Open d'Australie : une semaine riche en surprises

Dans cet Open d'Australie, de nombreux joueurs ont crée la surprise. Si certains joueurs ont pu décevoir, d'autres se sont réellement révélés aux yeux du monde, en simple ou en double. Retour sur cette semaine riche en surprises.

Open d'Australie : une semaine riche en surprises
"P2H" et Nicolas Mahut, finalistes du double homme et vrais belles surprises de ce Grand Chelem

Du Djokovic - Murray en finale. Sur le papier certes, une petite logique a été respectée. Le Serbe, numéro un mondial, était le vrai favori et Andy Murray, le poulain d'Amélie Mauresmo, retrouve maintenant son meilleur tennis. Ce dimanche en finale, un combat de fond de court sera certainement très intense. Mais si cette finale pouvait être attendue, certains résultats, performances ou contre-performances ont surpris à Melbourne. Retour sur cette quinzaine riche en rebondissements et surprises. 

Nick Kyrgios et le tennis australien à la fête

Contrairement au tennis français, le tennis australien a brillé en simple hommes. En tête d'affiche, le sulfureux et énergique Nick Kyrgios, australien d'origine grecque, qui a réussi à enflammer la Rod Laver Arena jusqu'aux quarts de finale, et la défaite sèche contre Andy Murray. Pourtant, au tirage au sort, la prévision d'un match contre Roger Federer laissait présager que le jeune vainqueur de Rafael Nadal l'an passé à Wimbledon n'irait pas plus loin que les huitièmes. Au premier tour, Nick Kyrgios a mis pourtant cinq manches à se défaire du terrien Frederico Delbonis, avant de triompher face au serveur fou Ivo Karlovic au deuxième tour. Ayant hérité d'un troisième tour largement à sa portée, remporté facilement contre le Tunisien Malek Jaziri, il a du affronter une des surprises du tournoi, le tonitruant Italien Andreas Seppi, vainqueur de...Roger Federer. En huitième de finale, le scénario, digne d'une tragédie cornélienne, a montré toutes les facettes du génial australien. Malmené pendant les deux premières manches, il a ensuite renversé l'Italien dans un scénario épique, finissant à 8-6 au cinquième set. La marche était trop haute pour vaincre Murray, mais la Rod Laver Arena glorifiait déjà son héros, en espérant que celui-ci n'aura pas de problèmes extra-sportifs. 

Mais Kyrgios n'a pas été le seul à briller chez les Australiens. Si Lleyton Hewitt, futur capitaine de l'équipe de Coupe Davis en 2016 n'a pas spécialement montré de belles choses, le très jeune Thanasi Kokkinakis a éliminé le demi-finaliste du dernier Roland-Garros, Ernests Gulbis en cinq manches avant de s'incliner face au serveur fou Sam Groth...Australien lui aussi. De belles performances également pour Bernard Tomic. Selon lui débarassé de ses problèmes extra-sportifs (son père aillant frappé son ancien sparring-partner), il a été jusqu'en huitièmes de finale, avant de se faire éliminer par l'excellent Tomas Berdych. Un tennis australien qui aura donc montré toute l'étendue de ses capacités, avec souvent un jeu très offensif, et énormément de coups gagnants. De la jeunesse, de la fougue, de l'énergie, espérons pour le tennis australien que les joueurs n'auront pas pour coup d'éclat que le fait de briller à Melbourne. 

Rafael Nadal et Roger Federer à la peine

Contrairement à Nick Kyrgios, échouer en trois sets en quarts n'a pas du plaire à Rafael Nadal. Déjà arrivé avec un capital confiance très bas (battu à Doha par l'Allemand Berrer), il est passé à deux petits points de l'élimination au second tour face à l'Américain Tim Smyczek. A la peine physiquement, peinant à mettre un pied devant l'autre malgré aucune blessure apparente, il est arrivé sans réelle difficulté ensuite jusqu'à Tomas Berdych. Balles courtes, tête basse, jambes lourdes, il n'a même pas attrapé une manche au Tchèque, et pire..il a pris son premier 6-0 en Grand Chelem depuis 2006. Paraissant fébrile, tennistiquement, physiquement et même mentalement, il était difficile de le voir aller plus loin. Pour la "decima" à Roland Garros, afin d'égaler le nombre de Ligue des Champions de son club préféré, il devra être beaucoup plus costaud, et plus conquérant. Il fait clairement partie des grosses déceptions de ce Grand Chelem. 

