L'hypocrisie du football

Face à l'émergence de "petites équipes" dans cet Euro, qui n'est pas uniquement la cause de l'élargissement du tournoi (passé de 16 à 24 nations), un débat divise le monde du football : faut-il voir d'un bon œil ce bouleversement de la hiérarchie, par des équipes souvent ultra-défensives et donc moins spectaculaires ? Il est temps de répondre à cette question, aussi inutile qu'hypocrite.

L'hypocrisie du football
Le football en Islande, c'est 100 professionnels, dont 23 en huitièmes de finales de l'Euro. Efficace.

Prouver que le football n'est pas qu'une affaire d'individualités.

     Le meilleur exemple se trouve du côté de la Belgique. En effet, les Diables Rouges on beau posséder l'un des plus beaux effectifs du tournoi (la valeur marchande du seul Kevin de Bruyne est estimée à trois fois plus que celle des 23 Hongrois réunis), ils manquent cruellement d'équilibre et de solidarité. En terme de manière, leur premier tour est terriblement inquiétant (défaite contre l'Italie, victoire contre l'Irlande malgré une première période médiocre, victoire inespérée contre la Suède après un match très moyen), et leur insupportable vantardise peine à se justifier dans leurs performances.                                                                                                      D'un autre côté, une "petite équipe" solidaire, courageuse et formée d'inconnus, comme tant d'autres : la Hongrie. Présentée comme l'une des trois équipes les plus faibles du tournoi, après avoir peiné à se qualifier malgré sa présence dans le groupe le plus faible des éliminatoires (Grèce, Irlande du Nord, Roumanie, Féroé, Finlande), elle ne possède que trois joueurs évoluant dans un championnat majeur (Kleinheisler, Szalai et Stieber, respectivement à Brême, Hambourg et Hanovre). Et pourtant, les Hongrois ont crânement joué leur chance, surprenant l'Autriche d'Alaba lors de la première journée (2-0), avant de faire jeu égal avec l'Islande (1-1), pour ensuite accrocher le Portugal après avoir mené trois fois au score (3-3). Pas mal pour une équipe "ultra-défensive" (meilleure attaque de la compétition !), qui a simplement su tirer le maximum d'un groupe de joueurs beaucoup moins sexy que celui de Marc Wilmots.

     En huitièmes de finale, ces deux équipes vont s'affronter. La Belgique part évidemment favorite, mais la Hongrie ne compte pas s'arrêter en si bon chemin, bien que son tournoi soit déjà une réussite.

Prouver que le football n'est pas qu'une affaire de spectacle.

     Beaucoup (trop) de gens ont tendance à penser qu'un beau match de football dépend du nombre de buts marqués, ce qui est une vision incroyablement réductrice d'un sport où la tactique est une priorité, au contraire de l'attaque à tout-va. Il est bien sûr évident qu'un 2-2 satisfera beaucoup plus de monde qu'un 0-0, mais il est primordial de souligner qu'un plus grand nombre de buts marqués ne correspond pas toujours à un plus grand nombre d'occasions, et qu'une équipe jouant la défense le fait parce qu'elle aura plus d'occasions de marquer ainsi qu'en se découvrant.
     Ainsi, l'Islande, donnée perdante face à l'Autriche, a pris le meilleur sur Alaba et ses partenaires (2-1), grâce à une performance tactique de haute volée. Un 4-4-2 d'apparence défensive qui a choisi de subir d'entrée pour mieux ouvrir le score après 20 minutes de jeu. Malgré l'égalisation de Schöpf à l'heure de jeu, les Islandais n'ont jamais dévié de leur stratégie initiale, et, alors que leurs adversaires poussaient vainement pour prendre l'avantage (23 tirs au total), ils ont mis fin à leurs espoirs par une contre-attaque chirurgicale à la dernière seconde, conclue par Traustason. 
     Un chef-d'oeuvre tactique, et sans doute l'un des plus beaux matchs de ce premier tour, malgré le jeu défensif (9 tirs seulement) de l'équipe gagnante. Vous avez dit ennuyeux ?

Se réjouir de l'émergence de nouvelles sélections.

     La mise en avant de nouvelles équipes, voici l'un des points positifs de ce nouveau format de l'Euro. En effet, 5 sélections découvraient la compétition cette année, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elles s'en sont montrées dignes. Pour commencer, aucune n'a dû passer par les barrages pour y accéder, toutes ayant terminées dans les deux premiers de leur groupe (l'Irlande du Nord devant la Roumanie, le Pays de Galles derrière la Belgique, la Slovaquie derrière l'Espagne, l'Islande derrière la République Tchèque, et l'Albanie derrière le Portugal).
     Parlons maintenant de leur parcours dans cet Euro. Un mot pour le décrire : époustouflant. L'Irlande du Nord, jamais ridicule, se qualifie en terminant troisième (derrière l'Allemagne et la Pologne) après sa brillante victoire sur l'Ukraine (2-0) ; le Pays de Galles, meilleure attaque du tournoi, prend la première place de son groupe devant l'Angleterre, alors que la Slovaquie passe en terminant troisième de ce même groupe, à la faveur de son succès contre la Russie (2-1) ; l'Islande prend la deuxième place de sa poule, derrière la Hongrie et devant le duo Portugal-Autriche ; l'Albanie, troisième de sa poule derrière la France et la Suisse, est éliminée à cause de sa différence de buts défavorable, malgré sa belle victoire contre la Roumanie (1-0).


     Le bilan est donc sans-appel : aucune dernière place, un taux de qualification de 80 % pour les huitièmes de finale, et une volonté de fer. Ce n'est pas un hasard si ces équipes se sont qualifiées pour l'Euro aux dépens de nations telles que la Grèce, les Pays-Bas, le Danemark ou encore la Serbie.                                             Alors, par pitié, arrêtons de critiquer le jeu défensif de ces petits nouveaux quand nous nous prosternons devant celui de l'Italie (contre la Belgique) et de la Croatie (contre l'Espagne), car ces équipes ont simplement compris que jouer en bloc était la meilleure manière de compenser leur manque d'individualités. Soyons plutôt heureux d'assister à de belles surprises, de voir un début de renouveau dans ce sport, et de nouvelles têtes pour la phase à élimination directe.