Un diamant à l'état Paire

A 23 ans, Benoît Paire est en pleine bourre. 38e à l’ATP, son meilleur classement grâce à sa finale à Montpellier : la relève du tennis français a muri. Récit d’un parcours atypique, truffé de pétages de plombs et de raquettes cassées. Portrait d’un talent en or, rebelle, râleur, mauvais-perdant, mais terriblement attachant.

Un diamant à l'état Paire
Un mec super cool en dehors des courts de tennis.

Un "diamant à l’état brut". Les mots sont signés Patrice Dominguez, numéro 1 du tennis français en 1976, ex-directeur technique national (DTN). Nous sommes en août 2010, Benoît Paire est au deuxième tour de l’US Open. Défaite à l’arraché en cinq manches face à Feliciano Lopez. Un déclic, selon Dominguez : Paire comprend à ce moment là qu’il peut atteindre les sommets du tennis mondial. Pourtant qui aurait parié sur cet enfant terrible de la balle jaune, viré du centre national d’entrainement (CNE) deux ans plus tôt à cause de son comportement ?

Le petit Benoît a cinq ans quand il tâte sa première raquette : le tennis est un sport de famille chez les Paire. C’est Philippe, le papa, agent SNCF et prof de tennis aux Cheminots d’Avignon, un petit club à deux pas de la maison, qui initie son fiston. De cinq ans son aîné, le frangin, Thomas, est déjà un crack de la balle jaune, il atteindra même la finale des Championnats de France juniors. Benoît accroche tout de suite au jeu, avec un caractère bien trempé : il ne supporte pas de perdre le moindre point. La tête de mule est repérée par Alain Barrère, direction Montplaisir. Son entraineur façonne sa technique de jeu, l’Avignonnais devient déjà un grand espoir du tennis tricolore. Pourtant, à 16 ans la passion s’estompe, les raquettes brisées défilent. "Je m'énervais, je n'allais plus aux entraînements, je faisais n'importe quoi. " Pas mieux du côté des études, l’adolescent est en échec en lycée agricole. Ce fan de l’OM envisage même de reprendre les crampons après quelques années au club de foot du Pontet.

Finalement, un ami de son père propose de lui payer une année d’entrainement, sans doute le premier tournant de sa vie. A tâtons, le jeune homme s’installe à l’ISP Académie de Nice. La volonté revient : "J'étais beaucoup plus sérieux, car une personne me payait tout et je n'avais pas le droit de gâcher son argent." Sous la tutelle de Charles Aufray, les résultats suivent. En avril 2007, Patrice Dominguez lui accorde une wild-card pour disputer l’Open junior du Cap d’Ail. Défait 0-6 au premier set du premier tour, le modeste 840è joueur mondial «n’en mène pas large». Une semaine plus tard, il remporte le tournoi. La Fédé lui fait confiance, il monte à Paris. Le rêve devient presque réalité : Benoît échoue aux portes de Roland Garros. Défaite au dernier tour des qualifs face à un certain Fognini. Vous connaissez la suite : "J'ai eu rendez-vous avec Patrice Hagelauer qui m'a mis à la porte. Il m'a dit : «Je ne te connais pas, j'ai entendu des choses négatives sur ton comportement, donc tu t'en vas.» Je n'avais plus aucune aide, plus aucune wild-card. C'était un choc. Du jour au lendemain, je suis viré et je rentre chez moi."

"Si je me suis fait virer c’est qu’il y avait des raisons"

C’est la remise en question, le Provençal ne touche plus à sa raquette pendant deux mois, jusqu’à sa rencontre avec Lionel Zimbler, l’ancien coach de Fabrice Santoro. En 2010, la planète tennis fait donc connaissance avec "La Tige". Ce grand (1m96) mince débarque sur le circuit atp. Trois tournois disputés dont les Internationaux de France et l’US Open. A la Porte d’Auteuil, le public parisien découvre un beau gosse au talent insolent. Un service de feu, des pétards en décalage revers et un toucher de balle de génie, mais aussi des nerfs qui lâchent trop souvent : "C’est un peu Dr Jekyll et Mister Hyde" témoigne  Patrice Dominguez. "Il est charmant, mais sur le court, c’est un autre personnage. Il est capable de péter les boulons."

