Toulouse fait son bilan, calmement...

Alors que le championnat de Ligue 1 est actuellement en vacances, l'heure est venue d'effectuer un bilan à mi-parcours pour les hommes d'Alain Casanova.

Toulouse fait son bilan, calmement...
Toulouse fait son bilan, calmement...

Les violets ont conclu leur première partie de saison sur un match nul face à Guingamp au Stadium Municipal, rencontre dans laquelle les locaux auraient pu beaucoup mieux finir, notamment avec un penalty de Ben Yedder non transformé. Le 14eme de Ligue 1 (21 unités) a connu des hauts et des bas, du bon et du moins bon mais beaucoup de frustration. Invaincu de la 6eme journée à la 9ème journée, le Téfécé n'a pas su poursuivre sa série, avec une première défaite face à Marseille (2-0) où les toulousains ont été surpris par les phocéens, puis face à Lens (0-2) où ils n'ont pas su répondre présents. La suite, nous la connaissons, avec une élimination en coupe de la ligue à domicile face aux girondins de Bordeaux (1-3), suivi d'une seconde défaite contre ces mêmes bordelais à Chaban Delmas en championnat (2-1). 

D'un match à un autre, les supporters toulousains ont du mal à reconnaître leur équipe. Est-ce le système de jeu qui ne correspond plus aux joueurs? Les joueurs manquent-ils de motivation? Les supporters sont-ils trop exigeants envers leur équipe? Revenons sur les différents problèmes que rencontre le club.

 

"Je ne dépense que ce que j'ai" Olivier Sadran

À travers cette phrase, il est clair qu'Olivier Sadran, président du club haut-garonnais depuis 2001, ne prendra aucun risque pour ne pas faire couler son entreprise. Car oui, l'homme d'affaire considère en premier lieu qu'un club de sport doit être géré tel une entreprise, et il sait de quoi il parle. Certains ne le connaissent que comme le président du club, d'autres comme un des membres du conseil d'administration de la LFP. Mais ce que beaucoup ignorent, c'est qu'avant toute chose il est président de la société Newrest (restauration aérienne) et détient un capital de 160 millions d'euros en 2014. Pour en revenir au sport, afin de maintenir un bon équilibre du club, l'une des armes du président est la gestion de ses joueurs. En effet, à chaque mercato il faut s'attendre à ce qu'il y ait une grosse vente. Mais d'où sortent ces joueurs, dont la vente rapporte en moyenne 12-13 millions d'euros?

Rappelons nous Aymen Abdennour, inconnu au bataillon. Le défenseur monégasque, passé par le Werder Brème a été acheté 450 000 euros à l'Etoile du Sahel en juin 2011. Sa vente, estimée à 13 millions au club de la Principauté, a permis au Toulouse FC de Sadran de se faire un énorme bénéfice (dont 10% du montant versé à son club formateur tunisien). Alors oui, Toulouse vend ses meilleurs joueurs, mais Toulouse pense aussi à son futur. Nous pouvons par ailleurs citer l'exemple de Serge Aurier, en prêt avec obligation d'achat au Paris Saint-Germain, qui devrait apporter une somme de 10 millions d'euros dans les caisses du club de la ville rose. Investir intelligemment pour assurer ses arrières, tel est le modèle économique d'Olivier Sadran. Avec ses 32 millions d'euros, le 13eme budget de ligue 1 ne doit pas se préoccuper que de son mercato contrairement à ce que beaucoup pensent, il faut également payer les salaires des employés et des joueurs, payer le loyer du stade lorsque nous n'en sommes pas propriétaire, mais aussi penser à l'entretien du club (infrastructures, centre de formation, pelouse, déplacements...). Et comme l'ajoute Sadran, avec un tel budget, il y aura toujours un déficit de 8 millions d'euros, c'est là que l'actionnaire doit entrer en jeu.

