Quel bilan tirer des 24 heures du Mans ?

Une fois de plus, cette nouvelle édition des 24 heures du Mans nous aura réservé son lot d’émotions, de joies mais aussi de frissons et de tristesses. A l’heure où les équipes commencent à replier bagages, il est temps de dresser un compte-rendu de ce cru 2013 de la classique mancelle…

Quel bilan tirer des 24 heures du Mans ?
De nouvelles victoires fêtées avec la plus grande retenue cette année... (ACO)

Toyota, bel et bien outsider d’Audi

Si Audi repart à Ingolstadt avec le trophée du vainqueur, il n’aura pas eu la vie aussi facile qu’espérée. Avec une voiture plongée dans les profondeurs du classement et une autre retardée suite à une crevaison, les troupes du Dr.Ullrich n’ont pu compter que sur la R18 e-tron quattro n°2 de Kristensen-McNish-Duval pour rester devant les deux Toyota. Depuis le début du weekend, on savait que les chances de victoire des TS030 Hybrid étaient quasi nulles et pourtant, les Japonaises sont allées au charbon en s’intercalant entre les trois Audi dès le départ. Coup de bluff ? Même pas, les Toyota étant dans le coup du début à la fin. La fiabilité a été au rendez-vous malgré une alerte en fin d’après-midi pour la n°7 qui perdait une poignée de secondes dans l’aventure.

Les bolides de Hughes De Chaunac et Pascal Vasselon ont pu suivre le rythme des Allemandes, voire faire mieux quand les températures sont fraîches. Sébastien Buemi et Nicolas Lapierre ont été les hommes forts du team, même si celui-ci perdait la troisième place promise suite à une sortie de route à une heure de la fin. Au final, Toyota peut repartir du Mans satisfait de la deuxième place acquise par la voiture n°8, à seulement un tour de l’Audi victorieuse. En espérant qu’à Tokyo, on donne un budget de développement suffisant pour faire face à Porsche en 2014. Du côté des privés, le Rebellion Racing aura vécu un dimanche cauchemardesque, les deux Lola du team suisse trinquant au petit matin. Tout bénéfice pour la HPD ARX-03c du Strakka Racing qui l’emporte et se replace au championnat. Mal barré en partant 36ème, le team de Nick Leventis a fait preuve d’une grande régularité pour se hisser sixième. Ouf !

Oak enfin prophète en son pays

Depuis tout le temps que Oak Racing participe aux 24 heures, jamais l’équipe de Jacques Nicolet n’est parvenue à vaincre le signe indien. Cette fois-ci, c’est chose faite, et de quelle manière ! Le team basé dans la Sarthe cueille un superbe doublé, la Morgan-Nissan n°35 de Baguette-Plowman-Gonzalez devançant d’un tour la n°24 de Pla-Brundle-Heinemeier Hansson. Bertrand Baguette réalise la meilleure performance belge depuis 2000, de quoi faire remonter sa cote auprès des bookmakers. Finalement, la bagarre si épique qu’on attendait s’est résumée à un duel Oak/G-Drive qui s’est réduit à un duel entre les deux Morgan noires et roses. Favori parmi les favoris, G-Drive Racing se console avec la troisième place. Roman Rusinov, généreux mécène de l’équipe, monte sur le podium après avoir fini quatrième l’an passé.

Le Greaves Motorsport peut s’enorgueillir d’avoir réalisé une très belle course à défaut d’avoir pu chiper le podium face au team battant pavillon russe. On retiendra la superbe prestation de Jann Mardenborough, le jeune anglais issu de la GT Academy qui a éclipsé ses aînés Michael Krumm et Lucas Ordoñez en bataillant ferme au sein du peloton. Révélation de l’épreuve, Mardenborough mérite de faire partie du voyage si Nissan grimpe en LMP1 d’ici quelques années… Sixième, le Morand Racing finit premier moteur Judd et réussit son pari. Une belle performance pour la sympathique équipe suisse où convivialité et franche camaraderie sont deux maîtres-mots. On espère revoir Morand l’an prochain dans la Sarthe avec des moyens plus conséquents, elle le mérite bien. Enfin, Alpine aura été le héros malheureux des LMP2, d’autant plus que la pointe de vitesse est toujours là. Si la neuvième place finale est une déception en soi, il faut se rappeler que l’équipe de Philippe Sinault a vécu un cauchemar en début d’épreuve avant de revenir de très loin. Signatech-Alpine obtient le prix de la meilleure assistance. Espérons revoir la marque de Dieppe sur une épreuve du WEC pour sauver l’honneur…

