la Coupe de la Ligue. La colère, quand on apprend que Dréossi et Saint-Sernin étaient au départ chauds pour proposer une prolongation à Antonetti, alors que le bonhomme était visiblement épuisé et impuissant en deuxième partie de saison. La lassitude, quand Rennes s’écroule à nouveau en fin de saison. Et bien sûr le dépit, l’ennui, le dégoût voire le désespoir face aux prestations insipides de la fin de saison, avec la palme pour les matchs à domicile contre Nancy (J30, 30 mars, 0-2), Troyes (J33, 24 avril soit juste après la finale, quand le kop s’est mis en grève, 1-2) et Ajaccio, pour clôturer la saison (J37, 18 mai, 1-1).

Changements nécessaires dans l’organigramme

Pierre Dréossi et Frédéric de Saint-Sernin présentent Philippe Montanier à la presse. Quelques jours plus tard, Dréossi est remercié et Saint-Sernin voit ses compétences accrues par la famille Pinault.

C’en était trop pour la famille Pinault. D’ordinaire très discrète dans le fonctionnement du club, elle a procédé à une reprise en main en fin de saison. Pour Antonetti, le départ s’est décidé définitivement le soir de la finale perdue contre Saint-Etienne, départ que le coach a confirmé à son groupe et à la presse peu après. Pour Pierre Dréossi, ce fut beaucoup plus inattendu et tardif. Pour rappel, le manager général et grand manitou du club depuis 11 ans avait déclaré à France Football être sûr de rester au club. Un jour après la sortie de l’hebdomadaire, son départ était officialisé. Entre temps, il a fait venir Sylvain Armand en défense, et surtout Philippe Montanier au poste de coach. Son dernier cadeau fait au club. Ses compétences ont été éclatées : Frédéric de Saint-Sernin est désormais Président Directeur Général du club, et Jean-Luc Buisine a quitté Monaco pour diriger la cellule de recrutement rennaise.

Montanier – Troin, l’un ne va pas sans l’autre

Michel Troin n'a pas l'air habitué à poser pour la presse. Philippe Montanier devra l'entraîner.

En débauchant un coach qui a permis à la Real Sociedad de se qualifier pour la Ligue des Champions au nez et à la barbe de Valence, incontestablement, Rennes a réussi un gros coup. Lui dit préférer les projets à moyen terme plutôt que la faible proposition d’un an des dirigeants basques. Tant mieux pour Rennes, qui embauche ainsi un coach qui a réussi partout où il est passé : d’abord avec Boulogne, passé de la CFA à la L1 sous ses ordres (2004-2009), puis avec Valenciennes, où il a proposé un jeu très attrayant (2009-2011), et donc enfin avec la Real Sociedad, qu’il a envoyé en C1 avec peu de moyens et après avoir essuyé de nombreuses critiques.

Mais en embauchant Montanier, Rennes a aussi engagé Michel Troin, son adjoint depuis 2008. Les deux hommes forment un véritable duo, chacun a son rôle propre dans ce ménage qui s’entend à merveille. Les deux ont la même philosophie de jeu : un jeu rapide, porté vers l’avant. Les méthodes d’entraînement sont atypiques, comme le souligne Julien Féret : « le mode de fonctionnement est disons… pas ordinaire. Avec Montanier, on ne fait pas de footing par exemple », témoigne le numéro 8 rouge et noir, dans une interview accordée à So Foot. Michel Troin explique simplement ce mode de fonctionnement, sans préparateur physique, par la volonté de se rapprocher le plus possible des conditions de matchs à l’entrainement. « On base notre réflexion sur le jeu. Pourquoi faire des footings alors que ce n’est pas cet effort que l’on fait en match ? C’est bien de partir en stage en montagne et de grimper des cols, mais on ne prépare pas le Tour de France ! »

Transferts : peu de mouvements… pour le moment

Nelson Oliveira, attaquant prêté par Benfica avec option d'achat, à l'entraînement.