Alain Casanova, fidèle au poste depuis 2008, est le plus ancien entraîneur de ligue 1. En 7 ans de travail, son palmarès se résume à 82 victoires, 71 nuls et 75 défaites. L'ancien portier du Havre s'était distingué pour avoir fait du jeu toulousain une animation beaucoup trop défensive avec son 4-1-4-1. Cependant, sa première saison d'entraîneur a permis aux violets de finir 4ème de ligue 1 avec une qualification en Europa League (réussite lors des barrages, échec lors des phases de qualification) sans oublier la demi finale de coupe de France perdue face à Guingamp. Depuis, le Téfécé navigue entre la 8eme et la 14eme place, malgré son bon parcours en coupe de la ligue en 2009-2010, en rappelant à chaque début de saison que l'essentiel est de maintenir le club en première division. On parle souvent du manque d'ambition du club, surtout sur ces dernières années avec des performances médiocres en coupe notamment. En 7 ans, Alain Casanova a tout de même apporté du changement au sein du club notamment en matière de jeu. Lors de la fin de la saison 2012-2013, il a opté pour un 3-5-2 dont l'inspiration lui est venue de la Juventus de Turin. "C’est un système qui m’a de suite plu. Qui correspond vraiment à ce que j’avais en tête depuis un moment." avait-il alors déclaré, sans pour autant en arriver à la même hauteur que la Vieille Dame. Ce nouveau schéma tactique a attiré l'attention des amoureux du foot, pour le moment peu ou pas vu en Ligue 1, en y apportant des modifications quand cela était nécessaire (avec un passage en 3-4-3, puis en 4-3-3). Face à Metz, il a signé le retour d'Ahamada dans les cages violettes (victoire 3-0); il a par ailleurs titularisé ses 3 attaquants (Ben Yedder, Pesic, Braithwaite) pour la première fois contre Nantes (victoire 1-2 à la Beaujoire) en repassant à une défense à 4. Des changements, le technicien toulousain est capable d'en faire, mais il ne faut pas attendre que l'équipe soit au plus mal pour les effectuer car de leurs côtés les supporters s'impatientent.

Avec ses 14 nationalités différentes, on pourrait pointer directement l'effectif toulousain, par ailleurs assez jeunes (moyenne d'âge de 24 ans et 2 mois, la plus jeune du championnat). La cellule de recrutement du club, composée entre autre d'Ali Rachedi et de Dominique Arribagé, a dans ses critères certains points à ne pas négliger: recruter jeune, à bas prix, selon les besoins de l'équipe sans oublier la nationalité qui pourrait être un plus. Par exemple, les joueurs des pays de l'Est (Ninkov, Spajic, Grigore) sont souvent disciplinés; ceux d'Amérique du Sud (Aguilar, Trejo, Matheus) peuvent quant à eux apporter leur technique; enfin les Africains disposent pour leur part d'un physique qui peut être très utile (Doumbia, Akpa-Akpro ou anciennement Aurier et Sissoko). Dans une équipe, il faut un peu de tout, mais attention à ne pas trop en faire car ça pourrait rapidement devenir problématique notamment sur le terrain où la communication, qui est la base dans un sport collectif, empêcherait aux acteurs de comprendre et d'être compris. Les jeunes joueurs sont là non seulement pour les aider à progresser et ainsi finir leur formation, mais aussi pour leur permettre d'éclore au grand jour. On les retrouve dans le recrutement (Spajic, Spano, Pesic, Tisserand) ainsi qu'au sein du centre de formation (Blin, Bodiger, Ben Ali).

 

"On n'a pas le droit de jouer comme ça" Adrien Regattin

Le Téfécé a montré un début de saison prometteur, qui laissait à croire qu'en poursuivant sur ses bons résultats, les hommes de Casanova accrocheraient facilement le premier tiers du classement. Le contenu des matchs, notamment entre la 7eme et la 9ème journée, indiquait que la machine était bien mise en route. Mais qu'est ce qui a bien pu se passer à partir de la 10eme journée, qui signa le début de la descente aux enfers pour les supporters toulousains?

On pourrait penser qu'il s'agit du manque de motivation. En effet, lorsque l'on analyse le contenu des rencontres, on constate que les violets ne parvenaient pas à prendre la partie en main, sans pour autant se donner à fond. Alors oui, il est possible de passer à côté de quelques matchs, mais la motivation des acteurs n'était pas la même que face à Paris ou encore Lyon un peu plus tôt. Une défaite peut être méritée lorsque le contenu d'une rencontre est inexistant; à contrario elle ne l'est pas lorsque les joueurs se battent 90 minutes sur la pelouse, mouillent le maillot.

En outre, il pourrait s'agir aussi d'un manque de forme. Dans ce cas là pourquoi ne pas laisser la chance à d'autres joueurs, plus jeunes pour la plupart, mais qui n'attendent que ça? À l'image de Dominik Furman, l'international polonais (2 sélections avec les A) arrivé en janvier 2014 en provenance du Legia Varsovie a été annoncé comme l'un des meilleurs polonais de sa génération au vue de sa polyvalence sur le terrain (capable d'évoluer aux 3 postes du milieu) mais aussi de son palmarès (doublé Championnat et Coupe de Pologne en 2013).

