La Premier League: vers une "NBA" du football ?

Un nouvel accord a été trouvé, en février, sur les droits télévisuels de la Barclays Premier League pour la période 2016-2019. Des montants démesurés qui creusent le fossé entre le championnat anglais et les autres.

La Premier League: vers une "NBA" du football ?
Les joueurs anglais peuvent bien embrasser ces caméras, elles leur rapportent des millions d'euros.

A partir de 2016, la Barclays Premier League connaîtra une inflation de ses droits télévisuels obtenu par deux grandes écuries : le nouvel employeur de Thierry Henry, Skysports et British Telecom (BT). Même le géant qatari BeIN Sports n'a pu s'immiscer dans la course.
Dès l'an prochain, la somme des droits télé pour la première division anglaise augmentera à nouveau ce qui portera le total à environs 2,3 milliards d'euros pendant que celui de la Ligue 1 atteindra (malgré une augmentation) 89 millions d'euros annuel sur la période 2016-2019.

Un écart important avec les autres pays qui aura des conséquences.
Selon Jean-Louis Triaud, le président des Girondins de Bordeaux, "cela va impacter tous les championnats européens".

Un fossé de plus en plus creusé avec le reste de l'Europe

A la fin de la saison 2014/2015, le champion anglais, Chelsea, touchait 136 millions d'euros grâce aux droits télés pendant que le Paris-Saint-Germain se dotait de 45 millions supplémentaires. Même la lanterne rouge anglaise, QPR, gagnait le double du champion francilien (89m d'euros). A titre de comparaison, le RC Lens, lanterne rouge française a remporté 13,5 millions d'euros à l'issue de la saison dernière. Le fossé se mesure dans tous les pays entre les grandes puissances du football européen dans leur championnat respectif. Ainsi, lors de la saison 2013/2014, en Liga, les grands Real Madrid et FC Barcelone touchaient 140 millions annuels tandis que le troisième gagnant, le FC Valence, remportait seulement 48 millions.

Pour une même place au classement à l'issue de la saison, l'écart est immense entre la Ligue 1 française et la Premier League: le 6e anglais Liverpool gagnait 127m de droits télé quand le 6e français, Bordeaux touchait 30m, le 9e Swensea remportait 110m quand le 9e de Ligue 1, le Stade Rennais tenait en poche 24m. Le perdant français est lorrain. Le FC Metz a (seulement) touché 11,9 millions d'euros à l'issue de la dernière saison.

Le quotidien L'Equipe démontre l'écart entre les différents championnats européens par un tableau décrivant, en millions d'euros, le montant des droits télévisuels annuels pour chaque championnat. En 1e position, l'Angleterre avec 2,3 milliards d'euros devançant largement la Série A italienne et ses 960 millions. La Liga espagnole complète le podium avec 750 millions. La Ligue 1 française (748m) devance la Bundesliga allemande (675m).

Un impact direct sur le mercato

Dès 2016, le champion anglais touchera 210 millions d'euros et le dernier 136m.

Pour s'emparer des lingots d'or télévisuels, les équipes anglaises commencent déjà à s'emparer des meilleurs joueurs afin d'avoir plus de chances d'apparaître à l'écran.

Des clubs qui n'hésitent pas à lâcher des millions, les clubs étrangers ne pouvant qu'accepter de telles offres.

Le mercato s'effectue aussi à coups de gros sous entre les clubs anglais.

Ainsi, Benteke (Aston Villa) rejoint Liverpool pour plus de 45 millions après les 41m mis sur la table pour l'attaquant brésilien d'Hoffenheim, Firmino. De l'argent acquis grâce à la vente de leur espoir anglais Sterling vers Manchester City pour 68m.

Manchester United, qui avait dépensé 75m pour l'argentin Di Maria, fait reparler sa puissance économique en alignant 27,5m d'euros pour le tout jeune hollandais M.Depay puis 35m d'euros pour le français de Southampton Schnederlein. On parle même d'une offre de 140 millions d'euros pour s'attacher les service du gallois Gareth Bale (Real Madrid) ce qui correspondrait à un transfert record.

Même le promu Watford n'hésite pas à dépenser 8 millions pour le français de Tottenham Etienne Capoue.

A l'image de Wijnaldum (Pays-Bas, PSV vers Newcastle, 20m), Clasie (Pays-Bas, Feyenoord vers Southampton, 12m), Ayew (Ghana, OM vers Swensea, fc, 8m d'euros de prime à la signature), Payet (France, OM vers West Ham, 15m) ou encore Cabaye (France, PSG vers Crystal Palace, 14m+4m de bonus), les internationaux fuient vers le championnat anglais.

Ce dernier n'hésite pas non plus à tabler sur des jeunes espoirs comme le français Faupala (Lens, International U18) qui a signé chez les Citizens ou le serbe Mitrovic (Anderlecht, 20 ans) qui a rejoint Newcastle pour 19 millions d'euros.

Jérôme Alonzo, ex-gardien de Nantes et du PSG, regrettait mais comprenait, dans Stade 2, le départ des joueurs vers l'Angleterre "La Premier League c'est le plaisir absolu. Il y a une véritable attraction, 15 000 personnes qui se lèvent pour un tacle, des pelouses parfaites... Ils nous piquent les français et les joueurs étrangers qui brillaient chez nous et le risque, c'est que la Ligue1 pourrait devenir une immense cour de récré pour le PSG". Un flux que regrette également Jean-Louis Triaud qui  garde espoir "des joueurs se rendront compte qu'il est préférable de jouer un peu en Ligue 1 avant de partir tôt et faire banquette en Angleterre".

Cependant, de telles offres sont difficiles à refuser pour des clubs français, connus pour leur bonnes formations, qui vendront de plus en plus chers. Jordan Amavi, latéral niçois de 21 ans, pressenti pour rejoindre l'Olympique Lyonnais pour maximum 5 millions d'euros cet été, a, de ce fait, préféré rejoindre Aston Villa pour un montant compris entre 13 et 15 millions... et lui risque de jouer.