Du côté du mercato, le Stade Rennais est resté assez discret pour le moment. Retour de prêt de Jebbour, arrivée d’Armand, et prêt avec option d’achat de Nélson Oliveira, le joueur de Benfica. Numéro 2 au poste d’avant-centre dans la Selecçao, le protégé de Jorge Mendes (eh oui, lui aussi) est arrivé avec les éloges de Montanier, pour qui le joueur prêté à La Corogne la saison dernière (30 matchs de Liga, 4 titularisations, 4 buts) était la « priorité ». Côté départs, Rennes n’a bizarrement pas retenu Alou Diarra, John Mensah et Hérita Ilunga, et a laissé partir John Verhoek. Bon, le vrai mouvement dans les départs est celui de Chris Mavinga, vendu au Rubin Kazan pour la coquette somme de 4 M€, un départ officialisé ce matin.

A part ça donc, rien. Mais les arrivées et les départs devraient se succéder au mois d’août. Apam a été placé sur la liste des transferts, mais trouvera difficilement un club, Montaño devrait également faire ses valises, a priori vers Montpellier. Il faut trouver une solution pour CF Diarra et Abdoulaye Sané, qui risquent d’avoir un temps de jeu famélique s’ils restent. Kana-Biyik, qui aurait des envies d’ailleurs, pourrait lui aussi signer ailleurs. Côté arrivées, on parle de Gaétan Bong (Valenciennes) ou de Marco Capuano (Pescara) pour la défense, Pablo Piatti (Valence) ou Gabriel Torje (Udinese) pour un poste de milieu offensif. Mais rien n’est sûr, Montanier et son adjoint disposant d’un effectif assez large.

Pas de onze titulaire qui ressort

Zana Allée, un joueur à surveiller de près.

Les deux hommes ont un certain goût pour lancer les jeunes. Ainsi, Montanier a beaucoup fait jouer le défenseur Cédric Houtondji, les milieux Tiémoué Bakayoko et Adrien Hunou, avant son départ à l’Euro U19 en Serbie (avec le latéral Steven Moreira, qu’on a déjà vu en fin de saison dernière), et les attaquants Zana Allée et Wesley Saïd. L’avant-dernier cité pourrait bien être la révélation rennaise cette saison. Epoustouflant depuis le début de la préparation, il a mis au supplice la défense guingampaise lors du dernier match de préparation samedi (1-1). Dribbleur hors pair et toujours dans le sens du collectif, le petit (1m64) ailier, qui a préféré Rennes aux plus grands clubs européens au moment de choisir un centre de formation, est à surveiller de très près.

Contre Guingamp, 19 joueurs ont joué, entre 20 et 90 minutes. Difficile dans ces conditions de ressortir un potentiel onze de départ. Surtout quand on sait que Romain Alessandrini a réalisé sa première séance avec le groupe pro ce lundi, et que John Boye, Mevlüt Erding et Sylvain Armand étaient absents pour cause de blessure, Montanier n’ayant pas voulu prendre de risques. Steven Moreira et Adrien Hunou, enfin, reviennent tout juste de Serbie, où ils ont perdu la finale de l’Euro. 25 joueurs pour faire un onze, pas facile (le groupe pro est composé de 30 joueurs, il faut rajouter les deux gardiens remplaçants, Doucouré qui se remet d’une rupture des ligaments croisés, C.F. Diarra et Apam).

Quels objectifs ?

Montanier indique le terrain aux spectateurs, mais pas les objectifs pour la saison.

Officiellement, aucun objectif de classement n’a été fixé. On ne vise pas les sunlights des Tropiques dès la première année pour Montanier. Par contre, l’objectif principal est de donner du beau jeu (Montanier : « par le beau jeu, on peut arriver à des résultats ») et ainsi de reconquérir le cœur des fans du Stade Rennais, très éprouvés par les années Antonetti. Un bon parcours en Coupe, avec la gagne au bout ce coup-ci, est ardemment souhaité également, la qualification pour l’Europa Ligue via le championnat semblant bouchée.

Beaucoup d’attentes sont placées dans cette saison par les supporters, mais Montanier demande d’ores et déjà du temps. Samedi, contre Reims, le kop signera son retour, ce qui évitera déjà au stade de la Route de Lorient de passer pour une cathédrale.

Crédits photos : Stade Rennais FC.