Rencontre avec Jean-Louis Moncet : la voix de la Formule 1

Tout connaisseur de la formule 1 connait cette voix mythique, celle de Jean-Louis Moncet. Vavel a eu l'immense honneur de le rencontrer pour parler de la saison actuelle, de pronostics, de Formule E et bien d'autres sujets encore.Rencontre.

Rencontre avec Jean-Louis Moncet : la voix de la Formule 1
Crédit photo : sport24

Assis dans son bureau et corrigeant son papier de la semaine, Jean Louis Moncet, icône de la Formule 1 a accepté de répondre à nos questions.

Il débute à Sport Auto en 1971 où il s’occupait de la formule Renault, de la Formule 2 et des Championnats du Monde des rallyes. En 1975 pour le compte des championnats du monde des rallyes il alla à l’East African Safari (rallye au Kenya) ou il fit la connaissance de Jacques Bonnecarère qui venait de fonder Automoto. Ce dernier avait besoin de spécialistes pour équilibrer l’émission car il ne possédait que des gens connaissant la télé et c’est comme ca que Jean-Louis Moncet fit ses débuts à Automoto après l’accord de Sport Auto. En 1978, télé Monte Carlo l’invite à créer une émission qui s’appelait Chrono (qui existe toujours). Puis, fin 1979 il quitte l’émission, s’ennuyant un peu sur la cote méditerranéenne. Il remonte sur Paris où l’Auto Journal, le grand frère de sport auto l’engage jusqu’en 1995, année où on le renvoie à Sport Auto jusqu’en 2005 pour cause de mauvaise entente avec le rédacteur en chef. C’est ainsi que l’ancien patron d’Auto Plus, Thierry Soave profite de l’occasion pour le recruter jusqu’à aujourd'hui encore..                                                                                                                             

Du côté de la télé, il revient à Automoto après Chrono de 1979 à 1989 puis Jean-Claude Dassier, l’ancien patron des sports le met au direct pour commenter la F1 en 1990. En 1991, il part une année sur la Cinq pour continuer à commenter les grands prix jusqu’en 1992 car la chaîne fait faillite. TF1 hésitait alors à le reprendre, c’est donc lui qui alla vers eux avec à ses côtés un consultant de choc : Alain Prost et de 1992 à 2012 il reste à TF1. Mais en 2013 Canal + récupère les droits et le recrute dans la foulée. Pour Vavel, il revient sur son expérience et sur la saison 2013-2014.

N’avez-vous pas été déçu de quitter TF1 pour Canal+ ?

J’ai été surtout déçu que TF1 ne renouvelle pas ses droits de diffusion de la F1 mais cela s'inscrit dans la politique de la chaine de n’avoir que des grands évènements sportifs (coupe du monde) et pas plusieurs petits évènements ce qu’étaient les grands prix. J’ai toujours apprécié TF1 mais en revanche concernant sa filiale Eurosport, je n’ai pas du tout apprécié les gens qui en faisaient partie, ils n’étaient vraiment pas sympathiques, pour eux nous comptions pour du beurre alors que nous leur faisions P1/ P2 le vendredi, P3/ Qualifications le samedi et le GP le dimanche donc je n’ai ressenti aucun regret en les quittant contrairement à TF1 car c’est un peu comme une maison qui t’abrite pendant des années et des années mais le sport chez eux avait de moins en moins de place, en tout cas la F1.

Cela se passait-il de la même façon ou en mieux sur Canal+ ?

Canal + est différent de TF1, c’est une chaine ou il n’a pas de starification des commentateurs car chacun a son travail, dans mon cas je fais de la F1, du commentaire et cela tourne tout le temps. Je travaille avec différentes personnes à chaque fois et tout le monde a du talent et la chaine accorde plus de place aux sports (Canal+Sport, Infosport, Itele,…) que sur TF1.

Pourquoi avoir choisi la F1 ?

