Arsenal, boulet du mercato ?

Le mercato estival a déjà commencé depuis plusieurs semaines. Tandis que les grandes écuries s’activent pour s’arracher les meilleurs joueurs de la planète à leur poste, le club de la capitale reste aphone sur la scène mercantile. Manque cruel d’ambition ou déliquescence d’un club qui n’attire plus les tout meilleurs ? Décryptage.

Arsenal, boulet du mercato ?
Arsène cogite, et c'est compréhensible

Ne vous y méprenez pas, Churchill ne fait pas le V de la victoire mais énumère le nombre de recrues d'Arsenal

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ne vous y méprenez pas, il ne s'agit pas du "V" de la victoire mais du nombre de recrues d'Arsenal

L'éternel pari de la jeunesse

Le 1er Juillet, communiqué sur le site des Gunners pour annoncer la première recrue : il s’agit du prometteur attaquant d’Auxerre, Yaya Sanogo, 19 ans et tout récent champion du monde des U20. Certes cet attaquant risque de devenir dans les années à venir l’un des pires cauchemars des défenses d’outre-manche mais cette première recrue cache un mal plus profond pour le club aux 13 championnats d’Angleterre : sa difficulté à attirer des pointures confirmées au plus haut niveau, car la politique du « pari sur la poule aux œufs d’or » a connu ses limites avec les dépouillages successifs de joueurs qui ont atteint une maturité notable chez les Gunners, mais dont le club n’a pas su tirer parti par le gain de trophées (RVP, Song, Fabregas…). Arsenal, club tremplin alors ? Il serait légitime de se poser la question quand on voit récemment la faiblesse dans la gestion du dossier Jovetic. Alors que le monténégrin semblait promis à un avenir radieux chez les troupes d’Arsène Wenger, celui-ci semble être aujourd’hui hors de la cible du club au canon. Pire même, il vient de s’engager avec Manchester City pour la modique somme de 30 millions d’euros bonus compris.

A l’heure actuelle, une seule recrue notable donc. Le mercato ne fait que commencer, mais le temps presse pour un club qui n’a plus le temps de se donner le temps et qui doit montrer à ses supporters des agissements forts. Sous peine de devoir cravacher durant dix mois pour arracher un tour préliminaire de C1. Même si les principaux poursuivants ne semblent pas beaucoup plus avancés, eux ont déjà des bases solides, a contrario d’Arsenal.

Echecs sur échecs

Toutefois, les dernières semaines ont laissé les Gooners (nom donné aux supporters londoniens) rêveurs et enclin à espérer un mercato pimenté avec l’arrivée de cadors de Premier League. Deux noms sont revenus avec insistance : le premier était celui de Wayne Rooney. La recrue de l’enfant terrible de la Mersey aurait fait office de beau pied de nez pour les Gunners, qui un an auparavant se sont vu subtiliser  le « dieu » vivant de l’Emirates, Robin Van Persie à tout un peuple rouge et blanc. Mais peine perdue, l’international anglais est jugé intransférable par David Moyes. Mais le joueur serait décidé à partir, selon le Daily Mail. Mais là encore, Arsenal fait office de second choix. En effet, malgré l’intérêt manifeste du Real souhaitant étoffer sa ligne offensive (leurs deux recrues, Illaramendi et Isco sont des milieux de terrain), ce serait Chelsea et José Mourinho qui tiendraient la corde. Le technicien lusitanien aurait même l’ambition de former un duo Rooney-Drogba, ce dernier avec qui il a entretenu d’étroites relations lors de son remarqué passage à Stamford Bridge. Arsenal serait l’alternative en cas d’échec de la transaction pour l’homme aux 36 buts en sélection.

Ce dossier Rooney est le parfait reflet du mercato du club nord londonien : beaucoup de promesses mais peu d’actes concrets. Pire encore, Arsenal semble faire office de club de « A-» ou « B+ » car les finances du club permettent aisément d’assumer les émoluments d’un joueur de la trempe de Rooney, de l’ordre de 15M de livres/an.