  

A 21 ans, l’Avignonnais se hisse en finale du Challenger d’Arad puis de San Sebastian, avant de définitivement exploser l’année suivante. En 2011, Paire rejoint enfin le top 100. La nouvelle pépite du tennis français intègre le tableau de l’Open d’Australie et s’offre ensuite le scalpe de Gilles Simon à Rotterdam. Après un début de saison mitigé, La Tige se reprend sur terre-battue. "J'ai essayé de le faire évoluer petit à petit pour le rendre plus pro. Il a compris énormément de choses. Et puis dans notre relation, il existe une vraie confiance mutuelle" confie Lionel Zimbler. Son protégé ne «balance plus ses matches». Il remporte ses deux premiers titres en Challenger à Brasov et Salzburg. En novembre, le POPB apprécie son tennis atypique et offensif. Denis Istomin en fait les frais.

"Ca m'arrive de péter des plombs"

L’année dernière, La Tige a bien grandi, réalisant l’une des meilleurs progressions du circuit. Le début de saison avait plutôt mal démarré. La tournée au pays du Kangourou s’était achevée par une déchirure aux abdos. Benoît patauge jusqu’à Belgrade, début mai. Il atteint alors la première finale de sa carrière en tournoi atp. Après une semaine acharnée et des victoires au finish sur Garcia-Lopez, Nieminen et Andujar, le Français passe à côté de sa finale. Mais peu importe, il a franchi un nouveau cap : "Avant, je n’aurais jamais gagné des matches aussi serrés que ceux que j’ai gagnés à Belgrade. J’aurais lâché avant. Depuis Belgrade, je me sens plus respecté dans le regard des autres joueurs."

      

Le Tricolore arrive donc à Rolland avec un nouveau statut, il incarne la relève des Tsonga, Gasquet, Simon & co. "Je sens que l’attente est grande autour de moi, et encore plus ici, à Roland-Garros. Les médias, le public… C’est une pression, bien sûr, mais ça me fait plutôt plaisir. Je préfère ça à l’anonymat. Et même si ça m’expose plus que d’autres à la critique, les retours sont dans l’ensemble très positifs. On dit que j’ai du talent, que je suis sympa…" Et le court n°2 plein à craquer savoure devant sa victoire sur Ramos. Paire tombe ensuite sur un os nommé Ferrer. Le Provençal enchaîne ensuite de belle manière sur gazon, pourtant loin d’être sa surface préférée, et passe tout près d’un huitième à Wimbledon. La fin de saison est plus compliquée. Au total 26 victoires, 26 défaites et une ascension dans le top 50.

Aller plus haut "sans avoir la grosse tête"

L’Avignonnais a incontestablement muri : "Je m'énervais beaucoup, tout le monde le sait. J'avais un comportement parfois vraiment limite. J'ai changé dans le bon sens. Je m'exprime toujours un peu, mais j'arrive maintenant à être calme à des moments importants, à rester concentré tout au long d'un match. Et c'est pour ça que je me retrouve dans le top 50." Mais le protégé de Lionel Zimbler ne compte pas s’arrêter là. Quelle est la prochaine étape après la finale de Montpellier ? Un premier trophée ou une sélection en Coupe Davis ; il y a fort à parier qu'Arnaud Clément lui fasse confiance en vue de la confrontation face à l’Argentine. A 23 ans, Benoît Paire n’est qu’au début de sa carrière, mais il pourrait bien imiter son idole, Marat Safin, et devenir l'un des meilleurs joueurs du monde. Rendez-vous en juin pour voir briller le diamant sur la terre-battue parisienne.

(crédit photo : Sindy Thomas / Tennis Magazine / FFT / Matthew Stockman)