Ma famille (les Moncet) vient de l’Aveyron, département assez retiré, nous étions nombreux et une partie de la famille (incluant moi-même) a « immigré » au Mans. Donc, dès l’âge de 4 ans, je ne connaissais que les 24h du Mans mais il faut savoir que je n’ai jamais collectionné de petites voitures. Ensuite, il y eu la F1 car quand je suis arrivé à sport auto en 1971, c’était le sport le plus médiatisé déjà à l’époque et qui prenait plus d’ampleur que les 24h du Mans. Puis à la télévision, TF1 a accentué cela en diffusant l’intégralité des grands prix et puis c’est ce qu’il y a de mieux car la F1 possède les 3 unités de la tragédie grecque (temps, lieu, action) et c’est un sport qui fonctionne énormément.

Qu’avez vous fait comme études ?

Jai fait Lettres puis école supérieur de Journalisme mais ce qui m’a le plus aidé c’est d’avoir travaillé dans un garage de mon père à Nice lorsque j’étais jeune et cela m’a beaucoup aidé (démonter des moteurs,…). C’est sans doute l’école de la rue mais ça m’a servi tout de même.

Quel est votre avis concernant le rachat de Caterham ?

Très franchement, Caterham est une écurie de fonderie et j’espère que mon ami Collin Kolles qui vient de la racheter ne l’a pas payée cher car il va falloir encore investir énormément. Et l’ancien directeur Tony Hernandes, malgré toute l’argent qui l’a investi, cela n’a rien donné mais il faut savoir que M. Fernandes a fait de la F1 par hasard  sans vraiment le vouloir. Pour réussir en F1, il faut faire comme les dirigeants des grandes écuries comme Maclaren, Renault, Ferrari mais lui, il ne pouvait pas car en s’occupant aussi d’une compagnie aérienne (Air Asia), ce n’est pas possible de réussir. Et pour le nouveau dirigeant Collin Kolles qui aime la F1, ça devrait marcher pour lui.

Nouveau règlement F1 pour 2015 (départs arrêtés,…) à discréditer la F1 au profit de l’endurance ?

L’idée des nouveaux départs, en soi, c’est bien même si cela rajoute du danger car on sait tous que le départ est le moment le plus dangereux mais aussi du coté de la mécanique car lorsque l’on demande à 1 voiture qui a déjà 20 tours dans le capot de reprendre le départ, il va falloir encore réfléchir sur les moteurs, les transmissions, les accélérations ou encore la surchauffe. Maintenant dire que l’on fait tout cela pour discréditer la F1 au profit de l’endurance, les gens peuvent le dire mais l’on peut discréditer tout ce que l’on veut sur la F1, on ne peut pas négliger le fait qu’elle a lieu 18 ou 19 fois par an alors que pour l’endurance il n’y a vraiment que les 24h qui compte ( les autres courses comptent très peu) et lors de cette course il faut rester plus de 15h devant sa télé, alors moi je le fais car c’est mon métier mais pas tout le monde ne le ferait alors que la F1 dure deux heures et c’est bon. Puis les 24h du mans, ça revient tous les ans alors que la F1, tous les weekends pratiquement.  On peut donc privilégier tout ce que l’on veut sur l’endurance, jamais ça ne vaudra la F1.

Mercedes a ses deux pilotes aux 2 premières places, pourquoi cette écurie est-elle supérieure aux autres ?

Pour deux bonnes raisons, tout d’abord, Mercedes a fait son moteur sans à priori en étudiant bien toutes les solutions, en s’y mettant très tôt car il n’avait pas grand-chose à perdre contrairement aux autres écuries comme Renault, qui s’y sont pris à la légère et qui ont découvert qu’ils connaissaient moins bien que prévu les nouveaux moteurs (thermique électrique). Les ingénieurs de Mercedes, eux, ils savaient faire des moteurs Indianapolis, et un tas d’autres choses qui leur ont permis de concevoir un meilleur moteur thermique. La deuxième bonne raison est que l’usine qui fabrique les moteurs F1 de Mercedes est située environ à 40 km de celle qui fait les châssis, cela signifie qu’a chaque fois qu’un nouvel élément était ajouté aux moteurs, ce dernier était tout de suite intégré dans la voiture. Au final, ils ont produit une voiture excellente, de part son moteur et son châssis.

Pour vous, la Scuderia Ferrari a-t-elle tiré un trait sur le championnat 2014 ?

