Quels sont les problèmes du football écossais ?

Depuis plusieurs années, le football écossais est au fond du trou. Mais récemment, son déclin s'est accentué et aujourd'hui il est en train de tomber dans des profondeurs qu'il n'avait jamais connu. Comment cette nation qui a bercé un nombre incalculable de très bons joueurs et a remporté plusieurs Coupes d'Europe peut aujourd'hui se retrouver à la 24ème place de l'indice UEFA et à l'avant-dernière place de son groupe dans les éliminatoires de la Coupe du Monde ? La réponse est ici.

Quels sont les problèmes du football écossais ?
Kris Commons (Celtic), Kenny Miller (Ecosse) et Lee McCulloch (Rangers), symboles de la déchéance

Une sélection nationale avec des résultats en berne

 

Ah l’Écosse ! Quel beau pays ! Les Highlands, les musiques traditionnelles, les kilts sans sous-vêtements, le XV du chardon, Nessie...et son football. Toutes ces caractéristiques sont celles des clichés que l'on peut se faire de ce pays. Mais pour le dernier, il est doucement en train de disparaître et de s'enfoncer dans les profondeurs du Loch Ness... Le football écossais est comme une vieille star de disco : au top dans les 70's et 80's, au fond du trou aujourd'hui. Un constat dur mais tellement réel. Les plus jeunes d'entre nous auront du mal à s'imaginer que l’Écosse a été une nation qui comptait dans l'échiquier mondial. Et pourtant c'était le cas. Entre 1974 et 1990, la nation britannique n'a raté aucune phase finale de Coupe du Monde. Un exploit encore plus retentissant sachant que seulement 16, puis 24 équipes à partir de 1982 étaient conviées à cette compétition à l'époque. Peu d'équipes peuvent se vanter de cela. Dans les années 1990, ils ont vivoté en participant à deux Euros et à une Coupe du Monde. Mais depuis ce fameux mondial disputé en 1998 sur le sol français, c'est le néant. La sélection est en perte de vitesse totale. Quand on regarde de plus près ce qu'a fait cette équipe durant les quinze années écoulées depuis, c'est plus qu'inquiétant.

 

A part la campagne de qualifications à l’Euro 2008 durant lesquels ils passèrent à deux points de la qualification après avoir notamment remportés leurs deux matchs contre la France, le reste s’est passé dans l’anonymat total. C’est cette même année qu’ils sont parvenus à atteindre leur meilleur classement de ces vingt dernières années en atteignant le 14ème rang mondial. Une once d’espoir dans un océan de frustrations en quelque sorte. En effet, à part cet intermède joyeux, il n’y a pas de quoi s’enflammer. Aujourd’hui, l’Écosse est à une piètre 50ème place à ce même classement mensuel effectué par la FIFA. Et encore, sans l’exploit réalisé en Croatie avec une victoire sur le score de 1-0 grâce à un but de Snodgrass, ce serait pire. Il y a trois mois, ils pointaient à la 78ème place et sont passés tous proches de battre leur malheureux record datant de Mars 2005 où ils avaient touché le fond en étant placés au 88ème rang mondial… Quand on voit aussi certains résultats récents, ça nous donne envie de pleurer pour cette nation. Entre un 5-1 concédé aux Etats-Unis, une défaite à domicile face au rival gallois, un 4-0 encaissé en Norvège ou encore une défaite en Macédoine, ils ont droit à leur petite humiliation annuelle. Mais si la sélection est devenue aussi peu performante, c’est aussi parce que les joueurs n’ont pas le même niveau que ceux d’antan.

 Des joies de plus en plus rares...

Une relève d'une qualité largement inférieure

 

Revenir sur le passé fait peut-être vieux jeu mais cela permet aussi de comprendre que le vivier a évolué et a surtout largement baissé en qualité. La simple comparaison entre les joueurs d’aujourd’hui et ceux d’il y a exactement trente ans montre bien qu’il y a une différence abyssale. A l’époque, l’Écosse disposait de Graeme Souness, Alan Hansen et Kenny Dalglish de Liverpool, Franck Gray de Leeds, Charly Nicholas d’Arsenal ou encore d’excellents joueurs qui cartonnaient sur le plan européen avec leur équipe écossaise comme Alex McLeish et d’autres avec Aberdeen. Cela pour dire que tous ces joueurs connaissaient le top niveau. La plupart évoluant dans un championnat d’Angleterre qui avait l’Europe à ses pieds, et surtout dans les meilleures équipes de ce championnat. Aujourd’hui, la plupart évolue toujours en Premier League mais si on cherche la trace d’un Écossais qui évolue dans une équipe qui joue la C1, on n’en trouvera pas…

