La saison des paradoxes

"Peu importe la manière, seul le résultat compte" dit le célèbre adage. Il trouve peut-être sa parfaite illustration avec le début de saison des Verts. Cette différence de vision entre le bilan comptable et le jeu en lui-même est l'un des nombreux paradoxes qui entourent l'excellent début de saison stéphanois.

La saison des paradoxes
La joie de Kévin Monnet-Paquet après le but salvateur contre Karabükspor / fr.sports.yahoo.com

32 ans. Il faut remonter en 1982 pour voir l'ASSE réussir un tel début de saison sur le plan comptable. Une époque où les victoires valaient encore 2 points. Cette année là, emmenés par un grand Michel Platini, les Verts, champions en titre, finissent 2ème de Division 1. Pour grandir le mérite des hommes de Christophe Galtier, on pourrait ajouter que cette année là, les stéphanois n'avaient pas à se soucier de l'Europe après une piteuse élimination dès le mois d'Août par le BFC Dynamo en Coupe des Clubs Champions.

Pour voir les Verts concilier Europe et championnat (presque) aussi brillamment, il faut remonter 40 ans en arrière lors de la saison 1974-1975: les illustres Verts, qui iront jusqu'en 1/2 finale de la Coupe des Clubs Champions, prennent 19 points sur les 11 premières journées (en convertissant au système actuel). 

Une manière qui déçoit

Cela dit, il serait difficile de ne pas donner raison à ceux qui parlent d'un jeu en-deça de ce que les Verts ont pu montrer les saisons précédentes. Le problème est offensif. Les stéphanois n'ont marqué que 12 buts en 16 matchs pour 11 en autant de matchs de Ligue 1. Cela dit, il ne faut pas remonter loin pour trouver trace d'un tel bilan: sous l'ère Galtier, en 2011-2012, l'ASSE marquait exactement le même nombre de buts en 11 journées. Le problème avait trouvée sa solution dans l'émergence de Pierre-Emerick Aubameyang. Ce chiffre inquiète surtout car il a un caractère singulier: il est l'un des seuls qui, en régressant, contredit la progression constante de l'ASSE de Galtier.

Pourtant, la donne est différente de la saison 2011/2012: avec 13.4 tirs par match, les Verts se trouvent juste derrière les Olympiques, vu comme "les plus beaux jeux de Ligue 1" par les spécialistes et devant le Paris Saint Germain. Oui, mais les stéphanois n'ont ni Lacazette, ni Gignac, ni Ibrahimovic. 

Du coup, avec une forte possession de balle, de nombreux tirs et beaucoup d'appels, les hommes de Christophe Galtier gagnent souvent à l'usure (1-0 contre Caen, Lens, Lorient et Metz). Une statistique le montre très bien: sur la première mi-temps, l'ASSE est 19ème, sur la seconde, 2ème. Ce genre de victoires n'a jamais été la marque de fabrique de Saint-Etienne, à qui on reprochait souvent de ne pas arriver à faire la différence en fin de match. Force est de constater que lors de ces 4 matchs, le but était venu récompenser une large domination stéphanoise mais donne pourtant un sentiment d'inachevé à ces matchs.

Lier manière et victoire

L'urgence sera maintenant d'arriver à joindre la manière à ces victoires. En effet, si chaque match reste difficile en Ligue 1, les foréziens n'ont battu, à l'exception de Metz (10ème) que des équipes de seconde partie de tableau: Reims (14ème), Caen (15ème), Lens (16ème), Lorient (17ème) et Guingamp (dernier). Le calendrier du mois de Novembre va être d'un tout autre niveau: des déplacements compliqués à Lille et Nantes, les réceptions en Ligue 1 de Monaco puis Lyon et en Europe de l'Inter Milan et de Qarabag. Six matchs décisifs pour le destin de la saison, à n'en pas douter.

L'efficacité devra devenir un maitre mot, en somme: Nantes est actuellement la meilleure défense du championnat avec Paris, tandis que Lyon et Lille sont juste derrière. Il est inutile de parler de l'urgence de débloquer le compteur but en Europe, pour éviter d'arriver en Ukraine, au mois de Décembre, en mauvaise position. 

Des certitudes collectives mais des failles individuelles

Cette série de matchs, les joueurs vont l'aborder sans doute plus sereinement que par le passé. L'ASSE dégage aujourd'hui de grandes certitudes collectives dont peu de clubs français peuvent se vanter: à commencer par des associations défensives qui fonctionnent à merveille. Si l'on a plus besoin de vanter la force du duo Perrin-Bayal, les latéraux - grande question en début de saison - sont aujourd'hui une vraie force: Franck Tabanou monte en puissance un peu plus à chaque match tandis que Kévin Théophile-Catherine semble indéboulonnable à droite. Quand ces 4 joueurs ont été alignés ensemble, et c'est arrivé 4 fois, l'ASSE n'a pas encaissée un seul but. Même Stéphane Ruffier, probablement meilleur gardien français depuis le début de saison, n'a parfois pas à s'employer. 

Si Jérémy Clément semble retrouver un peu d'allant, notamment sur le match contre Metz, difficile de nier que le milieu de terrain repose beaucoup trop sur les performances d'un Fabien Lemoine à tout faire: présent défensivement, en relai mais aussi offensivement. Si jamais l'ex rennais venait à se blesser, on a beaucoup de mal à imaginer un autre joueur assumer ce rôle. Par exemple, le niveau de Benjamin Corgnet reste énigmatique tant on le sait capable de mieux, à l'instar de Romain Hamouma.

L'ailier, qui sort pourtant d'une saison globalement très aboutie, n'est pas encore revenu de vacances, gêné par des blessures mais aussi par ses dribbles parfois trop prévisibles. Dans un tout autre registre, Kévin Monnet-Paquet a du mal à confirmer d'excellents débuts sous le maillot stéphanois. 

Pourtant très critiqués, souvent par les médias, parfois par ses supporters, les hommes de Christophe Galtier réalisent un début de saison comptablement historique. Cela contraste avec une animation offensive insuffisante. Malgré cela, l'ASSE enchaine les victoires et reste en course pour la qualification en Europa League. Du coup, on imagine aisément les exploits que cette équipe pourrait réaliser si elle trouvait enfin son buteur attitré...