Oui, puisque quand à la mi-saison, tu termines à 18 secondes des Mercedes, c’est fini. On peut essayer de rattraper 4 voir 5 secondes mais 18, cela est impossible. Pour rattraper cette différence, il faudrait prendre 3 dixièmes de secondes aux Mercedes à chaque tour. Désormais, il va falloir voir le choix de Marco Mattiacci, soit changer tous tout de suite en prenant par exemple Ross Brown soit chercher et faire comme Jean Todd en 1993 ou il a fallu attendre 6 ans avant que Ferrari s’impose (1999).

Pour vous quel est le grand favori pour remporter le championnat 2014 ?

Déjà, on est sur de quelque chose : ce sera l’un des deux pilotes Mercedes. Apres, je pense qu’Hamilton est plus rapide que Rosberg mais il a moins de tête et que Nico sait réfléchir, sait jouer les cartes qu’il faut. Comme dans tous les sports, il y a des très bons mais ce qui fait la différence est ce qu’il y a dans la tête. Et sur ce critère, Nico Rosberg devance Hamilton.

Aura-t-on le droit à nouveau à un grand prix de France en F1 ?

Pour tous les grands prix, on paye un plateau et quand on voit que ceux de Singapour et Abu Dhabi en paye pour 40 à 60 millions d’euros, ça devient plus difficile. Même si il faut savoir que le grand prix de France est tellement mythique que le plateau est réduit à 15 millions d’euros mais les organisateurs s’affolent en déclarant avoir tous l’argent alors qu’ils ont en réalité 1 seul million et qui leur en manque encore 14.

Pensez vous possible le retour d’une écurie française ?

A l’heure actuelle, il y a deux écuries qui peuvent faire une tentative en F1, premièrement Dams, celle de Jean Paul Driot, déjà bien occupé par la formule Renault,... Mais on a aussi l’écurie de Frédéric Vasseur et Nicolas Todt, ART Grand Prix. Cela est possible, mais une fois de plus, il faut trouver les capitaux, c'est-à-dire que pour lancer une écurie de F1, on sait bien qu’il faut bien plus que 60 millions d’euros puisque le budget moyen de départ est de 200 millions. Ces deux écuries sont sérieuses et elles ne feront pas comme Tony Fernandes qui a cru pouvoir lancé une écurie avec seulement 20 millions.

Pensez vous qu’aujourd’hui, ce sont plus les ingénieurs qui sont derrière le volant que les pilotes, eux-mêmes ?

On peut dire cela d’une certaine façon parce qu’il faut qu’en même savoir que les ingénieurs font la pluie et le beau temps puisqu’ils se permettent de donner plusieurs conditions de course parfois donc d’une certaine façon oui mais il faut tout de même savoir que les grands pilotes (Vettel, Alonso,…) font un peu comme ils veulent. Enfin, ce qu’ont les pilotes derrière le volant et ce n’aurait sans doute pas les ingénieurs est la bravoure et le courage ( ?)puisque sur des circuits comme Spa-Francorchamps ou Suzuka, ce n’est certainement pas l’ingénieur qui conduit mais bien les pilotes. Pour moi, il y a encore un très grand respect pour ces derniers.

Dans un de vos articles, vous affirmez qu’Alonso chez McLaren c’est possible et que Vettel chez Ferrari l’est aussi ? Vous confirmez ?

Il faut tout d’abord savoir que si McLaren veut Vettel et Alonso, ils ne manqueront pas de le faire. Ce sont les deux meilleurs pilotes du monde en ce moment et quand on entend Alonso dire avoir fait sa meilleure course en terminant à 18 secondes des Mercedes, cela fait réfléchir tout comme Vettel laissant passer Ricciardo ou encore ayant des problèmes de moteurs. De plus, ce sont de pilotes très prisés, regardés de prêt et c’est impossible que ces deux pilotes restent encore une année de plus dans leur écurie donc je pense logiquement qu’ils sont sur le départ et qu’ils peuvent rejoindre les écuries que j’ai cité mais il faut pour cela que Ferrari montre sa volonté d’acquérir l’allemand alors que pour l’espagnol, cela semble mieux parti.