 Souness, Dalglish et Hansen : L'Ecosse qui gagne 

Si l’on regarde de plus près les cadres de la sélection nationale, ça n’a rien à voir avec des Hansen, Dalglish ou Nicholas. Le boss de la défense, Gary Caldwell, évolue désormais en Championship (D2) avec Wigan tout comme son coéquipier en attaque Shaun Maloney. Ceux qui évoluent dans les meilleurs clubs ne sont même pas titulaires avec alors que ces derniers bataillent seulement en milieu de tableau. C’est le cas de Charlie Adam avec Stoke, de Steven Naismith avec Everton, de James Morrison avec West Bromwich Albion ou encore de Barry Bannan avec Aston Villa. Même Kenny Miller, âgé de 33 ans, et qui évolue désormais en Major League Soccer avec les Vancouver Whitecaps est encore titulaire en sélection… Mais ce problème là n’est pas récent. A part des mecs comme Darren Fletcher ou Barry Ferguson qui ont réussi à se forger une certaine réputation dans le Royaume et un peu en Europe, le reste des joueurs a toujours évolué soit dans le championnat local, soit en D2 ou en milieu de tableau de D1 anglaise. Forcément, difficile de faire quelque chose après avec des joueurs d’un niveau très moyen…

 

Mais ce qu’il ne faut pas oublier non plus, c’est que l’Écosse reste malgré tout un petit pays qui titille à peine les six millions d’habitants. Il y a bien l’exemple de l’Uruguay qui arrive à obtenir d’excellents résultats avec un bassin de population encore moins important mais contrairement à l’Écosse, la nation sud-américaine est un pays qui vit uniquement pour le football. En effet, si le football reste le sport qui compte le plus de licenciés dans le pays (plus de 30 000), il y a aussi la très forte concurrence du rugby sous toutes ses formes ou encore du golf. Le réservoir de joueurs est donc encore plus restreint par cette concurrence. Mais ce qui fait aussi la différence, c’est que contrairement à quasiment tout le monde, le football écossais n’a pas vraiment su passer du foot « à papa » au foot business à partir des années 1990. Que ce soit les dans les clubs ou à la fédération, le wagon du développement n’a pas été pris et ça coûte cher. Depuis la fin du règne de près de dix ans à la tête de la sélection de Craig Brown (1993-2002), ils sont six à s’être succédés sans réussite. Mais si la sélection est tombé au plus bas, le championnat national a réussi l’exploit de faire encore pire…

 Maloney et Caldwell : L'Ecosse qui perd

Un championnat de plus en plus désolant

 

Quand on regarde la Scottish Premier League aujourd’hui, le spectacle est désolant dans tous les secteurs. Si l’outrageuse domination des deux clubs de Glasgow que sont le Celtic et les Rangers a toujours existé depuis la fondation du championnat en 1891 (54 titres pour les Rangers et 44 pour le Celtic depuis), cette domination fut parfois mise à mal. Ce fut le cas entre 1948 et 1952, période durant laquelle le Hibernian d’Edimbourg remporta trois titres. Ainsi, on pouvait avoir quelques surprises comme ce fut le cas avec les titres de Kilmarnock en 1965 ou de Dundee United 1983. Mais depuis la fin du grand Aberdeen qui était coaché par un certain Alex Ferguson, futur Sir Alex, qui remporta son dernier titre en 1985, il n’y a plus aucun suspense. Depuis 28 ans, le titre est gagné par l’un des clubs de Glasgow ! Une situation tout juste hallucinante que l’on ne retrouve nulle part ailleurs dans des championnats de ce niveau. Même les gros duels européens Real-Barça en Espagne ou Etoile Rouge-Partizan en Serbie n’en sont pas arrivés à ce point terrible. Depuis l’année dernière, le peu d’intérêt qui résidait dans ce championnat a même tout bonnement disparu.

En effet, si le suspense pour le titre était devenu quasi inexistant, l’Ecosse pouvait au moins être fière d’une chose : le « Old Firm ». Ce fameux derby de Glasgow qui est le plus chaud du Royaume-Uni. Les derbys de Manchester, Londres ou Liverpool à côté de celui-là, c’est pour les bisounours. Seuls les Boca-River, Fla-Flu ou encore Partizan-Etoile Rouge en Serbie revêtent une passion similaire. Même si malgré tout, le « Old firm » reste le numéro un par son ancienneté mais aussi pour sa dramaturgie (Ibrox 1972, la mort de John Thomson…). C’est les verts contre les bleus, les catholiques contre les protestants. C’est bien plus qu’un match. Sauf que depuis la saison dernière, on n’a plus droit à cette parenthèse qui fait le seul charme du championnat écossais. A cause de soucis financiers importants, les Rangers sont tombés en D4. Ce qui est peut-être le plus désolant dans tout ça, c’est que ce sont les clubs professionnels écossais qui ont décidé du sort des Gers…Ils ont donc tué eux-mêmes le seul intérêt de leur championnat. Aujourd’hui, les Rangers sont en D3 et explosent tous leurs adversaires avec des victoires hémorragiques. Quelques fidèles comme les internationaux Lee McCulloch et Lee Wallace sont restés pour faire revenir le club tandis que des joueurs qui peuvent évoluer plus haut sont arrivés pour aider ce monument en péril, comme l’ancien lyonnais Sébastien Faure.