Aston Martin qui pleure, Porsche qui rit

C’était peut-être écrit dans le ciel manceau. On peut avoir la meilleure voiture, cinq de surcroît pour jouer la gagne et le destin peut se moquer de vous. Au-delà du tragique accident dont a été victime Allan Simonsen en début d’épreuve, la malchance a réellement frappé Aston Martin qui voit seulement deux de ses cinq voitures rallier l’arrivée. Alors en tête de l’épreuve depuis longtemps, Fred Makowiecki allait fracasser la V8 Vantage n°99 dans le rail au niveau du virage Ford peu après la 18ème heure de course. L’Aston Martin n°98 de Pedro Lamy disparaissait également, laissant la n°97 ‘’Art Car’’ de Darren Turner ferrailler avec la Porsche 911 RSR de Dumas-Lieb-Lietz. Le suspense reste alors entier quand Stefan Mücke se retrouve dans les pare-chocs de la Porsche n°92.

Mais Prodrive allait faire une grave erreur qui allait faire chuter la belle anglaise à la troisième place. L’Aston ravitaillait pour mettre les slicks tandis que Richard Lietz attendait la Safety Car pour chausser au bon moment de nouveaux pneus. Porsche s’offre avec panache un magnifique doublé et ramène à Stuttgart le trophée qui lui échappait depuis deux ans. Les pilotes ont rendu une copie parfaite et Olaf Manthey a su se montrer l’homme de la situation. En deux participations, le sorcier du Ring cueille une deuxième victoire au Mans. Chapeau bas ! Ajoutez à cela la victoire sans partage du IMSA Performance en GTE-Am et vous obtenez un magnifique cadeau d’anniversaire pour les 50 ans de la 911. La 991 sera disponible aux clients l’an prochain, autant dire que ça va faire mal !

Le retour de Viper en a ému plus d’un. Il faut dire que le monstre américain est toujours aussi enchanteur et que les performances affichées de l’autre côté de l’Atlantique en a surpris beaucoup. Néanmoins, on est encore loin des prestations de Sebring et de Long Beach avec une huitième place finale pour la n°53. Mais le bolide de Marc Goossens aurait pu faire mieux, voire espérer un Top 5 s’il n’était resté immobilisé de longues minutes à son stand en début de soirée. Soit, les deux reptiles ont vu le drapeau à damiers et c’est le principal. Il n’y a plus qu’à espérer que SRT se donne les moyens de développer la voiture. Car le potentiel est là.

En revanche, ce n’est guère brillant pour les Ferrari 458 Italia du AF Corse qui n’ont jamais pu se mêler à la bataille anglo-germanique. Même s’il est vrai que les bolides de Michelotto sont pénalisés par la ‘’Balance of Performance’’, les pilotes ne sont pas exempts de tout reproche. Vainqueur l’an passé, Giancarlo Fisichella et Gianmaria Bruni ont dû composer avec un Matteo Malucelli pas encore assez mûr pour jouer les têtes d’affiche sur la n°51. Comme en témoigne sa maladresse dans les stands où il accroche une Porsche. Quant à la n°71, elle restait en embuscade avant que Toni Vilander perde le contact suite à une sortie de piste à Mulsanne. Pour Corvette, pas de miracle puisque les voitures jaunes ont été larguées durant toute la semaine. La meilleure d’entre elle finit la course à la quatrième place mais à trois tours de la 911 victorieuse. Bref, vivement l’arrivée de la nouvelle C7R en 2014 !

C'est ainsi que se referme cette édition 2013 des 24 heures du Mans. Une édition qui nous a rappelé que le risque zéro n'existe pas et qu'il faut savoir vivre avec les drames comme avec les plus grandes joies. On se donne déjà rendez-vous l'an prochain pour un cru 2014 qui s'annonce palpitant avec une nouvelle règlementation et le retour de Porsche qui pourraient redistribuer les cartes. On vous promet d'ici là encore plus de couverture pour être au plus près de la plus grande course du monde. Stay tuned !