A la découverte de Wes Morgan, le soldat inconnu de Leicester

Depuis lundi soir, Leicester City a officiellement décroché le premier titre de champion d'Angleterre de son histoire, profitant du faux-pas de Tottenham à Chelsea (2-2). A la remise du trophée, le premier qui aura l'honneur de le soulever sera Wes Morgan. Un gars dont on a peu entendu parler, mais qui a été déterminant dans le succès des Foxes. On vous propose donc de découvrir en longueur le grand gaillard anglo-jamaïcain.

A la découverte de Wes Morgan, le soldat inconnu de Leicester
Wes Morgan, nouvelle référence de Premier League en défense (Crédit : @premierleague)

Contrairement à Vardy, Mahrez ou encore Kanté, qui par leur style de jeu et leur positionnement sur le terrain sont les têtes de gondole de Leicester, Wes Morgan est le soldat de l'ombre. Le mec qu'on va envoyer sur le front pour protéger son camp, tout en sachant à l'avance qu'il se mettra minable afin de laisser ses partenaires avoir leur liberté d'expression. Véritable armoire à glace de 1,85m pour 93kg qui ne dépareillerait à l'entrée d'une boîte de nuit, il a connu une carrière sans plus avant d'exploser aux yeux de l'Angleterre la trentaine passée.

Robin des Bois et Troisième Division

Né à Nottingham en 1984, à une époque où le club local est en train de revenir dans le rang après leurs glorieuses épopées européennes (champion d'Europe 1979 et 1980) sous la houlette du mythique Brian Clough, Morgan ne débute pas avec Forest. C'est dans l'autre club pro de la ville de Robin des Bois, Notts County, qu'il fait ses armes durant son adolescence. A 15 ans, il en est éjecté et se retrouve dans un club de la région encore plus modeste, et qui n'a jamais dépassé le niveau régional, le Dunkirk FC. Dans son esprit, le monde professionnel s'éloigne, mais c'est alors que les portes de Nottingham Forest s'ouvrent à lui. A 17 ans, le jeune homme peut voir de nouveau ses rêves en grand.

 Le pittoresque stade de Dunkirk (Crédit : stickypalm)

Malgré tout, il souffre à ses débuts. Disposant déjà d'un physique impressionnant, il n'a pas en revanche une technique très développée, et tous ses déplacement ou mouvements sont brusques, imprécis. Le garçon doit alors apprendre. Sa chance est d'arriver dans l'effectif professionnel en 2002, à une époque où Forest peut encore compter sur Des Walker, un ancien international anglais proche de la quarantaine, à la technique léchée. Un mec à qui les fans de Forest ont chanté « You'll never beat Des Walker » (« Vous ne battrez jamais Des Walker »), pendant des années.

Morgan ne fait ses débuts qu'en 2003, mais parvient à disputer déjà pas mal de matchs. La saison suivante, Walker prend sa retraite, et il se retrouve donc en charnière centrale avec un autre jeune homme de 21 ans, un certain Michaël Dawson. Sauf que ce dernier part rapidement à Tottenham où il connaîtra une très longue carrière en Premier League. Morgan devient donc le boss de la défense, et dispute 51 matchs dans la saison. Une saison qui voit Nottingham chuter en League One (D3). Ce sera finalement un mal pour un bien. Le club végète trois saisons à ce niveau. Morgan est indiscutable, le véritable leader. Mais il lui arrive de craquer, comme ce 18 mai 2007.

Le boss du City Ground

4e du championnat, Nottingham Forest a l'opportunité de retrouver le Championship en battant Yeovil dans un Barrage d'accession. A l'aller, tout se passe bien avec une victoire 2-0 sur la pelouse adverse. Au retour, dans le City Ground, cela tourne au cauchemar. Wes est remplaçant, et ne rentre qu'à la 85e minute. Forest mène 2-1 et tient sa montée. Sauf que deux minutes plus tard, Stewart marque pour Yeovil, envoyant au passage les deux équipes en prolongations. C'est là qu'il fait une erreur fatale en adressant une passe en retrait trop courte à son gardien. Morris en profite pour donner l'avantage aux siens, puis Davies scelle le sort de la partie. Forest repart pour une saison supplémentaire en D3.

Malgré tout, la saison suivante sera celle de la remontée. En 42 matchs disputés, son équipe en termine 24 sans concéder le moindre but. Petit à petit, il progresse et devient un très bon défenseur pour le Championship. Homme de la ville et du club, il est même désigné capitaine de façon indiscutable. Au club, il fait l'unanimité. Devenu un très bon défenseur, il attire les convoitises. En janvier 2012, Nigel Pearson le veut, et Nottingham Forest cède à la troisième offre du manager de Leicester City. A 28 ans, Wes Morgan quitte donc Forest après 10 années de bons et loyaux services afin de rejoindre une équipe qui ambitionne de retrouver la Premier League.

