Mandela : quand le sport dépasse la politique

Dans la nuit du 5 décembre, Madiba s’est éteint et laisse derrière lui le souvenir d’un homme libérateur qui se place au niveau de Martin Luther King, ou d’Abraham Lincoln. L’image de Mandela tendant la coupe à François Pienaar durant la coupe du monde de rugby 1995 restera une image très forte marquant la fin de l’Apartheid et l’avènement de la nation arc-en-ciel.

Mandela : quand le sport dépasse la politique
Mandela : quand le sport dépasse la politique

Si l’équipe Sud-Africaine est une grande nation du rugby mondial, elle n’en reste pas moins très controversée, notamment durant les années 1970. A cette époque, Madiba est emprisonné depuis sept ans, condamné pour « haute trahison et tentative de renversement par la force du gouvernement » blanc. Condamnant l'Apartheid et les méthodes utilisés par le gouvernement de l'époque, la répression contre la population afro-américaine est totale, notamment dans le monde du sport.

Les Springboks durant l’Apartheid

En 1967, le premier ministre de l’époque Henrik Verwoerd annule la tournée des All Blacks sur le territoire Sud-Africain, refusant de laisser entrer les Maoris à l’occasion de cette tournée. Trois ans plus tard, son successeur (John Vorster) accepte que les All Blacks se déplacent pour une série de quatre matchs avec des Maoris à condition que « ces derniers ne soient ni trop nombreux, ni trop noirs ».  De nombreuses manifestations auront lieu en Nouvelle Zélande après cette décision,  allant jusqu’à l’annulation par Norman Kirk (premier ministre Néo-Zélandais) en 1973 de la tournée des Springboks en Nouvelle Zélande afin de permettre le bon déroulement des Jeux du Commonwealth en 1974 qui se tiennent sur leur territoire.

Plus les années passent et plus les polémiques grandissent. En 1976, après les émeutes de Soweto, l’équipe Néo-Zélandaise se déplace à nouveau en terre Sud-Africaine sous les mêmes conditions qu’en 1970, ce déplacement provoquant un boycott de la part de vingt pays africains refusant de participer aux Jeux Olympiques d’été à Montréal. Un an plus tard, le Commonwealth décide de signer un décret pour protester contre la politique d’apartheid et mettre au ban le sport sud-africain. La tournée des Springboks prévue en France en 1979 est annulée par le gouvernement français et l’Afrique du Sud devient de plus en plus isolée sportivement parlant à cause de l’Apartheid.

Hormis quelques tournées contre les All Blacks (qui seront marqué par de fortes protestations notamment en 1981) et des matchs contre des sélections locales (Jaguars, Cavaliers) l’isolation est complète et la crainte se fait de plus en plus forte quant à l’exode des joueurs dans le rugby à XIII où le boycott est moindre. Le monde se range de plus en plus du côté de Mandela, qui, emprisonné, n'a plus été aperçu depuis près d'un quart de sièce, refusant à maintes reprises sa libération contre son retrait politique.

Le 30 juin 1991, la politique de l’Apartheid est abolie et l’équipe d’Afrique du Sud de rugby  XV est de nouveau admise par la communauté internationale. Problème : le niveau de l’équipe a fortement diminué par manque d’adversité et de compétitions de haut niveau. Elle a quatre ans pour progresser avant SA compétition : la coupe du monde 1995.

La coupe du monde 1995 : l’avènement de la nation arc-en-ciel

Après sa libération de prison le 11 février 1990, Nelson Mandela est l’icône de tout un peuple. Il est sur tous les fronts et s’affirme comme un chef d’Etat sans l’être. Quatre années vont se dérouler, pendant lesquelles il va s’affirmer comme le libérateur pacificateur, négociant et pardonnant à la minorité blanche, avant d’être élu président le 10 mai 1994, soit un an avant la coupe du monde en terre Sud-Africaine. Il est le premier président noir de ce territoire, mais aussi tout simplement le premier président élu démocratiquement en Afrique du Sud. C’est un premier symbole de la fin de l’Apartheid.

Un autre symbole vient certainement de cette fameuse coupe du monde organisée par l’Afrique du Sud en 1995. Il s’agit de la première participation des Springboks à une coupe du monde après leur réinsertion dans le rugby international mais l’équipe n’est pas dans les meilleures dispositions avec un effectif jeune, sans expérience de haut niveau.

Pourtant, la ferveur et la dimension que va prendre cette compétition va dépasser le cadre du réel. A la surprise générale, les Sprinboks sortent en tête de leur poule en battant les Australiens (27-18) pourtant tenant du titre. En quart de finale, les coéquipiers de François Pienaar écrase le Samoa 42-14 avant de se défaire en demi-finale de la France de Thierry Lacroix (19-15). En finale, les Sprinboks sont opposés à la Nouvelle Zélande de Jonah Lomu, impressionnant en demi-finale contre l’Angleterre. Largement favoris, les All Blacks vont pourtant être battu par les Sud-Africains (15-12) dans un match où toute une nation est rassemblée autour de son pays.

Le symbole fort de cette finale sera la remise du trophée William Webb Ellis, par Nelson Mandela à François Pienaar, Mandiba portant lui-même le maillot du capitaine Sud-Africain. Chester Williams, seul joueur non blanc de l’effectif, remporte une coupe du monde dans un sport qui était auparavant réservé aux « Blancs ». Mandela montre une nouvelle fois sa grandeur d’esprit en se détachant totalement d’un désir de vengeance de « l’ennemi » blanc et en remettant ce trophée qui est bien plus qu’un titre sportif : il symbolise le début de la création de la nation Sud-Africaine qui ne fait plus de distinction raciale.

Le sport peut permettre de grandes choses. Mandela et le rugby en est le premier exemple. D’autres s’en ont inspiré, comme Didier Drogba pour essayer de résoudre les conflits en Côte d’Ivoire via l’unité que pouvait fédérer le football et la qualification de son pays pour la coupe du monde 2010. Mandela aura marqué l’histoire de son pays et restera à jamais comme l’élément qui aura permis la fédération de tout un pays par ses actes et ses paroles. Si la coupe du monde n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, un discours prononcé par Mandala après le succès des Springboks montre la place qu’a prise cet événement dans la fédération de la nation Sud-Africaine :

«Le sport a le pouvoir de changer le monde, parce qu’il a le pouvoir d’inspirer les êtres. Autour de nous rares sont les actions capables d’unir les peuples. Le sport parle à la jeunesse dans un langage qu’elle comprend. Il fait naître l’espoir là où, auparavant, n’existait que le désespoir. Il est plus fort que la politique et que les gouvernements pour briser les barrières raciales, vaincre la discrimination et les préjugés. »

Après ça, tout est dit…Repose en paix Nelson Rolihlahla Mandela.