Et Jules Bianchi pour remplacer Alonso ? Possible ?

Jules est un bon pilote, ce n’est pas parce qu’il est jeune que cela me semble impossible puisqu’on a notamment Magnussen ou Bottas qui sont aussi jeunes que lui et qui sont dans de grandes écuries. Je pense que si Ferrari ne compte pas le mettre titulaire à la place de Raikonnen ou Alonso qui sont sur le départ, pour lui, ça ne sert à rien d’aller là-bas.

M. Ecclestone aimerait 8 écuries ainsi que trois voitures chacune, qu’en pensez vous ?

Il y a deux raisonnements pour répondre à cela, tous d’abord le nivellement par le bas, c'est-à-dire garder les petites écuries ou le nivellement par le haut. Par exemple, on prend 5 écuries au hasard, on leur demande déjà trois voitures au lieu de 2 mais la question est de savoir si l’on donne cette troisième voiture à une écurie privée comme c’était le cas il y a longtemps ou les laisser aux grandes écuries. Pour moi, on devrait permettre à ces dernières d’en avoir trois et ensuite, elles en feront ce qu’elles veulent.

Préfériez vous le temps où il y avait deux manufacturier de pneumatique au lieu d’un aujourd’hui ?

Oui, bien sûr mais aujourd’hui si l’on a seulement un manufacturier unique, c’est en partie la faute de Michelin et de Bridgestone. Ils se sont livrés une telle guerre alors qu’ils auraient pu se parler. Du coup, on est arrivé au grand prix des Etats Unis en 2005 avec d’un coté Bridgestone qui traversaient une passe difficile puisque Ferrari ne gagnait plus et d’un autre Michelin voulant tellement écraser ces derniers qu’ils ont fabriqué un pneu ne tenant absolument pas le coup et de ce fait, on s’est retrouvé avec seulement 6 voitures sur la grille de départ. Je pense tout de même qu’il faudrait revenir à deux manufacturier mais ces derniers devraient s’entendre mieux car sinon, on sera obligé de rester avec un manufacturier unique qui comme son nom l’indique n’aura pas de soucis de concurrence comme l’ont eu Michelin et Bridgestone.

Quel est pour vous le potentiel de la Formule E ?

Le potentiel, cela serait que ces voitures montent à 270 chevaux, donc près de 225-240 km/h mais l’on ne peut strictement rien affirmer avant les courses car on aura la réponse quand celle-ci auront débuté.

Est-ce que cela peut remplacer la F1 dans les prochaines années ? Est-ce l’avenir des courses automobiles ?

Oui c’est l’avenir des courses automobiles dans cette discipline mais pour l’instant le vrai avenir des voitures, c’est l’hybride. Toyota a commencé à vendre des Prius hybride dès 1997 et aujourd’hui en 2014, par exemple Renault n’a toujours pas sorti de modèles hybrides mais que des électriques qui ne marchent pas fort. Mais l’accord entre EDF et la FIA montre que l’arrivée de l’électrique dans le monde automobile avec la Formule E renforce l’hypothèse d’avoir un jour des automobiles hybrides qui représentent l’avenir. Mais avant de parler il faudra regarder ce que nous montrent les engins lors des courses car si la Formule E ne fonctionne pas, elle s’éteindra. Au contraire, si cela fonctionne, que l’ambiance autour est bonne, cela peut devenir top.

Une catastrophe s’abat sur la Terre mais vous pouvez conserver un circuit ?

Suzuka.

Un pilote ?

Je ne peux pas y répondre car chaque pilote doit être jugé dans le contexte de son époque, du coup il n’y a de meilleur pilote au monde, je suis donc obligé d’en citer plusieurs selon leurs époques : Clark, Moss, Lauda, Stewart, Senna, Prost, Schumacher, Vettel.

Une écurie ?

Ferrari, ils sont la depuis le début. Du deuxième grand prix de l’histoire de la F1 à aujourd’hui (ils ne sont pas allés au premier car les primes de départ n’étaient pas assez bonnes sinon ils ont toujours été là). Ferrari fait définitivement parti de l’histoire de la F1.

Propos recueillis par Bastien Monbet