 (Crédit : theguardian)

« Le meilleur défenseur de Championship »

Dès son arrivée chez les Foxes, cette armoire à glace prend place en charnière centrale. Place qu'il n'a donc toujours pas quittée à ce jour. La saison suivante, il ne rate qu'une seule rencontre, et est unanimement plébiscité. En novembre, Nigel Pearson lui fait une belle déclaration d'amour : « En Championship, il n'y a pas de meilleur défenseur que Wes Morgan. » De plus, le brassard de capitaine lui est confié seulement quelques mois après son arrivée. Il est également élu dans le onze type de l'année pour la deuxième fois après sa nomination en 2011, et son équipe dispute les barrages d'accession. Malheureusement, Watford les élimine au terme d'un scénario hollywoodien, mais ce n'est que partie remise. 

Durant l'été, il fait parler de lui en mal comme cela arrive rarement. En effet, le grand gaillard s'endort au volant de sa BMW et se plante près de Nottingham. Malgré sa carrure, les quatre Brandy (un alcool sympathique et apprécié Outre-Manche) qu'il a englouti dans la soirée ont été plus forts que lui. Il s'en tire finalement avec 2000£ d'amende, et un passage devant le tribunal.

Peu importe, la saison qui suit (2013-2014), les Foxes écrasent le championnat et deviennent champion sans trembler. Dans cette équipe, on retrouve Kasper Schmeichel dans le but, un Jamie Vardy à 16 buts, un duo Matty James-Danny Drinkwater qui contrôle le milieu, et un jeune ailier du nom de Riyad Mahrez qui commence à pointer le bout de son nez. Des boms devenus familiers. Cette même saison, il décide également de céder aux avances de la sélection jamaïcaine pour devenir international. Sélection dont il est bien évidemment le pilier depuis. A 30 ans et après 459 rencontres disputées sur les terrains des divisions inférieures, Morgan découvre donc la Premier League, et le niveau international.

L'apprentissage va être terrible. Si en début de saison les Foxes parviennent à faire chuter Manchester United (5-3), ils sont au fond du classement suite à une 18e défaite en 30 rencontres sur la pelouse de Tottenham, fin mars. C'est à partir de là que tout va changer. Pearson parvient à faire les ajustements nécessaires pour relancer son équipe. Lors des neuf derniers rencontres, Leicester récolte 22 points sur 27 possibles et termine à une inespérée 14e place ! Débarqué de Stoke City durant l'hiver, Robert Huth devient le complément parfait de Morgan pour former une défense centrale ultra physique, imbattable dans les airs, et tout simplement très compliquée à dépasser. En arrivant durant l'été, Claudio Ranieri l'a bien compris, et n'a pas touché à son duo Germano-Jamaïcain. Comme le disait Nigel Pearson auparavant, « Wes Morgan est un joueur autour duquel on peut construire une équipe ».

Un monstre physique indispensable

L'Italien fait alors venir Simpson et Fuchs sur les côtés pour solidifier ce qui va devenir un bloc sur lequel toutes les équipes d'Angleterre vont se casser les dents. Bien protégé par l'abattage monstrueux de Kanté et la propreté de Drinkwater dans le cœur du jeu, Morgan fait parler ses qualités physiques pour dégoûter tous les attaquants qui se présentent face à lui. Que ce soit Bentéké, Agüero ou Kane, tous les grands noms du championnat ont buté sur le roc de Nottingham. Comme toujours depuis le début de sa carrière, il n'est pas blessé et a donc disputé en intégralité les 36 rencontres de Premier League du club !

C'est aussi ce qui fait l'une de ses forces. Depuis qu'il est un titulaire régulier à Nottingham, en 2004, il a seulement raté 36 rencontres sur 534 possibles ! Une régularité de gardien de but qui est due à une condition physique optimale, entretenue régulièrement depuis le début de sa carrière. Malgré tout, si l'on parle de Leicester, on parle de Mahrez, Vardy, Kanté, mais pas du capitaine Wes Morgan. Une incongruité causée par son poste, mais également par son côté bourrin qui est beaucoup moins sexy que celui des ses partenaires offensifs, mais tellement indispensable à l'équilibre du nouveau champion d'Angleterre. Ce n'est pas une surprise s'il a été élu dans l'équipe de l'année en Angleterre pour la quatrième fois de sa carrière, mais pour la première fois dans l'élite.

A l'âgé de 32 ans, il est donc en train de prendre une dimension totalement inattendue, lui qui était destinée à faire une carrière honorable dans des clubs de seconde zone. Ce titre de champion va lui permettre d'avoir la reconnaissance qu'il mérite tant au vu de son parcours, de sa fidélité, et de son influence qui lui ont fait mériter le brassard de capitaine, que ce soit à Nottingham ou à Leicester. Ce samedi, dans un King Power Stadium qui fera péter les décibels, ce sera lui qui soulèvera en premier le trophée, avant peut-être d'aller se faire une bouteille de Captain Morgan, le célèbre rhum. La marque a en effet lancé une série limitée sur laquelle il remplace le personnage de la marque.

Une subtile opération de communication qui montre désormais que Wes Morgan est un personnage qui compte dans le football anglais. Et bientôt dans le football européen ? On verra si les Ronaldo, Messi, Ibra et compagnie auront les capacités pour bouger celui qui est le MEILLEUR DEFENSEUR D'ANGLETERRE. Oui, il n'y a plus aucune doute là-dessus.