Autre « opération capotée » des dirigeants londoniens : le dossier Suarez. L’Uruguayen, qui porte les Reds sur ses épaules depuis près de trois saisons, a des envies d’ailleurs. Logique pour un joueur qui ne joue plus la ligue des Champions depuis son départ de l’Ajax malgré un rendement fantastique. Arsenal semblait être une alternative viable car le club serait à même de remplir les attentes du joueur et du club. Le board d’Arsenal a sorti l’artillerie lourde en effectuant une proposition au prix fort : 35 millions d’euros. Somme dont Arsenal n’est pas coutumière. El Pistolero était prêt à entamer les pourparlers et le 4e du dernier exercice était tout proche d’enregistrer l’un des plus gros coups de son mercato. Cependant les dirigeants de Liverpool réclament plus (et n’ont pas envie de vendre leur pépite) et l’intérêt insistant d’un Real à qui on a du mal à tourner le dos ont de nouveau brouillé les pistes. Le natif de Salto a tenu cette déclaration sans équivoque : « Tout joueur aimerait jouer pour une grande équipe et le Real en est une. On veut tous jouer au top niveau, ce que propose justement Madrid ».  Mais le club de Londres ne compte pas se faire berner une nouvelle fois : Arsenal proposerait 46M d’euros pour faire plier Brendan Rodgers décidé à garder son fer de lance. Affaire à suivre donc dans ce ménage à trois Suarez-Réal-Arsenal.

"Tout joueur aimerait jouer pour une grande équipe et le Réal en est une"  

Luis Suarez

Quatrième et dernier coche loupé : Gonzalo Higuain. Nous la ferons plus courte : même scénario que les précédents exposés, seul élément qui diffère : le rôle du « club bourreau » est cette fois attribué à Naples, dans lequel l’Argentin devrait s’engager dans les prochaines heures, pour un contrat de quatre ans aux environs de 40 millions d’euros.

Espérons pour Arsène Wenger et les siens que le 5e dossier sera le bon, en la personne du jeune brésilien Bernard. Car pour le moment le mercato d’Arsenal ressemble à une morne plaine. Toutefois le joueur de l’Atlético Mineiro s’inscrit dans la rubrique « Joueurs prometteurs cherchant club tremplin ». Régulièrement sélectionné avec la Seleção et présent lors de la dernière coupe des Confédérations remportée par le Brésil, il devrait s’engager dans les prochaines heures pour ce qui serait la 2e recrue du mercato du finaliste 2006 de la Ligue des Champions. Beau coup des Gunners cette fois ci, coiffant sur le poteau beaucoup d’écuries, notamment Dortmund, Porto ou encore Donetsk.

Quelles ambitions pour la saison à venir ?

Synthèse : marché ouvert depuis un mois et demi, beaucoup de négociations, six recrues offensives potentielles pour deux signatures : l’une d’un joueur ayant inscrit 10 buts en ligue 2 durant le précédent exercice (dont un quadruplé) et une jeune brésilien en devenir mais dont nous savons trop peu de choses pour savoir si, à 20 ans seulement il va pouvoir s’adapter aux rudiments du championnat le plus relevé d’Europe. Si l’on ajoute à cela un secteur défensif toujours aussi vacillant et un milieu de terrain trop souvent miné par les blessures ces trois dernières saisons (Diaby, Wilshere, Ramsey…), nous sommes en mesure de nous demander si la formation dirigée par l’alsacien aura fière allure pour jouer les premiers rôles, à savoir les deux ou trois premières places. Il y aura en plus de cela une qualification en C1 à assurer lors des barrages.

Nous pouvons craindre que ce marché des transferts finisse en eau de boudin pour les partenaires de Théo Walcott. La reprise approchant et la tournée asiatique touchant sa fin, rien ne laisse présager l’arrivée de renforts significatifs pour une reprise prévue dans trois semaines. Il faut surtout éviter de retomber dans l’écueil des recrues irréfléchies de dernière minute, notamment lors du mercato estival de 2011. Sur ces cinq renforts, trois ne sont  même plus au club (Park prêté au Celta Vigo, Benayoun à West Ham ou encore André Santos à Flamengo).

Un club comptant autant d’internationaux et d’éléments pétris de talent (Oxlade Chamberlain, Wilshere, Walcott) se doit de compléter cette fougueuse mais encore trop jeune colonne vertébrale par des éléments expérimentés et confirmés.

Qui plus est, nous n’avons jamais vu un boulet dépourvu de canons mener à biens les batailles nationales et continentales. A méditer.