Voici l’histoire de Josmer Volmy Altidore

Après une Coupe du Monde on parle beaucoup, voire trop, de ceux qui ont marqué, enflammé ce mois de compétition. La preuve, le transfert de James Rodriguez, véritable hype du mondial brésilien, figure en bonne position dans le classement des feuilletons du mercato. En revanche, les flops rencontrent un succès médiatique bien moins important (ce qui demeure tout à fait normal). Jozy Altidore est à ranger dans la seconde catégorie. Cette Coupe du Monde, il l’a traversé tel un fantôme : 23 petites minutes jouées et puis plus rien, la faute à une blessure aux ischio-jambiers contractée lors de la première rencontre des USA, contre le Ghana. Retour sur le parcours de l’ancien du plus gros espoir du football US.

Voici l’histoire de Josmer Volmy Altidore
Voici l’histoire de Josmer Volmy Altidore

Tout adepte du célèbre mode « Carrière » de FIFA connaît son nom. Oui, Jozy Altidore c’est d’abord une renommée sur le plus connu des jeux vidéos de ballon rond. Recruter Josmer Volmy Altidore (c’est son vrai nom, Jozy étant un surnom) au moment de débuter sa partie, c’était avoir l’assurance de posséder un attaquant de haut niveau quelques saisons plus tard. En 2009 et alors qu’il n’avait encore que 19 ans, FIFA lui attribuait déjà la note de 74. Il possédait même 87 en puissance de tir, 85 en force, 84 en vitesse, 80 en accélération et avait un potentiel de 83. Des chiffres rares pour son âge. Cinq ans plus tard, les statistiques de celui que l’on surnomme « Juice » n’ont pas beaucoup évolué : une note générale de 77, un potentiel de 81, 86 en puissance de tir et 88 en force. Voilà un aperçu de la carrière de Jozy Altidore : ancien plus gros espoir du soccer US, il n’a pas suivi la progression qu’on lui prédisait.   

Jozy Altidore fait carrément la couverture de FIFA 08 aux USA. Image tirée du blog bigapplesoccer.com

En pleine expansion depuis les années 90, la sélection nationale américaine montre ses progrès au monde entier tous les quatre ans lors de la Coupe du Monde où elle se qualifie systématiquement depuis son édition italienne en 1990. Huitième de finaliste en 2010 et 2014, finaliste de la Coupe des Confédérations en 2009 et vainqueur de la Gold Cup en 1991, 2002, 2005, 2007 et 2013, il ne manque plus grand chose aux USA pour pouvoir rivaliser avec les meilleures équipes mondiales. Cette petite lacune aurait dû être comblée par Jozy Altidore. Mais le destin en a décidé autrement.
Né le 6 novembre 1989 à Livingston, un township du comté d’Essex dans l’état du New-Jersey, Jozy Altidore aurait donc dû devenir le premier top player américain. D’origine haïtienne, il commence sa carrière dans l’actuel club de Peguy Luyindula et Thierry Henry, les New York Red Bulls. Dans son pays, l’attaquant, pourtant couvé par son club (il n’est pas tout le temps titulaire), se fait rapidement une belle réputation. Lors de la saison 2006 (on joue de mars à novembre en MLS), il rentre dans l’histoire du championnat US en devenant le plus jeune joueur à débuter un match de playoff et à y marquer un but. Pour sa deuxième saison chez les pros, Jozy Altidore dispute 22 rencontres de MLS et score à 9 reprises. Surtout, Jozy est clairement au-dessus sur le terrain. Sa capacité à conserver la balle, son adresse dans le jeu dos au but, sa puissance, son jeu de tête et sa frappe de balle impressionnent. La notoriété de « Juice » dépasse rapidement les frontières américaines.