L'autre grande déception de ce tournoi est Roger Federer. Ayant conquis sa 1.000ème victoire à Brisbane en même temps que le tournoi, il apparaissait à Melbourne comme favori légitime, derrière évidemment Novak Djokovic. Ayant un tableau très relevé, il a tout d'abord cédé une manche face à l'Italien Simone Bolleli (vainqueur du double hommes avec son compatriote Fabio Fognini), ayant de céder le match face à un autre Italien, Andreas Seppi. Ce dernier, bien qu'ayant réalisé un tournoi de très haute facture, avec un niveau de jeu époustouflant, aurait quand même du être à la portée de l'Helvète, qui semblait peu impliqué dans ce troisième tour. Dans le quart de tableau du Britannique Andy Murray, Roger a donc permis à l'Ecossais d'avoir une partie de tableau beaucoup plus tranquille, et a été une vraie déception de ce tournoi. 

Un tennis français mitigé

Le simple

Regardant le tableau du simple hommes et du simple femmes de cet Open d'Australie, on aurait tendance à regretter les performances du tennis français. Jo-Wilfried Tsonga absent, on imaginait Gaël Monfils porter le tennis français, ou Gilles Simon, bien que ces deux joueurs aient hérité d'un tableau très compliqué. Gaël Monfils avait déjà dit être peu en forme et l'a encore montré lors du premier tour contre Lucas Pouille, son compatriote. Ayant perdu les deux premières manches, il a profité des errements du jeune Français afin de renverser totalement le match. Les erreurs de Gaël n'ont, elles, pas été pardonnées par le polonais Jerzy Janowicz, très difficile second tour, et le polonais a remporté en cinq manches ce deuxième tour. 

Richard Gasquet et Gilles Simon sont allés un peu plus loin. Passant les deux premiers tours avec brio, ils sont tombés respectivement sur deux joueurs très costauds : Kevin Anderson et David Ferrer. Le premier n'aura eu besoin que de trois manches pour disposer de l'ancien top 10. Le second aura livré une énorme bataille pour battre le stratège Gilles Simon. Simon et Ferrer, après une énorme bataille à l'US Open (remportée par le français, ndlr), ils nous ont offert ce qui a peut être été le meilleur match de cette quinzaine. Des retournements de situation, des points disputés et des rallies inhumains. Au final, si David Ferrer a triomphé, il n'a jamais pu récupérer de ce combat titanesque et son début de périostite a eu raison de son physique. 

Le tennis féminin n'a également pas brillé. Si Caroline Garcia et Alizée Cornet ont tenu de belle manière le drapeau français jusqu'au troisième tour, elles n'ont pu battre les très solides Domenika Cibulkova et Eugénie Bouchard. Krisina Mladenovic a réalisé un très bon premier tour, face à la finaliste de Wimbledon 2013 Sabine Lisicki, avant de s'incliner au second tour face à l'atypique Béthanie Mattek-Sands, disant que les courts annexes étaient "dix fois plus rapides que la Rod Laver Arena". Pour compenser cette défaite au second tour, elle a réalisé un énorme parcours (encore une fois) en double-mixte, où elle est maintenant parmi les meilleures mondiales. La toute jeune Océane Dodin, non-retenue pour le match de Fed Cup, a elle aussi gagnée son premier tour, avant de s'incliner par la suite. 

Le double

Si des contre-performances ont été à déplorer en simple, de très beaux résultats ont été à constater du côté du double. Julien Benneteau et Edouard Roger-Vasselin, annoncés parmi les favoris du tournoi, ont été éliminés en quart de finale par une autre paire de français, que l'on attendait pas du tout. Pierre-Hugues Herbert et Nicolas Mahut disputaient leur quatrième tournoi ensemble et leur premier tournoi du Grand Chelem. Un vétéran et un jeunot, une complémentarité étonnante et une énergie impressionnante. Tous deux ayant perdu au premier tour des qualifications, ils ont eu, selon les dires de Nicolas Mahut "le temps de réviser les gammes toute la semaine". Finalistes malheureux face à Fabio Fognini et Simone Bolelli, et ce, malgré un nombre impressionnants d'occasions (1/7 sur balle de break, 3/6 pour les Italiens), ils ont en tout cas trouvé une paire qui peut marcher sur cette saison. Deux paires de double très performantes, Arnaud Clément aura l'embarras du choix pour désigner un joueur de double (et peut être une paire, qui sait). 