Le club de la ville rose a la chance de posséder un club formateur, duquel sont sortis Barthez, Dieuze, Tabanou, Sissoko ou encore Capoue. Les joueurs y sont formés dès le plus jeune âge (13 ans) et grappillent chaque saison les échelons. Depuis l'instauration du 3-5-2, les différents grades évoluent dans ce schéma tactique afin de les préparer au mieux à la Ligue 1.

Si l'on rassemble ces arguments, les choix de l'entraîneur sont alors remis en cause, qu'il s'agisse de joueurs ou de système de jeu. Mais si ce dernier estime qu'il n'a pas en sa possession les profils nécessaires à ses attentes, alors le mercato, qui approche à grand pas, devrait pouvoir renforcer ses troupes... 

Des joueurs d'expériences, chaque équipe en a besoin. Plus il y en a, mieux c'est pour un club, surtout familiale comme Toulouse. Dans le vestiaire toulousain, les violets savent qu'ils peuvent compter sur Didot, Sirieix ou encore Regattin. Ils sont là pour permettre aux nouveaux de s'intégrer à leur nouvelle vie, à leur nouvelle équipe, mais aussi pour conseiller les plus jeunes, on peut considérer que ce sont des fils conducteurs qui, de saison en saison, permettent à l'équipe de vivre dans la continuité pour qu'il y ait par la suite une bonne cohésion dans le groupe, chose importante dans le travail d'équipe. Ces joueurs clés disposent par ailleurs du statut de porte parole dans le vestiaire, ils sont très écoutés par leurs coéquipiers, mais aussi par les supporters. En effet, ils sont très respectés par ce statut qui leur donne une grande importance, même en étant absent des terrains (cf. Pantxi Sirieix qui joue peu mais tout le monde sait que l'on peut compter sur lui).

 

"Soyez derrière nous, aidez nous à faire des exploits !" Etienne Didot 

Une équipe sportive est composée d'une direction, d'un staff technique, de joueurs mais aussi de supporters. A chaque saison, le supporter essaie de s'imaginer le scénario des 10 mois à venir, regarde son calendrier, le classement à chaque journée, rêve de soulever une coupe en fin de championnat tout en pensant au prochain mercato. Mais à chaque fin de saison, le supporter a des regrets, et ça les toulousains ne peuvent le nier. Certes, il ne faut pas avoir une mémoire sélective en ne rappelant que les points négatifs, il faut aussi signaler les bonnes choses réalisés, car même sans palmarès on arrive toujours à soutirer un fait, un joueur ou un match qui nous a marqué.

Les joueurs, parlons-en. En 90 minutes, ils sont capables de nous rendre heureux, de nous décevoir, de changer notre humeur d'une mi temps à l'autre. Ils ont besoin de notre soutien sur toute une saison, qu'importe les résultats. Oui, parfois nous avons envie de tout plaquer, de tout laisser tomber mais l'amour d'un maillot est plus fort que tout. Cependant, pour mériter notre soutien, l'équipe doit de son côté nous procurer une montée d'adrénaline sur chaque match où le supporter a l'impression de jouer sa vie. C'est ce que veut ce supporter avant tout, être fier de son équipe. Celle-ci doit le lui rendre sur le terrain par des résultats, des trophées, des performances. Mais ce qui peut faire défaut au supporter, en général, c'est son exigence. Parce qu'il veut que son équipe gagne tout ses matchs, parce qu'il veut que tel joueur soit toujours aligné aux côtés de tel joueur sans prendre en compte les états de forme, parce qu'au contraire il en a ras le bol de voir tel joueur titulariser à chaque match. Parce qu'on aime son équipe, on veut que tout soit toujours rose.

En parlant de rose, revenons-en au club en question. Ce que les amoureux du maillot violet veulent, c'est plus d'ambition de la part de leur Téfécé. Le club doit prendre conscience des envies et des attentes de ses supporters. On réclame plus de soutien de la part des supporters, plus de présence dans les stades. Faut-il alors penser que si les supporters ne se déplacent plus, le club coulerait? Pourtant, une bonne partie est et restera présente. Oui, le Stadium ne se rempli plus, car certains, en voyant les résultats, ne trouvent plus la motivation de se déplacer, de "perdre du temps" à venir, d'avoir l'impression de ne pas être entendu. Au final, à qui la faute, à un public pas assez présent ou à un club qui fait des promesses mais qui ne vise pas plus haut? Mettons-y chacun du nôtre, commençons à écrire notre histoire, nous évoluerons dans la bonne direction.

 

"Le football n'est pas une question de vie ou de mort, c'est quelque chose de bien plus important que cela" Bill Shankly