En août 2008 et à moins de 19 ans, il fait le grand saut et signe chez le demi-finaliste de la Ligue des Champions 2005/2006 (on se rappelle du pénalty raté par Juan Roman Riquelme), Villarreal, pour tenter de devenir le premier américain à briller sur le vieux continent. Ce transfert en Espagne, acté pour près de huit millions d’euros, fait d’ailleurs toujours de lui le footballer US le plus cher. Lors des premiers mois de Jozy Altidore en Liga, on se dit que la magie est en marche, que Jozy va devenir le géant tant attendu par le peuple américain : seulement 6 matchs de championnat mais un premier but le 1er novembre lors d’une victoire 1-4 contre l’Athletic Bilbao et une première titularisation le 30 du même mois contre le Recreativo Huelva laissent augurer de bonnes choses.

Le premier but de Jozy Altidore en Europe (inscrit seulement 10 secondes après son entrée en jeu)

En janvier 2009, Villarreal décide de prêter son attaquant américain à Xerez, en deuxième division espagnole, pour ne pas stopper sa progression et lui donner un temps de jeu plus conséquent. C’est le début de la galère pour Jozy Altidore. En 6 mois, il ne foulera quasiment pas les terrains, la faute notamment à une blessure. Après une Coupe des Confédérations réussie, les USA perdent en finale contre le Brésil et Altidore se fait remarquer en inscrivant notamment le premier des deux buts américain lors de la victoire contre l’Espagne en demi-finale, il file pour un prêt d’une saison en Première League à Hull City. 28 matchs et un petit but plus tard, c’est un nouvel échec pour Jozy, d’autant plus que le football anglais, plus physique, était censé coller comme un gant à ses qualités. Une nouvelle fois, c’est la sélection qui sauvera l’Haïtien d’origine et de cœur puisqu’il profitera de la belle Coupe du Monde de son pays pour retenter sa chance dans l’ancien club de Marcos Senna, Villarreal.

Comme lors de sa première expérience dans cette ville située entre Barcelone et Valence, Altidore n’y restera que 6 mois (oui, l’histoire n'est que recommencement dans la carrière de l’actuel « striker » de Sunderland) et ne devra se contenter que de miettes (6 matchs de Liga et 7 de Ligue Europa). En janvier 2011, il est donc prêté à Bursaspor en Turquie pour, encore une fois, bénéficier de plus de temps pour s’exprimer sur le rectangle vert (12 matchs, 1 but). A ce moment-là, Jozy Altidore n’a marqué que trois malheureux petits buts en championnat depuis ses débuts en Europe, il y a trois ans. On se dit alors que l’expérience européenne de l’international américain (71 sélections, 23 réalisations) tourne au fiasco. Mais Jozy parvient à relever la tête. A l’été 2011, son transfert à l’AZ Alkmaar lui permet, enfin, de briller. En deux saisons, il prend part à 67 rencontres d’Eredivisie pour 38 buts. En 2012/2013, ses 31 buts toutes compétitions confondues mèneront d’ailleurs son club à la victoire en Coupe des Pays-Bas. Dans le pays de Johan Cruyff, Altidore se sent bien, est en confiance et plante buts sur buts. Pour sa deuxième saison, il est même nommé dans l’équipe type de l’année par De Telegraaf. Le gamin américain démontre enfin tout son potentiel.

Les exploits de Jozy en Hollande

Cet état de grâce ne sera cependant que de courte durée : l’ancien coéquipier de Juan Pablo Angel profite de ses bonnes performances pour retenter sa chance en Angleterre, à Sunderland cette fois-ci. Dans le nord-est du Royaume-Uni, Jozy Altidore fait preuve d’une terrible inefficacité devant les cages (seulement 1 but en 31 rencontres de Première League). Maladresse et invisibilité seraient les deux termes les plus appropriés pour résumer la saison anglaise de l’ancien attaquant de Villarreal. Les supporters des Black Cats se sont même demandés si ce dernier ne réservait pas tous ses buts pour sa sélection nationale.
Ces deux années passées en Hollande n’étaient-elles qu’une parenthèse enchantée ? Aujourd’hui, Jozy Altidore fait l’objet de nombreux doutes : a-t-il vraiment les moyens pour s’affirmer en Europe ? N’est-il pas condamné à l’échec dans un des championnats majeurs européens ? Les déboires d’Altidore ne reflètent-elles pas les maux des joueurs américains, formatés pour la MLS et bien souvent incapables de réussir de l’autre côté de l’Atlantique ?