Peut-on jouer sans arrières latéraux ?

Rojo en Argentine, Höwedes ou Boateng pour l'Allemagne, Vertonghen pour la Belgique, il n'est pas rare de voir des défenseurs centraux occuper le poste d'arrière latéral. L'absence de latéraux de formation ne semble pas fragiliser la solidité défensive d'une équipe. De quoi amener la disparition définitive de ce poste ?

Peut-on jouer sans arrières latéraux ?
Peut-on jouer sans arrières latéraux ? ©metronews.fr

Championne du monde, l'Allemagne l'a été sans arrière gauche de formation et en débutant la compétition avec aucun latéral de métier lors des 4 premiers matches, révélant l'importance moindre de ce poste dans l'équilibre défensif d'une équipe. Cependant avec le replacement de Lahm à droite, dès les quarts de finale, cette même équipe d'Allemagne est venue montrer que ce poste conserve un caractère primordial dans la force de frappe offensive d'un collectif. Face à l'évolution du football, quelle importance peut-on accorder au poste d'arrière latéral. Peut-on imaginer un football sans défenseurs de couloir ?

Moins prépondérant défensivement

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Ce qu'il semble ressortir de ce Mondial 2014, c'est qu'une défense peut se révéler solide sans réels hommes de base dans ses couloirs. Le football a évolué, il amène les arrières latéraux à avoir d'autres qualités et un autre rôle. Les entraîneurs recherchent de plus en plus des latéraux comme Roberto Carlos, capables avant tout d'apporter le déséquilibre dans leurs couloirs pour faire reculer l'adversaire. La solidité défensive d'un arrière latéral n'est plus un critère primordial. De plus en plus construisent leurs équipes autour d'un bloc solide dans l'axe, à l'image de l'Argentine de Sabella basant son efficacité défensive sur le rectangle axial Mascherano - Biglia - Garay - Demichelis. La tactique vise désormais à fermer toutes les possibilités dans l'entrejeu, il faut forcer l'adversaire à s'enfermer sur les côtés, avec une arrière-garde perméable aux abords de sa surface. Le football s'est construit ainsi, les arrières latéraux sont moins impliqués dans le secteur défensif. Quant aux équipes qui veulent être réellement solides même sur les côtés, elles optent plus pour un troisième défenseur central, pour conserver une ligne défensive à trois afin de protéger des attaquants et des milieux, amenés à jouer haut. Thuram avec la Juventus et la France, Maldini avec le Milan AC et l'Italie ou Abidal avec le Barça ont été les premiers centraux à occuper ce rôle. Vertonghen, Boateng, Rojo, sont leurs successeurs, confirmant que les arrières latéraux de formation sont amené à être moins important dans le registre défensif.

Une arme réelle en phase offensive

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Mais ce qu'il semble préserver la race des latéraux, c'est leur importance face à la disparition d'ailier de débordement. Si les défenseurs de couloir très bons défensivement, n'existent plus, c'est parce qu'on leur demande désormais de monter très haut sur le terrain pour étirer les lignes adverses et occuper les ailes en phase offensive. En attaque, les ailiers ont le rôle de rentrer dans l'axe, souvent en faux pieds, souvent pour fixer et provoquer les défenseurs adverses dans les petits espaces. Les ailes sont alors inoccupées. Problématique pour contourner des blocs de plus en plus regroupés dans l'axe. C'est alors aux arrières de monter, déborder et débouler dans les couloirs. Si Lahm a retrouvé son poste de prédilection avec l'Allemagne dès le match contre la France, c'était pour retrouver une efficacité dans le couloir droit inefficace avec Özil jusque-là. Avec Müller en point de fixation et les montées de son capitaine, la Nationalmannschaft s'est alors retrouvée plus incisive lors de ses phases offensives, pratiquant un football plus direct et dangereux. A l'image de Jordi Alba en 2012, de Lahm, auteur de deux passes décisives lors de cette Coupe du Monde, d'Alaba au Bayern, de Maxwell au PSG, les arrières latéraux restes primordiaux, parce qu'avec l'évolution du football, ils deviennent une arme essentielle dans le camp adverse.

Les arrières latéraux ne sont pas en voie de disparition. Leur rôle est tout simplement en pleine évolution. On leur en demande plus offensivement et moins défensivement. Mais cette évolution entraîne des adaptations tactiques. Il faut que les milieux puissent compenser les montées de leurs défenseurs de couloir ou que les arrières centraux puissent défendre dans la largeur. Ce n'est qu'à cette condition que les latéraux deviennent un atout et non un poids. Sinon, on court droit à la catastrophe comme le Brésil lors de ce Mondial, incapable de couvrir les montées de Marcelo, Maicon ou Dani Alves.