 

En attendant le retour des Gers en SPL et le temps qu’ils redeviennent compétitifs, le Celtic a une autoroute d’ouverte pour aller chercher le titre durant au moins les trois prochaines années sans trop de frayeurs. La différence de niveau est tellement énorme qu’il faudrait l’exploit du siècle pour que quelqu’un aille les chercher. L’an dernier, ils ont terminé le championnat avec 16 points d’avance sur leur premier poursuivant, Motherwell… Autant dire que pour trouver du suspense, on repassera. La qualité de jeu est quant à elle totalement exécrable. A part le Celtic qui arrive à produire un jeu convenable, pour le reste c’est Retour vers le Futur avec la DeLorean arrêté dans les années 1980. Alors qu’en Angleterre, le Kick’n’Rush a quasiment disparu de la circulation, on ne voit que ça en Ecosse. Pour le spectacle c’est évidemment peu enthousiasmant, sauf pour les sexagénaires qui aiment le football dur et plutôt bourrin. Et le dernier gros point noir ramène donc un peu aux Rangers. En effet, s’ils montent en D2 la saison prochaine, ils croiseront probablement le Hearts of Midlothian, le grand club de la capitale Edimbourg. Après avoir subi la gestion calamiteuse du russe Vladimir Romanov, les comptes sont dans le rouge et ils ont écopé de 15 points de pénalité… Hearts-Rangers en D2 ? Ce serait une première. Et surtout cela enlèverait le deuxième derby historique du pays, celui d’Edimbourg entre le Hibernian et les Hearts, retirant du même coup le minuscule intérêt qu’il pouvait y avoir. Quand on vous dit que tout va mal…

 Le Celtic, champion en titre

Des résultats européens catastrophiques

 

Evidemment, le niveau du championnat étant catastrophique, au niveau européen, les résultats sont du même acabit. Rien qu’en regardant l’indice UEFA actuel de l’Ecosse, on se rend bien compte que la chute est vertigineuse depuis plusieurs années. Le pays du « Flower of Scotland » est aujourd’hui placé au 24ème rang, entre les championnats suédois et serbes…Une humiliation de plus pour ce pays. Mais le pire a été connu certainement en ce début de campagne européenne durant laquelle ils ont connu des défaillances tout simplement hallucinantes. Avec cette chute dans le classement de l’UEFA, il n’y a plus qu’une seule place d’accordée en Ligue des Champions. Le Celtic Glasgow l’a arraché mais la défaite concédée sur le score de 2-0 contre les Kazakhs du Chaktior Karagandy restera longtemps dans les mémoires. Mais que dire alors des performances en C3. En Barrages, il n’y avait déjà plus aucun représentant écossais, une première historique. Saint Johnstone s’est fait sortir aux tirs aux buts par les Biélorusses du FC Minsk tandis que Motherwell a subi plus logiquement la loi du Kuban Krasnodar de Djibril Cissé, tous deux au Troisième Tour Préliminaire. Mais le pire est intervenu au tour précédent. Opposés aux modestes suédois de Malmö, le Hibernian a explosé et s’est pris notamment au match retour un 7-0 sur sa propre pelouse ! No comment…

 Hibernian 0 Malmö 7

Des résultats aussi pitoyables sont totalement en décalage avec le passé glorieux qu’ont connu ces clubs sur la scène européenne. Le Celtic a remporté une C1 en 1967, tandis que les Rangers ont remporté une C2 en 1972 et Aberdeen une autre en 1983, sans compter les nombreuses finales perdues. Le football écossais possède donc un beau palmarès européen, mais qui a pris un sérieux coup de vieux. Les finales de C3 du Celtic en 2003 puis des Rangers en 2008 sont les deux arbres qui cachent la forêt. Derrière ces deux parcours, c’est le néant le plus total. Les clubs ne sont plus au niveau. Alors qu’il y a encore quelques années, ils étaient maintenus dans la seconde zone du football européen aux côtés des Pays-Bas ou de la Suisse, la déchéance des Rangers et le manque de compétitivité du championnat qui affaiblit le Celtic a fait passer le championnat dans la troisième zone européenne aux côtés de championnats comme la Suède ou la Norvège…

 

Les résultats sont en berne, mais le plus inquiétant dans tout cela, c’est que rien ne semble indiquer qu’il y aura du mieux. On peut même craindre encore pire. Ces résultats sont la conséquence directe de tout ce qui a été dit précédemment. La formation étant à la dérive, les clubs ayant des moyens financiers limités et la direction du football écossais étant larguée, la chute n’est pas encore finie. Pour que les fans écossais trouvent encore un peu de plaisir, il faudra ressortir les platines pour se remettre dans l’ambiance des 80’s, une époque où on pouvait encore rêver de gloire de l’autre côté du mur d’Hadrien…