Reportage : VAVEL au cœur d'un drame national

VAVEL est au Brésil en ces derniers jours de Coupe du Monde et notre journaliste a pu suivre l’effervescence au pays lors de l'élimination de la Selecao par l'Allemagne, puis, pis encore, de la qualification de l'Argentine pour la finale de leur Mondial. Reportage.

Reportage : VAVEL au cœur d'un drame national
David Luiz inconsolable, dans les bras de Thiago Silva. (c) Zimbio

Mardi 8 juillet, 14h : Depuis midi, le Brésil est complètement arrêté. Les télévisions montrent les autoroutes du pays, complètement vides. Seuls les bars et les appartements sont peuplés d'amateurs de football et de la Seleção, espérant le "Hexa" à la maison. Les supporters sont déjà dans les bars, maillots et drapeaux à la main, et chantent "O campeão voltou" (Le champion est revenu). L'autobus du Brésil part de l'hôtel, et croise des supporters qui encouragent fortement les joueurs de la sélection. Des duplex sont réalisés devant la résidence de Neymar, et des masques de Neymar sont distribués à l'entrée du Minerão. Le Brésil est entièrement derrière l'équipe, espérant une grosse performance. 

Mardi 8 juillet, 17h : Le Brésil, complètement arrêté depuis midi, est totalement derrière son équipe nationale. Tout le monde croit en cette équipe nationale, et dans les "Fan Fest", tous les brésiliens sont réunis devant un match, qui, ils le croient, va leur apporter le bonheur, en ce temps de crise sociale. Neymar, chez lui à Sao Paulo, est devant le match, alors que l'autre absent Thiago Silva, venu encourager ses coéquipiers, est maintenant dans la tribune. "O Hino National Brasileiro" résonne dans les tribunes du Minerão quasi-exclusivement acquises à la cause des sud-américains. Ferveur, ambiance, tension, tout est réuni pour un grand match. Les bars brésiliens font même des "Bolão" (concours de pronostics) où beaucoup pronostiquent une victoire brésilienne, en vain. 

Mardi 8 juillet, 17h30 : La démonstration allemande détruit le Brésil. Dans les bars, les insultent fusent, le désarroi envahit les supporters, qui demandent l'addition avant même la mi-temps. La tristesse est de mise, sauf pour certains qui rigolent, satisfaits au moins que "Dilma" (présidente du Brésil ndlr) ne soit pas réelue (tendance brésilienne disant que Dilma ne sera pas réélue si le Brésil ne gage pas). Les chants sont maintenant des insultes ou des parodies. Reconnaissant la supériorité allemande, mais abattus par la débâcle des auriverde, les supporters quittent les points de rencontre, les larmes aux yeux. Seuls les plus courageux resteront, et seuls les plus courageux soutiendront la Seleção depuis les Fan Fest. L'Allemagne mène 5-0 à la mi-temps, le rêve s'est envolé, le sourire a disparu, les larmes ont remplacé les rires, et le Brésil est à terre. 

Mardi 8 juillet, 19h : Fin du match à Belo Horizonte. Le Brésil a été sali, humilié, et exterminé par les Allemands. Si Tony Kroos et ses coéquipiers ont mis à terre les joueurs de la Seleção, ils ont aussi mis à terre le Brésil, tous ses habitants, et même le gouvernement, insulté par les supporters. La démonstration allemande a été totale, comme l'absence de défense du côté brésilien. Si David Luiz, énorme lors du début de la Coupe du Monde et capitaine n'a pas été au niveau, c'est le cas de tous ses coéquipiers, tous aussi honteux les uns que les autres. Les analyses pleuvent sur cette rencontre, aussi inexplicable que le niveau affiché par les brésiliens. Un passage à vide, technique, tactique et psychologique, qui leur a fait encaisser cinq buts, pour une des plus grandes humiliations de l'histoire. 

David Luiz, en larmes, expliquera au micro de Globo qu'il voulait seulement rendre le peuple brésilien heureux, au moins grâce au football. Mission ratée, mais lui ne peut quasiment rien se reprocher. En effet, de tous les brésiliens, c'est probablement celui qui a été le plus important, défensivement, et qui a été le vrai leader de cette équipe. Chantant l'hymne national à gorge déployée, il a incarné cette Seleção jusqu'à la déroute de la demi-finale. 

Si un joueur a été au centre des critiques, c'est bien lui : Fred. Si les attaquants qui ne marquent pas ont au moins pour eux de participer au jeu, ce n'est pas le cas du joueur de Fluminense. Si un poteau au milieu du terrain ne marque pas, il a au moins la décence de ne pas être hors-jeu, ce qui n'est pas le cas de Fred. Aussi inutile que pauvre techniquement, l'attaquant pourtant décisif lors de la Coupe des Confédérations a été absolument absent et mauvais. Au centre des critiques, il n'a rien fait pour les apaiser : ne bougeant quasiment pas sur le terrain, et ayant du déchet sur quasiment tous les ballons qu'il a eu l'opportunité de toucher, il est considéré par certains journalistes comme le pire attaquant brésilien de l'histoire. Quand Brandão disait qu'il voulait faire la Coupe du Monde...

"Cette défaite, c'est de ma faute" (L.F.Scolari)

Cette déroute est dûe notamment à la faiblesse défensive du Brésil, mais également à une organisation au milieu de terrain défaillante par rapport au meilleur milieu de terrain du monde (Kroos - Schweinsteiger - Khedira). Tandis que les Allemands récitaient leur football face à une équipe trop faible, les Brésiliens pliaient face à une équipe beaucoup trop forte. Luis Felipe Scolari a donc également une part importante dans cette défaite, tant sa composition à trois milieux de terrain travailleurs semblait évidente face à la technique incroyable du milieu de terrain germanique. 

Mercredi 9 juillet, 20h : 

L'Argentine qualifiée pour la finale

"Encore un jour triste" (Une de O Popular)

Si le Brésil avait déjà passé une mauvaise soirée lors de la première demi-finale, mais peut être une pire soirée lors de la seconde. L'Argentine, ennemi juré du Brésil à tous les niveaux, se qualifie pour la finale de la Coupe du Monde aux tirs au but. Dans un stade quasi-entièrement acquis à sa cause, l'équipe de Lionel Messi, meilleur joueur du monde, et au terme d'un match sans agitation. Si on attendait un Argentine-Brésil en finale ou voir même en petite finale, le "classico" sud-américain n'arrivera pas au pays de Pelé. L'Argentine pourra "venger" les intérêts du Brésil face aux Allemands de Bastian Schweinsteiger à Rio de Janeiro. 

"J'espère que Messi va gagner la Coupe du Monde" (Neymar)

Si dimanche 13 juillet, l'Argentine devait mettre l'Allemagne au tapis, beaucoup de brésiliens l'auraient bien en travers de la gorge. Si Neymar a dit qu'il voulait voir son coéquipiers Lionel Messi soulever le trophée le plus prestigieux, les Brésiliens vont certainement supporter leurs bourreaux d'un soir, 100.000 argentins sont arrivés en masse pour supporters "Los Hermanos". 

La cerise sur le gâteau serait que ce soit dimanche Lionel Messi qui soulève le trophée, ce qui serait réellement un drame national.