Kristina Mladenovic avait lancé sa quinzaine de la plus belle des manières en battant, dès le lundi, l'Allemande Sabine Lisicki, toujours très compétitive en Grand Chelem. Ce dimanche, avec le vétéran canadien, très grand joueur de double Daniel Nestor, elle affrontera en finale du double mixte la paire Paes-Hingis, avec la possibilité pour la joueuse Suisse de réaliser le triplé de l'Open d'Australie en carrière (simple-double-mixte). La paire franco-canadienne a élminé la paire brésilo-indienne en demi-finale (Mirza-Soares), tête de série numéro 1, et sera donc la paire favorite de cette finale. Manière peut être, de ramener un titre au tennis français. 

La "nouvelle génération", décevante

Et si ce que l'on appelle souvent la "nouvelle génération" mettait beaucoup plus de temps que prévu avant de s'installer au sommet du tennis mondial ? Les habituels Milos Raonic, Grigor Dimitrov (photo), Kei Nishikori (un peu plus vieux) n'ont pas fait mieux que d'habitude, n'ont pas dépassé les quarts de finale et n'ont quasiment pas inquiété les Djokovic, Murray, Wawrinka, quand ils ont eu à les affronter. Le Canadien, machine à aces, n'a poussé que Djokovic à un seul tie break, pour se faire détruire ensuite, sur chaque frappe de balle du Serbe. Trop lent dans ses déplacements, trop fébrile du fond du court, et trop peu efficace au filet, il est encore loin de pouvoir glaner le titre suprême. Grigor Dimitrov, bien qu'ayant toutes les armes tennistiques, dégoupille trop rapidement, à l'image de sa raquette cassée et de sa sortie du match fin du quatrième set contre Andy Murray, alors qu'il aurait largement pu arracher un cinquième set. Pour le plus vieux d'entre eux, Kei Nishikori, la puissance de Stan Wawrinka a eu raison de son jeu de jambes, et malgré une finale de Grand Chelem à sa portée, n'a pas glané de titre suprême. 

C'est donc encore avec de grosses lacunes que la nouvelle génération aborde 2015. Et si Marin Cilic a réussi à gagner un Grand Chelem entre les sacres du big 4, Raonic et Dimitrov, que l'on annonce pourtant comme de futurs dominateurs, semblent avoir une odyssée aussi longue que Kyrgios pour parvenir à toucher un trophée en Grand Chelem. Alors que Roger Federer et Rafael Nadal sont passés à côté de leur tournoi, ils n'ont pas atteint les demies et n'ont même pas accroché un set aux finalistes de dimanche. Trop de fébrilité, d'inconstance, et le Bulgare que l'on compare avec Roger Federer n'a que les mimiques de celui-ci pour souffrir de la comparaison. 

Un Australian Open un peu décevant

Au final, malgré une finale plutôt alléchante sur le papier avec deux des plus grands joueurs de cette génération, cet Open d'Australie est globalement un peu décevant par rapport au niveau de jeu déployé cette année. Mis à part le Ferrer-Simon et le Baghdatis-Dimitrov, aucun match n'a été incroyable sur le plan tennistique, ou émotionnel. Aucun quart de finale n'a été à suspens et aucun quart de finale n'a excédé les trois manches. La nouvelle génération, tout comme le tennis français, ont été décevants. Le tennis français, pour se rattraper, a le double et le tennis en fauteil, ou Stéphane Houdet a remporté le double avant de perdre en finale face à l'infatigable et l'excellent Shingo Kunieda. Espérons que cette année 2015 verra quand même éclore de nouveaux jeunes talentueux comme ces jeunes australiens, que sont Kokkinakis ou Kyrgios, et que les matchs seront un peu plus intenses que lors de cet Open d'Australie, où le niveau est très souvent excellent, et cette année souffre de la comparaison.